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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 13:31

Le Monde - 05 décembre 2011

Fin novembre, ils se sont tous retrouvés avec épouses et compagnes au restaurant. Plus exactement dans le seul restaurant de Lézinnes, petite commune de l'Yonne, 767 habitants. "On a bien et beaucoup mangé!", dit en souriant le maire, Jean-Claude Galaud. Un mois plus tôt, cet homme de 61 ans s'était joint à douze salariés de l'entreprise Lafarge pour mener pendant dix jours une grève de la faim devant le siège social du cimentier, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine).  La présence dérangeante, parmi les grévistes, de cet élu local ceint de son écharpe tricolore, avait largement contribué à médiatiser la protestation des "Lafarge" contre la fermeture du site de Frangey et à rouvrir les négociations avec la direction du groupe industriel.

Jean-Claude Galaud, maire des 767 âmes de Lézinnes, une petite commune de l'Yonne © Karim El Hadj / LeMonde.fr

Lorsqu'il a appris, au printemps, que Lafarge envisageait de fermer ce site, historiquement situé sur sa commune, Jean-Claude Galaud a vu rouge.  Pour les 74 salariés bien sûr – dont beaucoup avaient succédé à un père ou à un oncle dans l'entreprise –, qui se voyaient proposer des départs anticipés à la retraite ou des reclassements sur d'autres sites du groupe, à Dunkerque ou à Lyon. Mais d'abord et surtout pour son territoire. Avec le départ de Lafarge, c'était tout le fragile équilibre de la commune qui risquait de s'effondrer.  "A Lézinnes aujourd'hui, on a encore tous les commerces : deux boulangers, deux salons de coiffure, une épicerie, une boucherie, une pharmacie, un bar-restaurant et un bureau de tabac-presse-loto. Tout cela tient à un fil."

Le maire a fait les comptes : 74 salariés menacés, ce sont des familles, des enfants à l'école et des sous-traitants, parmi lesquels il intègre les petits commerces. "Autant de salariés qui vivent et travaillent sur la commune. Près de 450 personnes étaient touchées, soit plus de la moitié des habitants de Lézinnes", assure-t-il.

Travaux de rénovation à la mairie de Lézinnes © Karim El Hadj / LeMonde.fr

Mais qui, à part eux, se souciait du sort de Lézinnes ? "On avait tiré toutes les sonnettes d'alarme, alerté le ministre et jusqu'au président de la République. Il ne nous a jamais répondu. Avec le conseil municipal, on avait pensé à démissionner en bloc, mais je me suis dit que ça ne suffirait pas, que Lafarge n'en aurait rien à faire", raconte Jean-Claude Galaud. L'idée d'une grève de la faim s'est alors imposée. "A partir du moment où l'Etat n'entend pas, ne répond plus, il faut faire autrement, c'est tout ! La grève de la faim, c'est le seul moyen qu'on a trouvé pour être écouté."

Une douzaine de salariés de Lafarge et le maire de Lézinnes, Jean-Claude Galaud, entament, mardi 20 septembre 2011, une grève de la faim pour protester contre la fermeture de l’usine de ciment de leur village.© DR

L'homme n'a rien d'un révolutionnaire, ni d'un militant, encore moins d'un syndicaliste.  Avant d'être élu maire, en 2008, il avait fait toute sa carrière dans une grande entreprise de bricolage. "Je n'étais pas du tout syndicat", confie-t-ilOn devine, à l'écouter, que sa famille politique se situe plutôt à droite.  "Mais là, j'étais déterminé à montrer ma colère, à dire stop. Dans la région de Tonnerre, on a perdu 2 200 emplois en dix ans, on ne peut pas continuer comme ça, sauf à mourir."

La mobilisation a porté. Nombreux sont les hommes politiques, à gauche mais aussi à droite, comme le député de l'Essonne et président du parti souverainiste Debout la République Nicolas Dupont-Aignan, qui ont affiché leur solidarité avec les Lafarge et leur maire.  "Celui qui m'a le plus touché, c'est Manuel Valls, dit M. Galaud. Son directeur de cabinet m'avait appelé pour me dire qu'il nous soutenait. Je lui ai dit : 'C'est gentil, mais ça ne suffit pas. Il faut qu'il vienne nous le dire ici'."

Le maire (PS) d'Evry (Essonne), qui concourait alors pour la primaire de son parti, a fait le déplacement jusqu'aux tentes plantées devant le siège de Lafarge ."Il est venu avec les caméras de télévision. C'était bien pour lui sans doute, mais c'était très important pour nous. Avec la médiatisation, l'image de Lafarge a été abîmée, et ça, ils n'aiment pas du tout !" 

"PROFONDS LIENS D’AMITIÉ"

Le cimentier a revu ses plans et accepté de maintenir une activité réduite sur le site, au moins à moyen terme, en attendant de trouver un repreneur. Quarante emplois ont été pour l'heure sauvegardés. Mais Jean-Claude Galaud espère obtenir davantage. Puisque Lafarge va faire des économies sur les frais de fonctionnement de l'usine, le maire espère bien l'amener à financer certains projets de la commune, comme le groupe scolaire. "La mauvaise conscience, ça a un prix", dit-il.

L'expérience l'a marqué, au-delà des 10 kilos perdus en dix jours, qu'il n'a pas encore complètement repris. "Ce que l'on a vécu là, c'était vraiment un combat commun. Entre tous les grévistes de la faim, nous en avons noué de profonds liens d'amitié. Quand on était sous nos tentes, on s'est dévoilé les uns aux autres. Ce que je voudrais, c'est qu'il y ait beaucoup d'élus qui fassent comme moi."

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Ils réagissent
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