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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 20:15

 

 

Notre-Dame-des-Landes, envoyée spéciale

A la veille de la grande manifestation prévue samedi, l'opposition au futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes a pris un tour très politique. Une importante délégation d'Europe Ecologie Les Verts se trouvait sur place vendredi, non sans quelques oppositions, certains dénonçant le double discours d'un parti officiellement opposé au projet mais dont deux membres sont ministres (lire par ailleurs notre interview de Pascal Canfin).

Côté PS, on insiste sur le consensus « très large » (les mots sont du premier ministre Jean-Marc Ayrault) sur ce projet. De fait, dans cette bataille de communication 36 parlementaires socialistes du "Grand Ouest" ont réaffirmé jeudi leur soutien au projet. Selon eux, les choix « ont été faits démocratiquement (...). Leur contestation par des activistes radicaux et violents n'est pas admissible ».

Derrière cette bataille politique, se cache une bataille économique. Le projet, destiné à remplacer à l'horizon 2017 l'actuelle plateforme, Nantes Atlantique, doit coûter plus de 550 millions d'euros. Il a été attribué sous forme de concession pour 55 ans au groupe Vinci. Mais Vinci n'est pas le seul à avoir un intérêt économique à la poursuite du projet. La chambre de commerce et d’industrie de Nantes, une banque associée, une compagnie de taxis rêvant de transporter les passagers vers ce coin reculé de la périphérie nantaise ou encore, une multinationale spécialisée dans le transport collectif. Tous, d'une façon ou d'une autre, ont intérêt à la naissance de NDDL.

Un intérêt justifié au nom du nécessaire dynamisme d'un territoire. Ainsi, le président socialiste du conseil général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet : « Nous sommes dans une société où les flux sont de plus en plus nombreux et rapides. Un territoire qui ne serait pas relié par la route et l'avion, les entreprises en partent. »

Même analyse, chez le président de Vinci Airports, Nicolas Notebaert, quand nous l’interrogions l’année dernière : « C’est la région la plus dynamique de France : les Pays de Loire et la Bretagne, c’est l’endroit où la croissance de la population et de l’économie est la plus forte, la plus durable. Les villes très dynamiques qui ont des cadres et des universités ne peuvent pas simplement rayonner dans leur relation avec Paris. » Les opposants à l’aéroport « ignorent que la qualité des infrastructures de transport est l’un des principaux atouts de la France pour attirer des activités économiques et des investissements créateurs d’emplois, dont nous avons tant besoin », affirme Dominique Luneau, directeur de l’API, agence de presse spécialisée dans l’économie.

Est-ce pour autant le bon cadre d’analyse ? Le développement local, les créations d’emplois, les retombées financières, la satisfaction des élites urbaines sont-ils les bons critères de décision de la validité d’un aéroport ? C’est ce que croient les collectivités locales (ville, département, région) regroupées dans le syndicat mixte de l’aéroport, qui, depuis le début des années 2000, mettent en place ce projet.

 

Philippe Grosvalet, président du conseil général Loire-Atlantique 
Philippe Grosvalet, président du conseil général Loire-Atlantique

 

Tout le processus légal et juridique incontournable à l’approbation officielle de ce type de projet a été respecté : le débat public conduit entre 2002 et 2003, l’enquête publique entre 2006 et 2008, année de la déclaration d’utilité publique, le décret approuvant le contrat de concession à Vinci en 2010. La construction de l’aérogare doit commencer en 2014, son exploitation démarrer au 1er janvier 2018.

Le calendrier est public. Les élus socialistes et communistes, défenseurs du nouvel aéroport depuis le début – et pas seulement Jean-Marc Ayrault, comme pourrait le faire croire le slogan « non à l’Ayraultport » – gagnent à la chaîne les élections locales sur ce programme. Autrement dit, les instances de la démocratie représentative, régulièrement convoquées, valident la pertinence de ce choix d’équipement.

 

Un tournant dans la mobilisation

Et pourtant, ça ne passe pas. Encore pire, non seulement l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes continue, résolue, depuis la quinzaine d’années que le projet a été relancé sous le gouvernement Jospin, mais elle semble connaître un tournant. Depuis que policiers et gendarmes expulsent les occupants de la zone d’aménagement différé (ZAD), les 1 700 hectares réservés pour l’aéroport, l’attention braquée sur cet îlot de bocage en plein paradis du péri-urbain n’est pas seulement médiatique.

