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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 18:40

 

 

Rue89 - Sur le terrain 10/03/2013 à 11h27
Guilhem Brouillet | Festival de Lasalle en Cévennes

 

 

 


Tournage d’une scène de « Bien de chez nous » à Lasalle (Jean Yves Arthur)

 

Lasalle est petit village cévenol éternellement « indigné ». Il l’a prouvé au fil des siècles : refuge pour les Huguenots pendant les guerres de religions et village de « justes » sous l’occupation allemande. Il est donc logiquement aujourd’hui un refuge pour les déracinés de la mondialisation que sont les « clandestins ».

Ils sont réfugiés afghans, tchétchènes, roms... Ce sont eux qui ont inspiré le sujet du film « Bien de chez nous », qui se réalise en ce moment même à Lasalle.

A l’origine du projet, Henri de Latour, un réalisateur qui a grandi là avant de sillonner le monde avec sa caméra. Il y est ensuite revenu avec le pari fou de fonder un festival de films documentaires [l’auteur de cet article est le délégué général adjoint du Festival de Lasalle, ndlr].

Avec les Cévenols, il n’y a pas de demi-mesure : le pari a si bien marché qu’entre temps, les Lasallois l’on fait maire. Dès lors, la dynamique culturelle s’est accentuée, fédérant de plus en plus de villageois, jusqu’à proposer un film où tout le monde se retrouve.

Patrice, impliqué dans le milieu associatif, s’émerveille :

« Je trouve ça formidable de faire découvrir aux Lasallois ce que c’est d’être acteur, de rentrer dans le système d’un film. »

Il ne faut pas croire que c’est pour les paillettes que les gens sont rentrés dans l’aventure :

« Pour beaucoup, il y a l’envie de laisser une trace, un témoignage de la vie du village pour la postérité. »

Un film choral sur la rumeur

L’intrigue du film commence lorsque Milena, dont l’origine est volontairement floue et vivant avec un agriculteur du village, reçoit l’ordre du sous-préfet de quitter le territoire avec sa fillette, elle aussi clandestine.

Comment va réagir le village face à ce drame humain ? Se laissera-il distraire par de fantasques rumeurs d’implantation d’un site d’enfouissement de déchets radioactifs ou de rachat de la régie municipale de l’eau par une multinationale ?

« Bien de chez nous » est un film choral : plusieurs regards se croisent pour conter la même histoire. La vie est vue à travers des personnages :

  • Virginie, originaire du village et revenue par opportunisme profiter du marché de l’immobilier florissant en Cévennes ;
  • Etienne, un vieil aristocrate au bout du rouleau qui désire vendre sa propriété au plus offrant contre l’avis de son voisin paysan ;
  • Milena, qui voudrait simplement vivre là avec sa fille et Gilles, son compagnon.

Pour Muriel Holtz, qui l’incarne à l’écran :

« C’est une nana qui a la rage de vivre. C’est une résistante et jusqu’au bout elle se battra. Malgré la peur. »

L’actrice se sent d’autant plus impliquée que le film s’inspire de la réalité lasalloise où d’autres mères et leurs enfants vivent cachés, avec le soutien d’associations comme l’Entraide protestante et la Cimade.

 


Milena (Muriel Holtz), la musicienne de l’Est menacée d’expulsion (Jean-Yves Arthur)

 

C’est à la fois un travail sur la ruralité et la citoyenneté, mais aussi une réflexion sur les sociétés modernes. Ce film a une autre spécificité : il part du principe que pour incarner un petit village des Cévennes, véritable personnage du film, les meilleurs acteurs sont ses habitants. C’est donc toute une communauté qui le porte.

