Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 septembre 2013 7 15 /09 /septembre /2013 16:20

 

 

mediapart.fr

|  Par Philippe Riès

 

 

 

Cinq ans après la faillite de Lehman Brothers, le Parlement européen s'attaque finalement au chantier de l'Union bancaire. Trop peu, trop tard pour faire payer aux banquiers leur responsabilité majeure dans la crise financière globale et pour libérer les économies européennes du carcan du financement bancaire.

 

Cinq ans après le tsunami financier planétaire déclenché par la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers, l’Europe reste plombée par la situation calamiteuse de son système bancaire. La facture économique, sociale et humaine de son incapacité politique et institutionnelle à reconnaître et affronter le problème est devenue astronomique. Le seul signal positif, à en juger par les propos tenus lors de la récente assemblée annuelle à Bruxelles du think tank européen Bruegel, est que la parole officielle soit aujourd'hui, dans certaines enceintes, plus libre et plus lucide. Quand à savoir si les actes suivront, c’est une autre affaire.

 

L'Union bancaire au programme de Strasbourg 
L'Union bancaire au programme de Strasbourg© PE


Dans les jours prochains, le Parlement européen doit entamer le processus législatif conduisant à la mise en place de l’Union bancaire, dont l’objectif affiché est de rompre le lien fatal entre les grandes banques “systémiques” et les États souverains. En plaçant enfin les principaux établissements financiers du Vieux Continent sous la tutelle d’un régulateur unique dépendant de la seule institution authentiquement fédérale, la BCE. La première conséquence pratique de l’Union bancaire sera un passage en revue de la véritable situation des banques européennes, après les exercices fantaisistes que furent les premières vagues de stress tests. « Nous ne devons pas regarder cette évaluation de la qualité des actifs comme un risque mais comme un chance. Notre troisième et dernière chance, parce que les deux premiers cycles ont échoué à rétablir la confiance dans notre système bancaire. Nous sommes en retard sur les États-Unis pour le nettoyage des bilans bancaires. »

À entendre ces mots de la bouche d’un des acteurs majeurs de la scène monétaire et financière en Europe, Nicolas Véron, senior fellow chez Bruegel et chercheur qui a eu l’impact le plus fort dans le débat sur l’Union bancaire, n’en croyait pas ses oreilles : « Il y a seulement deux ans, de tels propos, même dans un tel cadre, auraient été inimaginables. Ceux qui les tenaient, dans les milieux académiques, étaient cloués au pilori », confiait-il en marge de la conférence.

Non que le système de régulation existant, l’EBA, adossée aux interventions de la Commission européenne, soit resté complètement passif. «Soixante-trois banques, représentant 25 % des actifs bancaires de l’UE, ont fait l’objet d’un plan de restructuration », rappelait un régulateur européen. « En moyenne, leurs actifs ont été réduits de 30 % et 19 banques ont été fermées. Sur les quelque 300 engagements pris, un pour cent seulement ne sont pas respectés. Nous avons réduit substantiellement la subvention liée au too big to fail », estimait-il, en référence à cet engrenage pervers illustré par la crise qui veut que plus les banques sont importantes, plus elles prennent de risques inconsidérés, au détriment de la concurrence, avec la conviction que le contribuable sera appelé à la rescousse si les choses tournent mal. « Il faut faire plus, la grande question étant de savoir si les politiciens nous le permettront », ajoutait-il toutefois.

C’est peu de dire que l’avancement du chantier de l’Union bancaire n’a pas dissipé le scepticisme sur la capacité à rompre le lien historique et organique entre les systèmes politique et bancaire à l’échelon national, au cœur du traitement défaillant de la crise bancaire européenne. « Jusqu’où ira le nettoyage ? Jusqu’où ira la réduction en taille des banques ? La question centrale est politique. Les banques sont politiques. Les banques sont une source d'argent et l'argent est une source de pouvoir », soulignait Martin Hellwig, directeur au Max Planck Institut de Bonn. En provoquant une fragmentation d’un marché bancaire européen tout juste émergent sur des lignes de fracture nationales, en intensifiant l’engagement des banques dans le financement des dettes souveraines (avec la liquidité fournie par la BCE), la crise a au contraire contribué à renforcer cette interdépendance. « L’Union bancaire est une tentative pour dénouer ces liens, mais je ne vois pas comment cela va marcher. Les États membres vont résister », estime-t-il, n’hésitant pas à annoncer que dans cette affaire, « l’existence même de l’Union européenne est en jeu. »

L'Europe a-t-elle besoin pour agir d'une nouvelle crise financière ?

