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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 18:31
Marianne - Benoît Duteurtre - Marianne | Samedi 26 Novembre 2011 à 16:01

Jusqu'ici l'un des plus puissants au monde, le réseau culturel français est partout en charpie. Coupes budgétaires drastiques, mise en place chaotique du nouvel Institut français sur fond de guéguerres sarkozystes, l'avenir paraît bien sombre pour notre rayonnement international.



L'élégant Quai d'Orsay, à deux pas de l'Assemblée nationale, est un ministère de première importance. Politiquement s'entend, car la voix de la France, pour se faire entendre, ne dispose que d'un modeste carnet de chèques : à peine 1 % du budget de l'Etat, moins que les Anciens Combattants ! Pis encore, ce ministère se voit soumis depuis dix ans à une politique de restriction particulièrement sévère. Le faste des réunions internationales est une chose souvent dotée de budgets spéciaux et pilotée directement par l'Elysée. L'action de terrain en est une autre, comme en témoigne la cure d'amaigrissement imposée au «réseau culturel français». Cet ensemble de moyens destinés à promouvoir la culture française reste aujourd'hui le premier au monde, avec ses 161 services de coopération et d'action culturelle, ses 132 centres et instituts culturels, sans oublier les 445 Alliances françaises. Mais la révision générale des politiques publiques (RGPP) a des conséquences très concrètes : fermeture de centres culturels jugés secondaires, suppressions de postes, regroupements des institutions existantes... Autant de coupes qui permettront, c'est juré, de rayonner davantage avec moins de moyens !

Il fut peut-être un temps rêvé où la France n'avait pas besoin de politique culturelle extérieure, parce que sa langue ou sa littérature s'exportaient «naturellement» - comme celles des Etats-Unis aujourd'hui. Mais ce que nous croyons naturel est souvent le fruit d'une politique avisée. Les Etats-Unis furent parmi les premiers à réfléchir à l'importance de la culture : ce softpower dont l'expansion, en pleine guerre froide, mettait même à contribution les services secrets. La France, lorsqu'elle était une grande puissance, s'était attachée elle aussi à créer des instruments de diffusion culturelle. Dès 1918, l'éminent pianiste Alfred Cortot prenait la direction d'un service destiné à promouvoir la création artistique au-delà des frontières. Au cours des décennies suivantes, l'Association française d'action artistique (Afaa), sous la double tutelle des ministères de la Culture et des Affaires étrangères, a soutenu financièrement quantité de tournées d'orchestres, d'opéras ou d'expositions d'arts plastiques. En 2000, elle a fusionné avec d'autres institutions sous le nom de Culturesfrance, qui est chargé des mêmes missions.

Mais la diffusion de la culture française s'appuie également sur les très nombreux centres et instituts culturels rattachés aux ambassades, un peu partout dans le monde. Ces établissements sont de véritables maisons de la culture, avec leurs saisons de spectacles, leurs médiathèques, leurs expositions. Présents dans les capitales et dans les villes de moindre importance, ils forment avec les Alliances françaises (qui s'attachent plus particulièrement à l'enseignement de la langue) un réseau sans équivalent par son maillage planétaire. Leur ambition dans le domaine artistique est également plus marquée que celle de leurs homologues allemand (Goethe-Institut) ou anglais (British Council).

Lakis Proguidis, écrivain grec installé en France, se rappelle les heures glorieuses des instituts français dans son pays : «Ils ont joué un rôle considérable, non seulement sous la dictature, en permettant à de grandes figures comme Iannis Xenakis ou Cornelius Castoriadis d'obtenir des bourses d'études, mais encore jusqu'à la fin des années 80. A Athènes, comme dans les petites villes, ces lieux représentaient une ouverture sur le monde par leurs spectacles, leurs festivals de cinéma. La France était "le" pays de la culture, et c'est cela qui nous a donné envie d'apprendre cette langue plutôt qu'une autre. Aujourd'hui, malheureusement, beaucoup de centres ont fermé. Et, dans ceux qui restent, une place croissante revient à l'actualité, avec ses vedettes en tournée de promotion.» Un témoignage qu'on retrouve, presque à l'identique, chez nombre de Tchèques ou de Polonais.
Tout n'était certes pas rose dans cet appareil culturel d'Etat. Les services du ministère des Affaires étrangères ont agi, parfois, comme les relais caricaturaux d'un certain art officiel. Il fallait posséder la «carte» du chic parisien pour bénéficier du soutien généreux de l'Afaa, à l'image des Arts florissants de William Christie, systématiquement aidés dans leurs tournées quand nombre d'autres compagnies baroques restaient sur la touche. Les bureaux du livre des ambassades étaient par ailleurs souvent confiés à de jeunes étudiants en lettres, pleins de certitudes sur la «bonne littérature» - celle qu'il fallait soutenir à tout prix, quand bien même elle pouvait paraître touffue et inexportable !

Notre pays sait également nourrir de vaines querelles entre ceux qui devraient poursuivre le même objectif. Il n'est pas rare, à New York, d'entendre les employés des services culturels ironiser sur les programmes ringards de l'Alliance française, quelques rues plus bas... Enfin, la répartition des pouvoirs n'est pas toujours simple entre les conseillers culturels des ambassades et les directeurs de centre culturel désireux d'affirmer leur autonomie.

