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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 16:59

27 Décembre 2011 Par Les invités de Mediapart

 

Marc Chesney, professeur a l'université de Zurich, dénonce «l'excessive taille et complexité des marchés financiers», qui favorisent leur «pouvoir» et leurs «profits». Selon lui, il faut «remettre la sphère financière à sa place (...) pour qu'elle puisse à nouveau jouer son rôle au service de l'économie réelle et de la société».

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La question «faut-il chercher à satisfaire les marchés financiers?» semble incongrue, tant la réponse parait évidente! Bien sûr, sinon le pire nous attendrait: insolvabilité accentuée des Etats, dégradation de leur note par les agences de notation, tout cela menant à l'instauration de plans d'austérité encore plus drastiques. C'est d'ailleurs le plus souvent la politique que tentent de suivre les gouvernements, les banques centrales et les institutions internationales comme le FMI. Il s'agit d'un véritable consensus. L'affaire semble donc être entendue. La récente réunion des chefs d'Etat de l'Union Européenne à Bruxelles le vendredi 9 décembre, confirme cette convergence de points de vue.

Il serait probablement déplacé de poser la question de l'efficacité de cette politique et de ses justifications. Osons tout de même!

Force est de constater que depuis l'éclatement de cette crise en 2007, cette stratégie n'a pas vraiment été couronnée de succès. Les autorités semblent désorientées. Elles donnent l'impression de naviguer à vue, sans visibilité et d'enchaîner en Europe les réunions et décisions «historiques». La situation ne s'est pas vraiment améliorée depuis 2007. Le système bancaire a été renfloué grâce à l'intervention des Etats, c'est‐à‐dire par le contribuable. Ceci a conduit à un endettement record des pays développés. Généralement, les plans d'austérité mis en place par les gouvernements n'ont été positivement perçus par les marchés financiers que s'ils étaient suffisamment rigoureux. Sinon, ils les ont présentés le plus souvent comme étant trop tardifs ou trop légers. On en vient à se demander s'il faudrait retourner au 19ème siècle pour satisfaire ces marchés, c'est‐à‐dire à une époque sans système de retraite, sans sécurité sociale...Paradoxalement, il arrive aussi que certains acteurs de ces marchés s'inquiètent du caractère par trop austère de ces plans d'austérité, c'est‐à‐dire de leur impact négatif sur la croissance économique et donc de l'accroissement du risque de défaut qui en résulterait pour les Etats concernés. Ces perceptions par les marchés financiers, parfois positives et assez souvent négatives ont généré des fluctuations erratiques des cours boursiers, susceptibles d'engendrer des profits importants pour les hedge‐fonds et banques d'investissement, mais qui entrainent l'économie réelle dans une spirale dangereuse.

Oser vouloir limiter l'influence des marchés financiers relèverait‐il du sacrilège? Les institutions qui s'échinent, sans beaucoup de succès d'ailleurs à vouloir satisfaire des marchés qu'elles présentent comme étant irrationnels, dès qu'ils réagissent à la baisse à de supposées bonnes nouvelles, n'ont‐elles pas elles‐mêmes de ce fait, une attitude irrationnelle? Si, comme la théorie financière moderne l'indique, les marchés financiers se comportent de manière irrationnelle à certains moments, chercher à les satisfaire serait non seulement illusoire mais encouragerait aussi leur caractère irrationnel.

Mais à propos, que sont les marchés financiers, les Dieux électroniques de l'ère moderne dont les sentences irrévocables tomberaient en temps réel sur les écrans? Plus prosaïquement, il s'agit de puissants acteurs comme les banques d'investissement et des hedge‐fonds. Avoir pour objectif de rassurer les marchés financiers, dominés par de tels acteurs, est vain car sur ces marchés où les transactions financières sont effectuées à des fréquences toujours plus élevées (jusqu'à la milliseconde pour le trading à haute fréquence), c'est la fébrilité, et non la stabilité, qui génère les profits.

L'impact sur le fonctionnement démocratique qui devrait être celui de nos sociétés est par ailleurs important. Les responsables politiques sont élus sur la base de programmes...qui sont défaits dès qu'ils ont le malheur de déplaire aux marchés financiers.

