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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 14:33

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

 

Capitalisme : pourquoi l’embrayage de la croissance patine

Jean-Marie Harribey
Co-président des Économistes atterrés
Publié le 08/10/2014 à 10h04

 

 

Les meilleurs experts commencent à s’inquiéter. Non seulement les politiques d’austérité menées partout en Europe ne font qu’approfondir la crise, aggraver le chômage et accroître les inégalités, mais il se pourrait que le système soit entré dans une phase de ralentissement durable de la dynamique économique dans le monde, à cause de la conjonction inédite de contradictions sociales et écologiques fortes.

La crise ouverte en 2007, déclenchée par l’explosion de la finance, ne serait pas un simple épisode conjoncturel, mais marquerait une profonde mutation structurelle, que l’on commence à identifier par le déclin sur 40 ans de la progression de la productivité du travail et de celle de la productivité totale des facteurs mesurant l’influence du progrès technique.


La productivité du travail, en anglais (The Conference Board, PDF)


La productivité de l’ensemble des facteurs de production, en anglais (The Conference Board, PDF)

Cette évolution concerne l’ensemble des pays capitalistes développés et commence même à toucher les pays émergents.

Obstacles ou décalage temporel ?

Aux Etats-Unis, l’économiste Robert Gordon explique [PDF] que la croissance ne reviendra pas. Il identifie six obstacles au retour de la celle-ci :

  • le ralentissement démographique induit une moindre augmentation de la quantité d’heures de travail ;
  • la stagnation de l’efficacité de l’éducation freine les progrès de la productivité du travail ;
  • l’augmentation des inégalités atténue les bienfaits de l’éducation ;
  • la compétition entre nations émergentes et nations à hauts salaires handicape ces dernières ;
  • les contraintes écologiques sont de plus en plus prégnantes ;
  • l’endettement privé et public réduit le revenu disponible des ménages.

Pour lui, les innovations liées aux techniques modernes n’ont rien à voir avec celles introduites antérieurement. Elles produisent beaucoup de gadgets électroniques, elles permettent d’acheter sur Internet, elles créent de nouveaux besoins comme celui de téléphone mobile, mais elles n’engendrent aucun effet comparable à l’invention de l’électricité ou à celle du chemin de fer qui a remplacé les diligences.

A l’inverse, deux autres économistes, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, soutiennent l’idée que le monde n’est qu’au début d’une période qui verra naître une nouvelle conception de l’innovation : il s’agira moins d’inventer de nouveaux objets que de combiner d’une meilleure façon ceux qui existent déjà, grâce aux procédures digitales, capables de transformer toute information en langage binaire. Il faudrait simplement voir la faiblesse actuelle des gains de productivité comme un effet du décalage dans le temps entre l’introduction des nouvelles techniques et leur influence économique.

La contradiction sociale

L’« efficacité » des deux premières révolutions industrielles fut due à l’accompagnement des innovations techniques par une transformation des rapports sociaux permettant leur utilisation à grande échelle.

Quel est l’accompagnement « social » de la révolution informatique et de la mondialisation du capital ? C’est la précarisation, la flexibilisation du travail et l’amoindrissement de la protection sociale. Rien qui permette d’envisager une relance de la productivité du travail, d’autant plus que la tertiarisation des économies en réduit encore la possibilité.

Pendant l’époque flambante du néolibéralisme, les détenteurs de capitaux ont restauré leur taux de rentabilité par une exploitation accrue du travail. Mais celle-ci a des limites, car la 25e heure par jour n’a pas été inventée et car ce sont les salariés qui achètent en masse les marchandises.

La contradiction écologique

Et c’est ici qu’intervient la seconde contradiction, d’ordre écologique, qui se greffe sur la contradiction sociale. Le taux de profit dépend aussi de l’efficacité du capital engagé. Or, aujourd’hui, cette dernière commence à être freinée par l’épuisement et la dégradation des ressources naturelles ou bien par leur renchérissement.

Au total, lorsque l’écart entre l’évolution de la productivité et celle du salaire se réduit parce que la baisse relative des salaires atteint un plancher, les possibilités de restauration du taux de profit s’amenuisent et les occasions d’investissements suffisamment rentables se raréfient, tandis que toutes les institutions financières se réfugient dans les placements spéculatifs à court terme.

Si, dans le même temps, les ressources matérielles naturelles se raréfient ou se dégradent, ce n’est plus seulement la variable de répartition qui voit s’épuiser sa capacité d’augmentation du taux de profit, c’est aussi le cas de l’efficacité du capital.

Une « crise globale » du capitalisme

On voit donc l’absurdité de la diminution des taux d’investissement par rapport au PIB dans les pays capitalistes développés : au risque d’hypothéquer l’avenir, on préfère consacrer les profits au rachat d’actions et au versement de dividendes. C’est en ce sens que l’on peut parler d’une « crise globale » du capitalisme : tout concourt à accroître les difficultés à produire et réaliser de la valeur, but ultime du capital.

Il s’ensuit que l’idée selon laquelle le capitalisme pourrait retrouver dans les pays développés une trajectoire de croissance économique durablement élevée se heurte à la logique néolibérale elle-même et aux capacités de la planète.

Dès lors, la notion de « croissance potentielle », définie comme le niveau de croissance si le travail et le capital étaient utilisés au maximum sans tension sur les prix, perd son intérêt. La relance conjoncturelle n’est donc pas susceptible de redéfinir une trajectoire positive au capitalisme néolibéral. La recherche du plein emploi par la voie de la croissance économique est, à moyen terme, une impasse.

Miser sur des investissements d’avenir

La bifurcation vers un modèle nouveau par la mise en œuvre d’investissements d’avenir provoquerait certainement un dynamisme économique de meilleure qualité, avec un accroissement temporaire du PIB, non pas recherché comme but en soi, mais comme un résultat qualitatif de cette bifurcation.

Après cette phase de transition où les besoins sociaux essentiels seraient satisfaits, une évolution vers un état stationnaire (du point de vue quantitatif) serait sans doute souhaitable. Une sorte d’atterrissage en douceur pour éviter le crash.

 

 

 

Source : blogs.rue89.nouvelobs.com/chez-les-economistes-atterres

 

 

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