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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 22:12

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

Burkina Faso: la chute de Blaise Compaoré après 27 ans de pouvoir

|  Par Thomas Cantaloube

 

 

 

Au pouvoir depuis 1987, le président burkinabé avait déclenché la colère de l'opposition en proposant un projet de référendum lui permettant de briguer un 5e mandat. Après des jours de manifestations, lâché par l'armée, Blaise Compaoré a accepté de quitter le pouvoir, vendredi 31 octobre, au profit du chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré.

Après plusieurs jours de manifestations et d’affrontements, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été poussé à la démission, vendredi 31 octobre, par l'armée qui a pris le pouvoir.

Quelques minutes auparavant, le colonel Boureima Farta, représentant de l’armée, avait pris la parole devant les dizaines de milliers de manifestants qui s’étaient une nouvelle fois réunis dans le centre de la capitale Ouagadougou, non loin du quartier général des armées. « A partir de ce jour, Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir », avait-il affirmé avant d’être acclamé par la foule.

 

Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou 
Les manifestants rassemblés dans le centre de Ouagadougou © Joe Penney, journaliste pour Reuters, via Twitter

L’information a été confirmée quelques minutes plus tard par un communiqué du désormais ex-président lu par plusieurs médias. « Dans le souci de préserver les acquis démocratiques, ainsi que la paix sociale (…), je déclare la vacances du pouvoir en vue de permettre la mise en place d’une transition devant aboutir à des élections libres et transparentes dans un délai maximal de 90 jours », a écrit celui qui a dirigé le Burkina Faso durant 27 années.

Peu de temps après, le chef d'Etat-major des armées Honoré Traoré a tenu une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé qu'il assumerait lui même les fonctions de chef de l'Etat durant la prériode de transition. Dans un communiqué, le général a confirmé qu’il prenait « à compter de ce jour » les responsabilité de chef de l’Etat, « conformément aux dispositions constitutionnelles. Si les manifestants avaient salué l’annonce du départ de Blaise Compaoré, cette prise ce pouvoir par Honoré Traoré, considéré comme proche de l’ancien président, a une nouvelle fois provoqué la colère des manifestants qui, en fin de journée, scandaient déjà « Honoré Traoré démission » ainsi que « Kouamé Lougué au pouvoir ». Ce dernier est une générale à la retraite, ancien ministre de la défense, et apprécié par une grande partie de la population.

Isolé, encerclé par les manifestants, menacé par l’armée, Blaise Compaoré avait annoncé, jeudi dans la soirée, l’abandon de son projet de réforme constitutionnelle visant à lui permettre de briquer un cinquième mandat en 2015 et l’origine de la colère des manifestants.

Depuis mardi, la capitale Ouagadougou était le théâtre de défilés contre un projet de référendum constitutionnel visant à réviser l’article 37, afin de permettre au président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987 à la suite d’un coup d’Etat, de se présenter à la prochaine élection présidentielle. Jeudi 30 octobre, alors que ce projet de référendum devait être examiné par les députés, les manifestants avait pris d’assaut l’Assemblée nationale et la télévision publique et encerclé le palais présidentiel. En fin de journée, l’armée avait prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale, décrété l’état d’urgence et annoncé la nomination d'un gouvernement de transition.

Blaise Compaoré étrait finalement réapparu, dans la soirée, sur la chaîne privée Canal 3, pour une courte allocution dans laquelle il a appelé au dialogue, confirmé la nomination d’un gouvernement de transition, et annoncé son intention de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, renonçant ainsi au projet de réforme à l’origine des manifestations.

« Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le « pays des hommes intègres (NDLR. Traduction de « Burkina Faso »), mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement ».

 

 

Mais cette annonce n'avait pas suffit à calmer l'opposition qui exigeait le départ du président comme « préalable non négociable » à toutes discussion. « Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple », avait ainsi déclaré Bénéwendé Sankara, un des responsable de l’opposition.

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Les analogies sont troublantes. Même s’il n’est jamais bon de comparer des situations et des pays différents, on peut difficilement s’empêcher de penser que ce qui arrive ces jours-ci au Burkina Faso porte une franche ressemblance avec ce qui s’est déroulé ces dernières années en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, au Mali…

Des États jugés « solides » et « stables », relativement intégrés, ou en voie de l’être, dans ce club fourre-tout qui s’appelle la « communauté internationale » ; des pays dont les dirigeants font figure de vieux sages qui sont reconnus comme tels par leurs homologues, lesquels ont renoncé à leur chercher des noises sur leurs pratiques anti-démocratiques ; des gouvernements dont on dit : « Certes il y a des problèmes, mais ils font des efforts et ils remplissent un rôle régional non négligeable »… et qui s’effondrent. D’un seul coup, ou presque. Sous la poussée de cette donnée que les relations internationales peinent à prendre en compte : les populations.

On pourrait ajouter à cette liste d’autres pays qui se sont récemment délités ou dont le cours a été brutalement réorienté sous la pression populaire : Centrafrique, Côte-d’Ivoire, Ukraine. Le Burkina Faso, dont il ne faut jamais oublier que le nom signifie « pays des hommes intègres », vient allonger cette liste, mais l’ère Blaise Compaoré vient de s'achever.

