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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 21:32

 

Les marins naviguant dans les mers tropicales connaissent parfaitement ce moment et le redoutent : cet œil du cyclone où les éléments s’apaisent, annonçant non pas l’accalmie mais le déchaînement à venir. Et il semble que l’économie mondiale est à ce moment-là. Tout paraît suspendu. Les vacances d’été, les jeux olympiques offrent une distraction, tandis que les responsables politiques sont partis en vacances, laissant accroire que tout est sous contrôle. On ne parle de rien. Pourtant, c’est l’été de tous les dangers. Le dérèglement de la crise ne cesse de s’approfondir.

Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. La plus importante de la journée est la confirmation d’une situation que les Européens ont anticipée depuis plusieurs semaines : l’Europe dans son entier entre en récession. Après la Grèce, l’Espagne, l’Italie , le Portugal, ce sont désormais les économies centrales européennes qui sont atteintes.

La France, selon les estimations de la Banque de France, devrait connaître un recul de 0,1% de son PIB au  deuxième et troisième trimestre. La Banque d’Angleterre a dû reconnaître ce jeudi 8 août, que ses prévisions passées étaient erronées :  après deux trimestres de recul de l’activité, l’économie britannique ne peut plus espérer finir 2012 en croissance, comme la banque centrale l’avait escompté auparavant.

Les statistiques du commerce extérieur allemand, publiés aussi ce jeudi, sont venus confirmer les appréhensions : le moteur allemand, censé entraîner le reste de l’Europe, est lui aussi en train de s’étouffer. Si l’Allemagne enregistre encore un  excédent commercial de 16,2 milliards d’euros au mois de juin, l’essentiel provient d’une chute de plus de 3% de ses importations, alors que ses exportations commencent à baisser. Un ralentissement que connaissent aussi les exportations françaises, accentuant encore le déficit commercial  ( 34,9 milliards d’euros) de la France au 1 er semestre.

Le plus surprenant est que cette dégradation semble prendre tout le monde de court. Des banques centrales aux instituts de statistiques, ils se sont tous trompés depuis le début de l’année, n’anticipant pas la récession, et surtout la vitesse à laquelle elle s’opère. Ainsi le gouvernement français bâtissait il y a un an un budget 2012 sur une prévision de croissance de 2,25% . Celle-ci a été revue quatre fois à la baisse , une dernière fois en juin : il n’était plus question que d’une croissance de 0,3% . Pas sûr que ce chiffre puisse être tenu. En tout cas, les hypothèses de croissance ( 1,2%) sur lesquelles le gouvernement a bâti son projet de loi de finances pour 2013 paraissent déjà hors d’atteinte.

De même, à la mi -2011,  la banque d’Angleterre prévoyait encore une croissance de 2% en 2012. Fin mars, elle avait abaissé ses prévisions à 0, 8% . Maintenant, elle dit croissance zéro et ne s’aventure pas pour 2013.  La banque d’Italie prévoyait encore une récession de 1,4% en 2012 et un rebond de la croissance en 2013. Elle parle désormais d’une chute de  2%  en 2012 et d’une récession qui se poursuit en 2013. Et que dire des prévisions du gouvernement grec ? Au début de l’année, il s’attendait à une récession , la cinquième consécutive, de 4,5%. Les chiffres donnent déjà l’image d’un effondrement de plus 7%. Si cela se confirme, plus de 20% du PIB grec aurait été effacé en cinq ans.

baisse de la production industrielle, de la consommation , hausse du chômage

Toutes ces prévisions pourraient encore être trop optimistes, au vu de la chute économique  en Europe. A plus de 11, 5%, le chômage n’a jamais été aussi élevé dans la zone euro, depuis sa création. Et ce n’est qu’une moyenne qui permet de masquer les 25% de chômage en Espagne les 22% de la Grèce, les 15% du Portugal et de l’Irlande.

La confiance a disparu chez les Européens, hantés par la crise et tétanisés par l’exemple de la Grèce.  La consommation est partout en recul. Symbole : les immatriculations de voitures neuves, secteur industriel encore prépondérant en Europe, ont  chuté de plus de 11% en juin, avec des pointes de plus de 22% en Italie. La production industrielle s’anémie. En Espagne, elle  est en baisse pour le dixième mois consécutif, enregistrant une chute de 12,8% en juin pour les biens d’équipements, et de 11,9% pour les biens de consommation. La production industrielle française était en recul de 2% en mai, celle de l’Allemagne de 0,9% en juin.