Professionnels et amateurs mobilisés

Dès l’origine du projet, l’équipe a affiché le désir de ne choisir que des comédiens amateurs. C’est Gilles Crépin, le co-scénariste du film, qui depuis 15 mois les prépare à leur rôle :

« Les répétitions se font sur leur temps libre des acteurs. L’expérience est enthousiasmante, c’est émouvant de voir les gens progresser. Je comprends pourquoi certains réalisateurs préfèrent jouer avec des amateurs. »

Sur le tournage, professionnels et amateurs se côtoient jusque dans l’équipe technique. Même parmi les professionnels du cinéma, commandités par la production (Dominique Garing, pour ne pas le nommer) on trouve encore des gens liés au village :

  • Monic Parelle, la chef costumière, avait suivi son compagnon Renaud Victor pour le tournage de « Ce gamin-là » en 1975 et n’en est jamais repartie ;
  • son fils, Cyrill Renaud, le chef opérateur, a donc passé une partie de son enfance à Lasalle ;
  • Hélène Viallat, la script, monteuse de métier, vient depuis son enfance en vacances à Lasalle ;
  • co-scénariste et directeur des acteurs, homme de théâtre de métier, Gilles Crépin habite dans les environs de Lasalle.

Pour les autres membres de l’équipe technique, c’est un baptême du feu :

  • Patricia et Isis, respectivement maquilleuse et chef décorateur, sont deux amies artistes peintres installées au village ;
  • Camille, l’accessoiriste, est une globetrotteuse, originaire d’un village voisin, qui a, le temps d’un tournage raccroché ses Pataugas ;
  • Fabrice et Sabri, les deux jeunes assistants-réalisateurs, qui ont grandi ensemble au village, n’avaient réalisé que des films amateurs avant ce projet ;
  • Jocelyne, régisseuse-adjointe, elle est bénévole dans des associations du village, où elle a acquis une certaine expérience amateur en régie.

Tournage d’une séquence avec Gilles (Pierre Mounier), l’agriculteur (Jean-Yves Arthur)

 

Une aventure humaine

Tous dans l’équipe n’ont que ce mot à la bouche. Il faut dire que, depuis son lancement, le projet évolue avec peu de moyens. Mais c’est là une difficulté consentie, comme le réalisateur se plait à le souligner :

« On compte sur un financement collectif pour avoir la possibilité de faire le film que l’on veut. A la base, il y avait deux producteurs sur le projet.

Celui qui n’est pas resté avait une idée de circuit classique, la volonté de refondre le scénario et de choisir des acteurs bankable.

Là on veut proposer un modèle financier alternatif, où les gens s’investissent et cela crée une obligation d’obtenir un résultat de qualité. »

Ils veulent réinventer l’économie du cinéma avec le crowdfunding, mais aussi rapprocher le cinéma des gens. Youssef, qui peinait à trouver du travail avec sa formation d’assistant caméra, a trouvé là une opportunité unique :

« Les tournages sont rares dans les régions enclavées. Et, même pour des tournages en région, souvent l’équipe technique est parisienne ! »

Cyrill, le chef-opérateur, découvre de nouveaux horizons en tant que professionnel :

« Le fait qu’on ait si peu d’argent est le prix de notre liberté. Une telle autonomie est devenue très rare, car nous sommes à l’opposé du modèle industriel. Mais cela génère des contraintes positives : on doit aller à l’essentiel en contournant les obstacles. »

Mais cette aventure humaine est avant tout affaire de ténacité, comme le souligne Pascal, le régisseur : « Le challenge, c’est d’arriver à faire un film professionnellement sans avoir d’argent. » Le principal levier reste donc le « système D », comme le précise Isis, la chef décoratrice :

« On doit jouer des relations pour trouver du matériel et des lieux : on empruntera le tracteur d’untel, la maison d’un autre. Comme la loi interdit de filmer dans une vraie gendarmerie, il nous a fallu en concevoir une factice… »

Solidarité villageoise

Tout ce projet ne serait donc possible sans une véritable solidarité villageoise. Chacun fait des sacrifices pour le tournage, à l’exemple de Fabrice, le deuxième assistant-réalisateur, qui se fait remplacer par sa compagne pour tenir son camion à pizzas au village.

Et Cyrill Renaud de conclure :

« Quoi qu’il arrive, on ira jusqu’au bout ! »


Construction de l’entrée de la gendarmerie factice (Jean-Yves Arthur)

 

« Et si ce film sur les sans-papiers était un pied de nez à l’actualité ? », comme le suggère la régisseuse adjointe.

Il faut avouer que, dans un département comme le Gard où le Front national dépassait les 30% au premier tour des présidentielles, il était audacieux, voire kamikaze, de choisir un sujet clivant comme celui de l’immigration clandestine pour rassembler la population autour d’un projet de film.

 

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