Baisse des effectifs

Face à ces questions récurrentes, l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et celle de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay ont donné lieu à une soudaine ardeur de réforme. Simple effet d'annonce ? Culturesfrance, regroupé avec d'autres institutions, s'est transformé en 2010 pour devenir l'Institut français, dirigé par Xavier Darcos et conçu pour devenir progressivement la principale vitrine de la culture française à l'étranger. L'ancien ministre de l'Education insiste volontiers sur ses compétences nouvelles, comme la formation du personnel des institutions culturelles. Il souhaite favoriser la diffusion du «débat d'idées». Il affirme également être là «pour exporter, mais aussi pour importer, en découvrant des talents à l'étranger».

Pour autant, cet organisme est encore loin de faire autorité. Comme l'explique un ambassadeur de France : «Qu'on le veuille ou non, tout passe par les ambassades. C'est nous qui avons la connaissance de chaque pays et de ses besoins spécifiques.» A propos des réformes en cours, il ajoute : «Le vrai problème, c'est que la culture, au Quai d'Orsay, n'a jamais représenté un grand enjeu ; on le voit au petit nombre de diplomates de carrière qui dirigent des centres culturels. Pourtant, dans beaucoup de pays, la culture reste l'une des plus sûres valeurs françaises.»

Dans ce domaine, les décalages entre la communication politique et la réalité du terrain sont flagrants. Tandis qu'on lance solennellement l'Institut français, en regroupant des moyens déjà existants, les finances continuent à exercer leur pression. La dotation des ambassades est, dans beaucoup de pays, en chute libre. Mais ces coupes s'accompagnent d'un vocabulaire néolibéral prônant la «lisibilité», la «fusion» et les «économies d'échelle».

Parmi les principales mesures - avec pour objectif déclaré la baisse des effectifs - figurent le regroupement des postes de conseiller culturel et de directeur d'institut, la fermeture d'établissements dans les villes petites et moyennes, la fusion avec les Alliances françaises partout où il y a doublon et l'appel massif au personnel «sous contrat local» (donc beaucoup moins coûteux). En Allemagne, plus de la moitié des centres culturels français ont fermé depuis dix ans. Curieux signal en plein rapprochement politique franco-allemand ! Tout est fait également pour favoriser l'autofinancement, sur le modèle des PME. L'ambassade d'Italie a mis en location ses prestigieux salons du palais Farnese. Dans certains pays, la vente pure et simple des biens de la République est au programme.

Concentration

Une autre tendance consiste à concentrer l'énergie et les moyens sur les «grands» pays émergents - entendez ceux qui représentent des enjeux économiques considérables, comme la Chine et l'Inde. Dans ces territoires, la France ouvre de nouveaux centres culturels... au détriment du tiers-monde. Il devient également fréquent d'entendre l'administration se réclamer de modèles extérieurs, comme celui du British Council - pourtant principalement dévolu à l'apprentissage de la langue. Il est vrai que l'enseignement du français est une activité rentable, notamment à travers les 400 000 élèves des Alliances françaises.

L'obsession de la «bonne gestion» offre-t-elle une réponse à toutes les questions ? L'Europe, où l'on a fermé de nombreux centres culturels, n'est-elle pas précisément le lieu où les peuples ont besoin de se connaître, au lieu de s'unir uniquement par le biais de la crise économique et de la culture mainstream ?

En juillet 2010, dans le Monde, Alain Juppé cosignait avec Hubert Védrine une tribune dénonçant l'affaiblissement des moyens du Quai d'Orsay. Quelques mois après sa nomination aux Affaires étrangères, il aura tout juste obtenu... un ralentissement de la baisse qui se poursuit. Ces restrictions ne bouleversent évidemment pas la population française, soumise à trop de préoccupations immédiates pour s'alarmer de la disparition d'une bibliothèque en Allemagne ou d'un centre culturel en Afrique sub-saharienne. Les autorités budgétaires peuvent donc continuer à dénoncer une administration «pléthorique», à l'image de la fonction publique tout entière. Dans son récent ouvrage Bug Made In France (Gallimard), Olivier Poivre d'Arvor insiste également sur les enjeux de la révolution technologique qui bouleverse les modes de diffusion culturelle et rend un peu désuettes les méthodes de nos vieilles institutions tricolores.
Pourtant, au bout du compte, ce sont surtout deux idées de la France qui s'affrontent. D'un côté, le discours récurrent de ceux qui s'agacent chaque fois que ce pays prétend rester une puissance culturelle - quand la mondialisation démontre chaque jour le contraire et appelle seulement au pragmatisme. De l'autre, ceux qui croient que la «civilisation française» peut encore incarner quelque chose, au moment où la Chine développe son propre réseau d'instituts Confucius (déjà près de 300 dans 90 pays) et où l'Espagne, avec ses instituts Cervantès, semble à nouveau croire à son influence. Ne pouvons-nous pas faire aussi bien, sinon mieux, en misant sur ce domaine ? Il faudrait pour cela ne pas réformer pour réformer, ni agir dans la précipitation qui menace, plus que jamais, à quelques mois de l'élection présidentielle.

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