Tout cela  laisse anticiper de lourdes conséquences sociales dès la rentrée. Les plans sociaux, qui se sont à peine interrompus en août, risquent de reprendre très vite, au vu de la dégradation économique. En présentant leurs résultats du premier semestre, les grands groupes n’ont d’ailleurs pas caché leurs intentions. Ils renoncent à tout investissement, ont déjà commencé à lancer de nouveaux plans d’économie. Ils ont même commencé à se retirer, au moins partiellement, de l’Espagne , qu’ils jugent pour l’instant sans grande perspective.

La crainte de voir l’économie européenne entraînée dans une spirale totalement récessive n’est même plus un scénario de science-fiction. D’autant que l’Europe, ne tirant aucune leçon de l’effondrement actuel, nourri par les politiques d’austérité appliquées partout en Europe à la fois, a décidé d’en rajouter.

Pour tenter d’éviter la mise sous tutelle du pays, le gouvernement espagnol, qui avait déjà lancé un plan d’économie de 65 milliards d’euros, entend le pousser à 102 milliards, au moment où les régions espagnoles font faillite, où des hôpitaux et des fonctionnaires ne sont plus payés, où des écoles ne pourront peut-être pas rouvrir à la rentrée. En Italie, le gouvernement vient de faire voter un programme de 4,5 milliards d’euros supplémentaires tout de suite. La France veut trouver plus de 12 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année. Au terme d’un neuvième plan consécutif de réforme, la Grèce cherche à nouveau 11,5 milliards d’euros de réductions budgétaires, et est prête, pour donner les gages attendus à ses créanciers européens, à briser le tabou du non-licenciement des fonctionnaires, au risque de mettre en péril la fragile coalition gouvernementale, issue des élections de juin.

Loin de rassurer, cette politique  d’austérité généralisée, imposée avec des relents de moralisme, finit par inquiéter : l’Europe n’ouvre aucune perspective à ses concitoyens et suscite de plus en plus le rejet. Même le très orthodoxe FMI en arrive à  émettre des réserves. Dans sa dernière note sur la zone euro, il soutient  la nécessité de ne pas oublier des mesures pour soutenir la croissance , parallèlement aux réformes à entreprendre, sous peine de voir les menaces sur le système bancaire  et sur la zone euro s’intensifier.

Alors que les flux financiers  mais aussi économiques sont en train de se renationaliser au sein du marché unique, l’éclatement de la monnaie unique est désormais une option sur la table, le président de la BCE, Mario Draghi tentant de la conjurer par antiphrase en assurant que l’euro est irréversible. Le président de l’Eurogroup, Jean-Claude Juncker, lui fait un pas de plus dans cette direction, en suggérant que la « sortie de la Grèce de l’euro n’était pas ingérable ».

 

Trois crises en même temps

Trois ans après les premiers problèmes grecs, l’Europe est toujours au même point, tournant en rond, refusant la moindre remise en cause de ses options qui se sont pour la plupart révélées de cuisants échecs, sans avoir rien régler : ni la crise du système bancaire, ni celle des dettes publiques – les taux espagnols , une semaine après l’intervention « décisive » de la BCE sont à 6,8%- , ni celle de l’Europe. On comprend la lassitude des partenaires extérieurs. « C’est une saga, qui continue, qui continue encore », a soupiré le gouverneur de la banque d’Angleterre,  Mervyn King, en assurant qu’il était prêt à faire tout son possible pour aider l’Europe, si elle se décidait à agir.

On comprend aussi la fébrilité d’un Barack Obama, qui multiplie les interventions et les appels auprès de tous les responsables européens. Car sa campagne présidentielle pour le deuxième mandat se joue pour une part en Europe. Un éclatement de la zone euro aurait des répercussions immenses sur l’ensemble de l’économie mondiale, américaine en premier. Le système financier américain, en dépit des précautions qu’il essaie de prendre,  serait le premier touché. Même une récession en Europe est un scénario catastrophe pour le président américain. Déjà, l’activité économique des Etats-Unis se ressent du ralentissement européen : chaque mois, la reprise donne de nouveaux signes d’essoufflement outre-Atlantique.

