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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:25

 

Marianne

Vendredi 21 Juin 2013 à 13:00

 

Christopher Gellert

 

Le gouvernement a réduit les tarifs de transports en commun dont la hausse est à l’origine des dernières manifestations au Brésil. Voici quelques témoignages recueillis, pour la plupart, avant cette « victoire ».


Des manifestants à Sao Paulo - EFE/SIPA
Des manifestants à Sao Paulo - EFE/SIPA
Marianne : Pourriez-vous raconter votre expérience lors des manifestations et également celle de vos proches ?

Naira (chanteuse, prof de musique à São Paulo) : Je me suis engagée en tant que citoyenne. J’essaie d’aller à chaque manifestation et je soutiens la réduction des tarifs [des transports en commun]. Le peuple brésilien n’a pas l’habitude de défendre ses convictions. On nous a formé pour aimer le foot, pour soutenir nos équipes. Mais le vrai enjeu est que, depuis la dictature militaire, notre enseignement se « dévalue » progressivement. Par exemple, on ne recale pas les élèves à São Paulo, depuis l’école élémentaire jusqu’au lycée. On leur donne tous la moyenne, car notre gouvernement a déterminé que c’était un bonne stratégie « pour minimiser la violence ». Cette démarche est insensée car nous bâtissons ainsi une génération entière de citoyens pratiquement analphabètes. Comment est-ce que quelqu’un qui ne comprend pas un texte simple peut comprendre la situation politique et économique du pays où il vit ? En étant dans la rue…

Rafael (étudiant en philosophie et journaliste à São Paulo) : Je suis personnellement très engagé, je marchais dans les rues depuis plus d’une semaine. Mon frère participe aussi aux manifestations. Et c’est toute notre famille qui pense que c’est important de manifester.

Vinícius (étudiant brésilien en droit à Paris) : Je suis très content de ce que nous avons fait hier. Finalement notre peuple est descendu dans les rues pour revendiquer ses droits. Ce sera peut-être un des jours le plus importants dans l’histoire du Brésil. Le message envoyé à Brasilia est clair : nous ne voulons plus vivre comme ça. Ma sœur et beaucoup de ses amis sont allés dans les rues, ils sont heureux et fiers de ce qui se passe. Je suis très frustré de ne pas être là-bas. Demander aux Français de nous aider ? Mais cette affaire est notre affaire. C’est à nous de nous prendre en main.

Quel changement concret espérez-vous ?

Naira : Je veux que tout change : un meilleur enseignement, un vrai système public de santé, la lutte contre la corruption de nos politiques qui volent les fonds d’État, la vraie élimination de la pauvreté, la réforme agraire, la réforme des partis, la réforme des impôts …oui ! Nous voulons tous un pays meilleur ! Mais rien de cela n’est possible si nous ne prenons pas le pouvoir et si nous ne montrons pas aux gros chefs qui nous dirigent qu’en démocratie, le vrai chef, c’est le peuple. A condition de se libérer du lavage du cerveau et des préjugés de la presse brésilienne.

Vinícius : La relation entre le peuple et le gouvernement va changer radicalement. Je crois que quelque chose va changer, mais je ne sais pas quoi parce que les manifestations continuent de monter. L’avenir reste inconnu.

Est-ce que ces manifestations représentent une contestation du gouvernement actuel ou plutôt une mise en cause d’une corruption généralisée de l’État et des inégalités de plus en plus marquées ?

Rafael : Ils représentent une colère générale contre beaucoup de choses, on dit que c’est la corruption d’État, mais c’est difficile à croire, tout le monde est contre la corruption, même ceux qui sont corrompus. C’est la langue de bois. Des gens en ont marre de ce système d’exclusion, avec trop d’inégalités des salaires bas, et maintenant la FIFA qui règne sur notre peuple. Ces sont des faits objectifs, mais les médias essaient de détourner l’attention avec des vains mots comme « la corruption », « pour la paix », « pour le Brésil », et ce genre de choses ne change rien.

Vinícius : Les prix sont trop élevés et les services publics ne sont pas terribles ! Ces problèmes ont toujours existé au Brésil, mais je suppose que nous sommes fatigués de tout ça maintenant. Nous sommes fatigués de ne pas avoir un gouvernement qui maintient une relation saine avec le secteur privé, et nous avons honte de ne pas avoir un système éducatif respectable. J’ai dû aller en école privée pour recevoir une éducation correcte, et nous donnons 40% de nos biens à l’État. Nous en avons marre.

Pourquoi est-ce que le gouvernement a réagi avec force ? Quel effet avait-il ? Comment est-il perçu ?

Naira : Le gouvernement a réagi avec force parce que il n’a pas pas l’ « habitude » de s’occuper des Brésiliens. Distinguons les gouvernements de São Paulo [le gouvernement municipal et le gouvernement de l’État]… où les deux partis rivaux, PSDB et PT, sont en guerre. Le gouvernement de l’État de São Paulo est contrôlé par le PSDB. En revanche, le gouvernement de la ville de São Paulo est contrôlé par le PT. La police militaire est sous les ordres du gouvernement de l’État, mais les tarifs des bus sont déterminés par… la mairie.

Les confrontations entre les manifestants et l’armée sont vite devenues un enjeu politique. La presse était [d’abord] totalement contre les manifestations et a rapporté que les rues étaient occupées par des « vandales »… Mais le peuple a bien vu à l’oeuvre les brutalités policières.


Rafael : La police a surréagi en suivant les ordres du gouvernement. En fait, notre police est notre armée, et son organisation est le fruit de vingt ans de dictature. On se bat contre les manifestants comme si l’on se battait contre une menace étrangère. La police a toujours fait ainsi avec les pauvres. Si vous êtes noir au Brésil, vous êtes déjà suspect. Ce qui a changé cette fois c’est que pendant qu’ils réprimaient les manifestations, les medias filmaient.

Vinícius : La violence est toujours considérée comme « normale » au Brésil. Nous avons eu 388 ans d’esclavage. Nous n’avons pas une police démocratique.


Quelle est la relation entre la contestation actuelle et les dépenses pour la Coupe du monde en 2014 et les Jeux olympiques en 2016, sans oublier la candidature pour l’Exposition universelle en 2020 ?

Naira : Ce n’est pas lié ! Les gens ont commencé à manifester parce que nous manifestons contre tout ce qui va mal.

Rafael : La relation est très claire. Notre peuple est pauvre et n'a pas accès ni à l’éducation ni à la santé. Le gouvernement dépense des sommes incroyables pour construire des stades, il démolit les maisons pour le faire et accepte les règles de la FIFA, qui sont complètement absurdes. Par exemple, la FIFA veut interdire la vente d’un de nos plats traditionnels, « acarjé », parce qu’ils veulent que les gens achètent uniquement des produits de la FIFA. Le petit entrepreneur n’a aucune chance.

Ils veulent aussi une loi qui précise que les manifestations peuvent être considérées comme des actes terroristes. Jerome Valcke, secrétaire général de la FIFA et responsable de la Coupe du monde, a annoncé il y a deux mois qu'il était compliqué d’organiser la Coupe du monde dans une démocratie, et que le meilleur pays d’accueil serait donc…la Russie.


Vinícius : C’est en partie lié. Les politiques ont montré que nous avions des millions de dollars pour la Coupe du Monde, des millions pour les Jeux Olympiques, mais pas assez pour les hôpitaux publics ou un bon système de transports. Vous pouvez chercher sur YouTube « Hopistais Públicos no Brasil » (hôpitaux publics au Brésil) et vous verrez l’état du désastre.

 

 

 

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