En 1966, lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le Général De Gaule déclara: «la politique de la France ne se fait pas à la corbeille». Force est de constater qu'aujourd'hui la page est tournée. Dorénavant, ce sont les marchés électroniques qui font la politique des pays, et pas seulement la politique économique! Début novembre 2011, Georgios Papandreou, encore premier ministre grec, a eu l'audace d'envisager un référendum pour que les citoyens grecs puissent s'exprimer sur l'aide financière qui devait être apportée à leur pays et sur les plans d'austérité qui devaient l'accompagner. Quelques jours plus tard, il avait perdu le pouvoir. Il serait souhaitable, dans un cadre supposé démocratique, que les citoyens non seulement grecs mais aussi allemands, français... aient voix au chapitre sur ces questions qui les concernent directement et puissent décider de l'utilisation de fonds publics!

Les marchés ont‐ils des vertus qui obligeraient les Etats à tenir leurs comptes? Voyons, cela relève de la supercherie. Les dérapages budgétaires de la Grèce ont en partie été camouflés en 2002 par une opération de Swap de devises réalisée précisément par un des acteurs importants de ces marchés, la banque Goldman Sachs en l'occurrence. Le montant de dette ainsi dissimulé a contribué à ce que la Grèce satisfasse en apparence les critères de Maastricht lui permettant d'intégrer la zone euro, ce qui n'aurait jamais dû être le cas. Mario Draghi, actuel président de la Banque Centrale Européenne fut de 2002 à 2005 vice‐président de Goldman Sachs Europe. Force est de constater qu'il n'a pas condamné publiquement ces opérations. Loukás Papadímos, alors gouverneur de le Banque centrale grecque et actuellement premier ministre de ce pays, était l'autre maillon clé de la transaction. Ils font actuellement partie de ce groupe de technocrates qui en Europe sont supposés remettre les comptes publics en état et limiter l'ampleur des dettes. De qui se moque‐t‐on?

Ce sont bien les banques d'investissement qui ont d'emblée critiqué les timides tentatives de régulation -Bâle II ou III‐ dont l'objectif était entre autres de limiter à la marge leur endettement gigantesque et qui actuellement poussent des cris d'Orphée en observant que les pays développés ont des endettements colossaux résultant précisément du renflouement de ces mêmes banques en 2008.

Le tabou de l'excessive taille et complexité des marchés financiers mérite aussi d'être brisé. Les produits dérivés, surtout présentés comme instruments de couverture, ont globalement une valeur nominale égale à environ 10 fois le PIB mondial. C'est complètement démesuré. Environ 4 jours de transactions sur les marchés de change correspondent au volume annuel du commerce de biens et services au niveau international. Les activités des traders durant tous les jours restants de l'année ont‐elles une utilité sociale? Il serait permis d'en douter.

La complexité quant à elle, est susceptible d'être un véritable facteur de profit et de pouvoir; de profit, car les banques d'investissement en mesure d'émettre des produits dérivés complexes excluent de fait leurs concurrentes de ce marché en espérant réaliser d'importants profits.

La complexité est aussi un facteur de pouvoir, car seul les dirigeants d'institutions comme les banques d'investissement ou les hedge‐fonds sont supposés dominer et comprendre cette complexité. Ils sont ainsi nombreux à occuper par la suite les fonctions les plus hautes au niveau politique. C'est le cas par exemple, d'anciens responsables de la banque Goldman Sachs, déjà mentionnée ci‐dessus, qui font maintenant partie de l'administration Obama (Timothy Geithner, comme secrétaire d'Etat au trésor), ou qui sont à la tête de la banque centrale européenne (Mario Draghi) ou premier ministre en Italie (Mario Monti). Ces technocrates présentés comme étant neutres, mettent en place, en réalité, des politiques favorables à ces institutions.

De fait, l'écrasante majorité de la population est exclue du débat concernant les risques associés à l'innovation financière. 

C'est inquiétant pour la démocratie en général et pour le contribuable en particulier qui, en dernière instance, supporte ces risques!

En conclusion, dans la situation actuelle, chercher à satisfaire les marchés financiers est non seulement vain mais aussi dangereux en termes sociaux et démocratiques. Il s'agit de remettre la sphère financière à sa place, c'est‐à‐dire de réduire sa taille et sa complexité pour qu'elle puisse à nouveau jouer son rôle au service de l'économie réelle et de la société.

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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