D’où les pressions de plus en plus affirmées de Barack Obama sur les dirigeants européens pour qu’ils trouvent une stratégie de sortie de crise. L’insistance du président américain est d’autant plus forte que les Etats-Unis ont leur propre crise, mise sous le boisseau grâce à la crise de l’euro. Mais , après l’élection présidentielle, il ne sera plus possible de cacher  la question des finances publiques et celle de fiscalité américaine, rendues encore plus aigues par la paralysie politique provoquée par les Républicains.

« Je pensais qu'il y aurait d'abord la crise européenne, puis la crise américaine. Et ces fous du Tea Party ont été capables de synchroniser la crise américaine avec la crise européenne. Deux crises en même temps » , expliquait l’économiste Robert Boyer dans un entretien à Mediapart , il y a tout juste un an. Sa relecture effraie : nous avons fait du surplace. Un an plus tard, ce sont les mêmes débats. Nous  en sommes toujours à l’austérité, à la règle d’or, à l’absence de vision des dirigeants européens, à la menace destructrice que fait peser la finance sur le monde. Aucune direction ne semble avoir été donnée, aucune mesure efficace prise.

Dans cet entretien sur ce qu’il qualifiait la plus grave crise depuis 1929, Robert Boyer mettait en garde aussi sur l’illusion de compter sur les pays émergents. Il soulignait le danger chinois« Et puis il y a la Chine, confrontée à des déséquilibres considérables. Elle cherche à doper la demande des ménages. Mais pour cela, il faudrait qu'elle distribue du pouvoir d'achat. Or les salariés n'ont aucun pouvoir, et la concurrence entre les provinces est telle, qu'il n'est pas simple de relever le salaire de base. Chaque province cherche à attirer des capitaux, et les banques donnent des crédits aux entrepreneurs. Vous avez donc des paquets de mauvaise dette dans les provinces, que la Banque centrale pourrait décider de racheter, mais cela serait périlleux. La crise est rampante en Chine » assurait-il, en insistant sur cette situation totalement inédite – et explosive- des trois blocs économiques en crise en même temps.

 

Flambée du pétrole et du blé

Tout à sa crise, l’Europe ne prête guère attention aux nouvelles venant de Chine . Mais les prédictions de Robert Boyer semblent se confirmer. En dépit des nombreuses incertitudes pesant sur la fiabilité des statistiques chinoises, celles-ci montrent quand même la tendance : la croissance économique ralentit sec en Chine, tout comme les excédents commerciaux,  qui s’amenuisent au fur et à mesure de la baisse de la consommation en Europe. Les problèmes masqués resurgissent. La bulle immobilière qui a sévi dans tant de provinces est en train d’exploser partiellement. Surtout, la concurrence entre les provinces qui a amené à la multiplication d’usines et d’outils de production est en train de se transformer en crise de surcapacités, exacerbée par l’absence de débouchés extérieurs.

La banque centrale chinoise a pris plusieurs dispositions pour essayer de contenir les déséquilibres et relancer la machine économique. Elle a notamment choisi d’abaisser les réserves légales des banques afin de les inciter à financer plus l’économie. Des mesures pour tenter de temporiser et d’organiser un repli en bon ordre. Mais le gouvernement chinois pourrait être vraiment pris de court, si la dégradation s’amplifiait en Europe et /ou aux Etats-Unis.

Pour compléter ce sombre tableau, deux autres facteurs économiques, eux aussi passés sous silence, pourraient peser lourd dans les mois qui viennent : la hausse du pétrole et celle des matières premières agricoles. Le baril de brent est à nouveau en hausse,  à 112 ,55 dollars, en raison des conflits au Moyen Orient , la spéculation cherchant des valeurs refuges faisant le reste.  Les cours du blé, du maïs, du soja  se sont envolés à l’annonce des mauvaises récoltes américaines, liées à  la sécheresse qui frappent les Etats-Unis. Les spéculateurs se sont bien entendu précipités. Depuis la mi-juillet, ils  ont enregistré respectivement des augmentations de 52%, 35% et 15,9%.  Les augmentations de ces matières premières essentielles ne vont pas tarder à se répercuter très vite dans les prix alimentaires, frappant en premier les pays les plus pauvres.

Comment toutes ces données vont-elles évoluer ? Se combineront-elles ? Ou au contraire, certaines d’entre elles se dissiperont-elles ? Cinq ans après le début de la crise, celle-ci prend à nouveau des allures effrayantes.

 


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