Dans le meilleur des cas, reconnaissent les régulateurs européens, le nouveau dispositif améliorera la transparence et la responsabilité dans le traitement des situations bancaires critiques et éliminera le biais national qui pouvait affecter le jugement des autorités des États membres. Mais, admet l’un d’entre eux, « le rôle des gouvernements nationaux dans la fourniture d’une garantie en dernier ressort au système bancaire est crucial et il le restera ». La nouvelle architecture de surveillance prudentielle des principales banques va transférer le contrôle au niveau européen, mais sans la puissance de feu budgétaire, qui restera très limitée. Qu'adviendra-t-il si le nouvel examen des bilans des banques européennes révèle que des acteurs importants doivent être retirés du marché ?

Ce qui s’est passé depuis cinq ans n’incite guère à l’optimisme. « C’est une honte que nous n’ayons pas été capables de contraindre les banques européennes à procéder à des recapitalisations substantielles », affirme un ancien banquier central, désormais dans le secteur privé. Il s’insurge contre l’argument du soutien à l’économie avancé par le lobby bancaire. « L’idée que le renforcement des bilans freinerait le crédit est une escroquerie, un non sens complet. » Au contraire, « au fur et à mesure que le bilan est assaini, le crédit recommence à circuler », ajoute-t-il en citant les États-Unis où la création de crédit est en progression de 25 %. Certes, « ce n’est plaisant ni pour les actionnaires ni pour le management, mais nous devons purger les bilans et nous avons besoin d’une assurance en dernier ressort. Sinon, nous finirons dans la même situation que le Japon ».

En réalité, l’Europe est bien dans la situation du Japon des années 90 du siècle dernier où le refus d’affronter le problème des mauvaises créances des banques a joué un rôle clef dans la fabrication de la « décennie perdue » (bientôt suivie d’une seconde). Et ceci en dépit de l’intervention des banques centrales, BCE et BoE essentiellement, dés le début de la crise et avec une vigueur croissante. Un des experts universitaires les plus réputés en Europe rappelait, à titre d’exemple, que « la base de réserves du système bancaire a été multipliée par dix au Royaume-Uni sans avoir d’effet » sur l’activité bancaire. « Pourquoi, demandait-il, les banques commerciales ont-elles abandonné l’intermédiation aux banques centrales plutôt que de la fournir elles-mêmes », ce qui est leur métier ? Ce à quoi un vétéran de la Banque centrale en Europe répondait : « Nous ne connaissons pas la contre-épreuve des faits : que ce serait-il passé si les banques centrales étaient restées passives ? »

Le problème est que loin d’avoir été rompu, le lien entre les banques et les souverains a été consolidé par l’intervention des banques centrales. La liquidité apportée aux établissements financiers dans des volumes et à des conditions « non-conventionnelles » est devenue une subvention au refinancement des dettes publiques par les banques, dont les bilans sont gorgés de titres d’État, via des taux d’intérêt manipulés à la baisse. Décrivant cette « répression financière d’un genre particulier », un acteur du secteur privé relève que le « coût en a été dissimulé jusqu’à présent pour les gouvernements grâce à l’intervention des banques centrales, mais il apparaîtra au grand jour quand les taux d’intérêt se normaliseront ». Question : comment ce risque souverain potentiellement explosif pour le bilan des banques va-t-il être évalué lors du prochain exercice d’évaluation des actifs lorsque se confirmera le retournement à la hausse du coût de l'argent ? Et le nouveau cadre réglementaire permettra-t-il d’en tirer les conséquences ?