 

Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 
Blaise Compaoré reçu par François Hollande en septembre 2012 © Présidence de la République

On aurait pu croire que les « dirigeants à vie » avait appris de ces dernières années que leurs fauteuils n’étaient pas aussi éternels qu’ils le croyaient. Blaise Compaoré ne l’avait apparemment pas compris, puisque l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans son pays a été précisément sa reconduction au pouvoir, par un biais certes légal, mais parfaitement insupportable aux yeux des Burkinabés : la modification, par l’Assemblée à sa botte, d’un article de la Constitution qui lui aurait permis de prolonger ses 27 années déjà passées à la tête du pays.

Le soutien de la France jusqu'au bout

Arrivé à la présidence du Burkina Faso par un coup d’État en 1987 – contre une icône du panafricanisme et de la fierté africaine, Thomas Sankara, dont la mort n’a jamais été élucidée mais dont tous les Burkinabés rendent Compaoré responsable – Blaise Compaoré a déjà effectué deux septennats et il s’apprêtait à conclure son deuxième quinquennat. Le tout en parfaite légalité, puisqu’à chaque fois il a modifié le fameux article 37 de la Constitution sur la durée et le nombre de mandats. Cette fois-ci, il s’apprêtait de nouveau à changer cette provision constitutionnelle, en s’octroyant le droit d’effectuer deux autres quinquennats ! Mais cela n’est pas passé…

Cela faisait pourtant des mois, voire des années, que Compaoré savait que ce tour de passe-passe risquait de s’avérer difficile. En février 2011, en pleine concomitance avec les « printemps arabes », des émeutes avaient déjà parcouru le pays. Le mouvement, issu de manifestations contre la hausse des prix, s’était renforcé après la mort d’un jeune homme sous les coups de la police, et avait fini par reprendre, à l’encontre de son président, le mot d’ordre alors scandé plus au nord : « Dégage ! » À coups de répression et d’un changement de gouvernement, Blaise Compaoré avait fini par regagner la main. Mais tout le monde – Burkinabés et observateurs étrangers – savait que l’échéance de la présidence de 2015 serait délicate à négocier. Cela faisait des mois que l’opposition s’organisait et que de nombreuses voix populaires s’élevaient pour demander au président de s’écarter et de laisser la place à un successeur.

Malgré cela, Compaoré a choisi d’ignorer ces alertes et de tenter de passer en force. Au lieu de regarder ce qui s’est passé en Tunisie, en Égypte ou en Libye, il a préféré se tourner du côté de l’Algérie, de l’Angola, du Tchad, de Djibouti, de l’Ouganda, du Cameroun, du Togo, du Gabon, de la Guinée équatoriale… Des pays qui, ces dernières années, ont tous procédé à une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat de leurs chefs d’État, au pouvoir depuis plusieurs décennies… Cette situation rappelle le fait que la fondation Mo Ibrahim, qui attribue chaque année depuis 2007 un prix (de 5 millions de dollars plus 200 000 dollars annuels à vie) à un dirigeant africain récompensé pour sa bonne gouvernance et sa transmission pacifique du pouvoir (!), n’a été en mesure de le décerner qu’une fois depuis 2009 (en faveur du président du Cap-Vert d'alors, Pedro Pires) !

Blaise Compaoré s’est sans doute aussi senti encouragé dans son obstination par le nouveau statut qu’il avait acquis ces derniers temps à la faveur de ses années au pouvoir, mais aussi d’un contexte régional très volatil. À 63 ans – bien moins que certains de ses homologues africains –, il avait su faire oublier son arrivée troublée pour devenir un médiateur recherché et un point d’appui pour les Occidentaux engagés dans une lutte contre le terrorisme sahélien.

Ces dernières années, c’est lui qui a été chargé de négocier la crise malienne, ce dont il s’est assez mal acquitté selon des diplomates européens, puisque c’est désormais l’Algérie qui a repris les rênes des pourparlers entre le gouvernement de Bamako, les indépendantistes touaregs et les groupes djihadistes. Le Burkina Faso est également devenu la principale base d’opérations des forces spéciales françaises et américaines au Sahel.

Récemment interrogés par Mediapart sur la question du maintien de Compaoré à la tête de son pays, plusieurs diplomates français ont eu la même réaction : ils ont haussé les épaules. Manière de dire « cela ne nous regarde pas », mais aussi « ça nous arrange bien ». Et, dans un récent article de Jeune Afrique consacré au président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila, qui envisage lui aussi de modifier la Constitution pour rester au pouvoir, on pouvait lire : « "Le président Hollande n'évoque ce type de sujet avec ses pairs africains que lorsque ces derniers l'abordent en premier", confie-t-on à l'Élysée. » Les pays occidentaux, la France en premier lieu, se retrouvent pris en tenaille entre leur désir de stabilité et d’avoir affaire « au Diable qu’ils connaissent plutôt qu’à celui qu’ils ne connaissent pas », et les accusations d’ingérence dont ils seraient inévitablement victimes s’ils s’exprimaient trop ouvertement en faveur d’un changement de dirigeant.

Le caractère massif des manifestations à Ouagadougou et dans la deuxième ville du pays, Bobo Dioulasso, a réglé le sort de Compaoré. Il reste désormais à savoir ce que fera l'armée. La réapparition du général en retraite Kouamé Lougué, ancien compagnon d’armes de Thomas Sankara, qui s’est propulsé à la tête des manifestants, ressemble étonnamment à un début de transition appuyée par les militaires.

 

 

 

Source : www.mediapart.fr

 

 

 

 

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