Jeudi 13 septembre 2012 4 13 /09 /Sep /2012 19:51

 

 Enquête 13/09/2012 à 11h47

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

 

La conférence environnementale débute ce vendredi. Batho et Montebourg ont demandé un rapport sur les énergies renouvelables... qui profite à EDF.

 


Capture d’écran d’une campagne de pub d’Areva montrant des éoliennes près d’une centrale nucléaire

 

A la veille de l’ouverture de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, la remise d’un rapport sur les énergies renouvelables allant à l’encontre des demandes de la filière pose question. Delphine Batho, ministre de l’Ecologie et Arnaud Montebourg, son collègue du Redressement productif, n’ont pas fini de se contredire. Après les gaz de schiste, le nucléaire, les renouvelables... la cotutelle sur l’énergie crée des remous.

 

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(Fichier PDF)

 

Dans la lettre de mission que les deux ministres ont remise le 17 juillet au Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et au Conseil général de l’économie, de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET), et que Rue89 s’est procurée (voir PDF ci-contre), il est demandé « des recommandations opérationnelles de court terme » et « des propositions de réformes structurelles de moyen et long terme ».

Très classique sur le papier : les politiques, novices sur un sujet, demandent conseil à leur administration supposée la plus compétente sur la question.

Sauf que, dans le cas précis, au pays du tout-nucléaire (il compte pour 75% dans notre production électrique), les conseils ont toutes les chances d’être orientés dans un sens plus favorable à EDF qu’aux PME de l’éolien et du photovoltaïque.

Un ancien directeur des routes aux manettes

C’est en tout cas ce que laisse penser la composition des deux conseils généraux, principalement des ingénieurs du corps des Mines et des Ponts.

Déjà, le CGEDD, né du regroupement du Conseil général des ponts et chaussées et de l’Inspection générale de l’environnement, est dirigé par Christian Leyrit, connu comme « l’homme qui a construit le plus de routes en France ». Un ex-haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement nous le décrit ainsi :

« Il déteste tellement l’environnement qu’il a même cherché à peser sur l’Elysée pour que l’Energie et les Transports ne soient plus dans le périmètre du ministre de l’Environnement. »

De plus, le coordonnateur du collège Energie et Climat et directeur du rapport remis à Batho et Montebourg est Henri Boyé, un personnage qui se revendique à la fois pronucléaire et prorenouvelable. Ingénieur des Ponts, il a, en quarante ans de carrière dans l’énergie, été successivement contrôleur de l’usine de retraitement nucléaire de La Hague, directeur Afrique d’EDF, puis mené des études et conférences sur le solaire et les énergies marines en Méditerranée, avant d’être nommé au CGEDD à 60 ans.

Favorable aux « énergies décarbonées »

Henri Boyé ne veut pas qu’on parle de lui, mais il a accepté de nous recevoir simplement pour couper court aux soupçons de collusion avec le lobby nucléaire que des prorenouvelables font peser sur lui. S’il ne nous a pas dévoilé le contenu exact de son rapport, de premiers éléments ont filtré. Il semble que Delphine Batho soit sur le point d’annoncer des mesures de « patriotisme écologique », comme il lui a recommandé de le faire.

L’homme à qui le gouvernement a confié cette mission est membre de l’Association des écologistes pour le nucléaire. Revendiquant 10 000 membres à l’international, elle fait la promotion de cette énergie « bien plus propre que le pétrole et le charbon », nous explique son fondateur, Bruno Comby. Ce polytechnicien crudivore vit de ses livres, de formations et de conférences. Il s’est construit une maison passive, où il écrit tout autant sur l’éloge de la sieste que sur la cuisine à base d’insectes et le nucléaire, « avenir de l’écologie ? ».