Elle est surtout politique, avec un engagement jusqu’ici jamais vu des mouvements sociaux et des ONG écologistes contre l’aéroport. De Greenpeace, pourtant non spécialiste des enjeux de transport, à la Ligue des droits de l’homme, de la Confédération paysanne à Attac, en passant par les syndicalistes de Solidaires et Droit au logement, c’est un véritable front associatif qui s’est formé en défense des opposants et contre l’aéroport. Le projet est désormais systématiquement accompagné de l’épithète « inutile » dans les nombreux communiqués qui affluent dans les rédactions. Une position très minoritaire il y a quelques mois encore.

 

Dans la ZAD, octobre 2011 (JL) 
Dans la ZAD, octobre 2011 (JL)

 

Les images de l’expulsion manu militari de la zone, les photos de bras de pelleteuse secouant les arbres de la forêt de Rohanne pour en faire chuter les cabanes ont d’un coup incarné la violence d’État à l’encontre de militants pacifiques et de cultivateurs autogestionnaires. L’agression encore non élucidée d’un vigile dans la nuit du 12 au 13 novembre, condamnée par tous les acteurs associatifs de la lutte, ne retire rien à la nature profondément non violente du mouvement d’occupation de la ZAD depuis trois ans. Ce ne serait pas le moindre de ses effets secondaires si le surdimensionnement des forces de maintien de l'ordre déployés sur le terrain entraînait un durcissement des affrontements.

Très loin de la caricature qu’en a livrée le ministre de l’intérieur Manuel Valls, s’emportant contre « des groupes violents gravitant autour de projets comme la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin ou l’aéroport de Notre Dame des Landes en France », les squatteurs de la ZAD y défendent un projet alternatif de vie, fondé sur l’autonomie, l’égalité entre tous, l’amour de la nature et l’exil de la société marchande. Quel rapport avec un projet d’aéroport ? La force de l’exemple et la politique des modes de vie.

Ce n’est pas contre un simple aérogare à toit végétalisé que militent les opposants, mais contre la logique qui le produit aujourd’hui : cet agglomérat de rationalité économique (ou supposée), de lobbying industriel, de mépris pour la nature qui s’y est développée depuis les quarante ans que le site est réservé, d’ignorance des enjeux pour un monde agricole en pleine réinvention autour des Amap et des circuits courts. À l’inverse, la quête de croissance, de rentabilité, de profits pour le business, n’est-ce pas précisément le modèle qui déraille depuis 2008 et l’éclatement de la crise financière ?

Un ultime argument est peu mis en avant par les opposants au projet: le réchauffement climatique. Comme l’expliquent les scientifiques du GIEC depuis leur rapport de 2007, les émissions de gaz à effet de serre font monter les températures sur le globe terrestre. Au-delà d’une hausse de 2°C, les risques de bouleversements deviennent majeurs. Pour contenir ce danger, il faut massivement réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ouvrir un nouvel aéroport, c’est comme construire de nouvelles autoroutes ou exploiter des gaz et des huiles de schiste, cela signifie faire exactement l’inverse de cette urgente requête. Tabler sur plus de flux aériens, plus de passagers, c’est promettre d’émettre plus de dioxyde de carbone et donc, d’accélérer le réchauffement planétaire.

Voilà la bataille qui se joue également à Notre-Dame-des-Landes. Faut-il construire un nouvel aérogare, même doté d’exceptionnels critères d’efficacité énergétique, quand le gouvernement parle -certes de manière floue- de transition énergétique? « Nous ne sommes armés que de science revue par les pairs », proclamait la banderole d’opposants à l’extension de l’aéroport d’Heathrow près de Londres, en 2007. De la même manière, si les opposants à l’aéroport ne gardaient qu’un seul argument des kilomètres de tracts et de rapports publiés depuis quarante ans, ils pourraient se contenter de dire : « C’est le climat, idiot ! »


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Published by democratie-reelle-nimes - dans Notre Dame des Landes
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