Mettant en garde contre « un cycle du crédit qui évolue lentement mais se révèle potentiellement bien plus dangereux », l’ancien banquier central déjà cité redoute que « les banques centrales n’aient pas reçu les outils pour y faire face ». Il prévient que les « intérêts en place résisteront aux mesures nécessaires mais dictées par des fonctionnaires non élus ». Le résultat est que « les banques centrales ne seront pas autorisées à les mettre en œuvre avec la détermination indispensable et échoueront partiellement ». Selon lui, « le danger est qu’une nouvelle crise financière soit nécessaire avant que le cadre macroprudentiel approprié soit effectivement mis en place ». Il pense même que dans le scénario le plus pessimiste, les actifs en détresse s’accumulant, la prise de risque échappant de nouveau à tout contrôle, « nous expérimenterons une nouvelle épisode d’une crise financière sans fin ». Alors, « les banques centrales en porteront le blâme et pourraient même y perdre une indépendance chèrement gagnée ».

Comment se passer des banques ?

Devant un bilan aussi médiocre et des perspectives aussi sombres, la logique voudrait que l’on s’attaqua enfin au nœud du problème : la taille des banques, leur poids excessif dans le financement de l’activité économique en Europe et le développement de sources alternatives. Du côté des régulateurs, on se veut « raisonnablement confiant ». « Aujourd’hui, les actionnaires des banques sont en première ligne et le management également, et ils feraient mieux de faire attention », affirme l’un d’entre eux. De fait, les bilans bancaire ont subi une (petite) cure d’amaigrissement, certains secteurs d’activité ont été abandonnés, les fonds propres augmentés en conformité avec les nouvelles normes prudentielles dites de Bâle III, tout en restant très insuffisants. « Chacun veut se présenter sous son meilleur jour avant les examens », résume un autre régulateur. Toutefois, réplique Martin Hellwig, « pas grand chose n’a été fait pour réduire la taille globale du système bancaire ».

Ceci supposerait en effet que les acteurs économiques européens, entreprises et ménages, aient accès à des financements alternatifs. Aux États-Unis, ces sources non-bancaires, des marchés de capitaux au capital-risque en passant par les fonds monétaires, financent 75 % de l’activité économique. En Europe continentale, quelque 20 % seulement en moyenne. Un des régulateurs européens se dit « plutôt sceptique sur le fait que le développement de sources alternatives de financement soit la réponse au problème actuel ». D’abord « parce qu’elles sont perçues comme plus risqués » par le public. Ensuite, « parce que des instruments de ce type ont été développés par les banques elles-mêmes ».

Compte tenu de la facture astronomique payée depuis cinq ans par l’économie globale pour les errances des banquiers, l’idée que ces institutions seraient moins « risquées » que les instruments de marché et les financements directs prouvent à quel point le rideau de fumée obscurcissant la lecture de cette crise est difficile à dissiper. Il est vrai toutefois que l’environnement réglementaire et prudentiel est gravement biaisé en faveur des principales banques. De même que le cadre judiciaire existant a garanti une impunité quasi totale aux comportements délictueux de certains de leurs dirigeants. Comme le rappelle Martin Hellwig, la « banque de l’ombre » (shadow banking) était « le résultat de l’action des banques régulées ».

« Comment permettre d’organiser le financement direct des PME ? » s’interroge ainsi un des grands acteurs de la gestion d’actifs. « C’est le schéma que nous devrions promouvoir », mais il constate que « les obstacles dressés par l’environnement réglementaire sont énormes. » À son avis parce que trop souvent, « les dirigeants politiques haïssent les marchés, perçus comme quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler ».

Cinq ans après la faillite de Lehman, l’économie européenne reste plombée par un système bancaire à la fois omniprésent et fragile, qui ne remplit pas sa fonction mais s’accroche à sa position dominante et aux rentes qui en découlent. Le cadre de réforme promis permettra, à la marge, une amélioration comportementale (pour combien de temps ?) des banquiers sans toucher à la structure du système bancaire. Le temps gagné par l’intervention des banques centrales a été largement gaspillé et la facture qu’il faudra acquitter un jour ou l’autre pèse comme une épée de Damoclès sur l’avenir des économies européennes. Cet anniversaire n’avait guère de motif d’être joyeux. Il est franchement sinistre.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22