Henri Boyé nous précise d’emblée qu’à son avis, « ce sera très difficile de tenir la promesse de baisser la part du nucléaire à 50% en 2025, sauf à doubler les prix de l’électricité ». Puis, il nous assure être favorable non au nucléaire, « mais aux énergies décarbonées ». Un concept qu’Arnaud Gossement, avocat en droit de l’environnement, a vu émerger au moment de la conférence de Copenhague sur le climat, en 2009 :

« C’est la stratégie du “carbo-centrisme” développée par Areva depuis sa fameuse campagne de pub : en insistant sur la question des émissions de CO2, on donne un avantage au nucléaire, moins émetteur que le pétrole ou le charbon, et on le met dans la même catégorie que les énergies renouvelables. C’est un peu la même logique qui guide Arnaud Montebourg lorsqu’il parle du nucléaire comme d’une énergie “d’avenir”. »

« L’important, ce n’est pas le tarif d’achat »

Ce mélange des genres fait dire à Bernard Laponche, ex-ingénieur nucléaire reconverti dans la dénonciation des risques de cette technologie, qu’il y a décidément en France un problème d’indépendance des experts :

« Il faut faire très attention à qui on confie les rapports car les nucléaristes verrouillent le système, et ces gens connaissent assez mal le contenu de la transition énergétique.

Si on demande aux nucléaristes leur avis, il faudrait aussi demander aux experts non-institutionnels comme NégaWatt, Global Chance [l’association qu’il a fondée, ndlr], ou au Comité de liaison des énergies renouvelables (Cler)... Sinon, on obtient des rapports orientés comme “Energies 2050”, remis à Eric Besson et qui prônait la prolongation des centrales existantes. »

Le CGEDD a depuis juillet auditionné les acteurs des filières renouvelables, qui se plaignent d’entraves juridiques et des tergiversations de l’administration. Mais a-t-il entendu leurs demandes ? Rien n’est moins sûr, à entendre Henri Boyé :

« L’important, si l’on veut relancer la filière éolienne, n’est pas le tarif d’achat [auquel EDF achète l’électricité], mais l’emploi et la balance commerciale. Si l’éolien crée de l’emploi, il sera mieux accepté. »

Les annonces faites par Delphine Batho à l’AFP mercredi laissent augurer des décisions à l’inverse des attentes des acteurs concernés. La ministre veut « intégrer dans les marchés publics et les appels d’offres des clauses liées à la création de valeur ajoutée en France ». Ce qui signifie indirectement accorder une prime à EDF, entreprise suffisamment grosse pour répondre, au détriment des PME. Or, l’électricien national a certes misé sur les renouvelables, mais son cœur de métier reste le nucléaire.

« On pourrait créer 50 000 emplois d’ici 2020 »

Nicolas Wolff, le président de France énergie éoliennes, association représentant les intérêts de la filière, réclame lui l’instauration d’un nouveau tarif d’achat, « urgence absolue ». Il l’explique à Rue89 :

« La France est la deuxième zone en Europe pour le potentiel de vent (après la Grande-Bretagne), et s’est engagée lors du Grenelle de l’Environnement à produire 1 300 MW par an à partir du vent d’ici 2020. Or, nous en produisons à peine la moitié aujourd’hui.

Ce qu’il nous faut, c’est une stabilité de la réglementation, et la suppression des zones de développement éolien (ZDE), de la règle des cinq mâts [minimums par parc] et du classement ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement).

En Allemagne, il faut deux ans et demi pour développer un projet ; en France, six ans. On pourrait pourtant créer 50 000 emplois d’ici 2020. »

L’avocat Arnaud Gossement, qui compte ces entreprises parmi ses clients, estime qu’« on ne peut demander à une filière de créer des emplois si les conditions ne sont pas réunies ».

Le dénigrement du photovoltaïque, amorcé par l’affaire des fameux « panneaux solaires chinois », et celui de l’éolien, solidement mené par la Fédération environnement durable, ne semblent pas près de s’arrêter.

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Alertes- Ce que vous devriez savoir
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