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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 15:45

 

 

mediapart.fr

Berlusconi lance l'Italie dans la crise et l'Europe avec

|  Par Martine Orange

 

 

Silvio Berlusconi a décidé de précipiter une crise politique, dans l’espoir d’échapper à une inéligibilité à vie. L’Italie risque de se retrouver aux mains de la spéculation financière. Et la zone euro avec.

 

 

Cela couvait depuis l’été. Après avoir brandi toutes les menaces, Silvio Berlusconi, soucieux de son seul intérêt, a décidé de passer aux actes : samedi 29 septembre, l’ancien premier ministre italien a obtenu la démission des cinq membres de son parti, le peuple de la Liberté, qui siégeaient au gouvernement. La fragile coalition gouvernementale, laborieusement mise en place au lendemain des élections législatives de février, qui avaient fait apparaître un paysage politique totalement décomposé, est à terre. Elle n’a pas duré cinq mois.

Le président du Conseil, Enrico Letta, dénonce un geste « fou et irresponsable », à la suite de l’annonce de cette démission. Le président de la République, Giorgio Napolitano, qui depuis le mileu de la semaine appelait tout le monde à la raison, a annoncé qu’il tiendrait dimanche, avec le gouvernement, une conférence d’urgence. Il a devant lui deux options : soit trouver les modalités pour former une nouvelle coalition gouvernementale, soit appeler à de nouvelles élections. Dans la semaine, il avait appelé le parti de Silvio Berlusconi à la raison, en soulignant que le pays ne pouvait se payer le luxe d’élections anticipées. « Nous avons besoin d'un parlement qui débatte et travaille et non qui soit dissous en permanence. Nous avons besoin de continuité », avait-il insisté.

Officiellement, la démission des ministres du parti de Silvio Berlusconi fait suite à un désaccord sur les choix gouvernementaux de maintenir la hausse de la TVA, qui doit passer de 21 % à 22 % au 1er octobre. Les ministres du parti de  Silvio Berlusconi, opposés à cette hausse, entendraient marquer leur désaccord avec le président du conseil, Enrico Letta, qui, vendredi lors du conseil des ministres, aurait remballé toutes les propositions alternatives – hausse des impôts sur l’essence, hausse de la taxe du logement – face au désaccord des membres du gouvernement.

Le gouvernement estime qu’il a besoin, compte tenu de la dérive du budget, d’un milliard d’euros de recettes supplémentaires s’il veut respecter son engagement de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB, comme il s’y est engagé auprès de la Commission européenne. Faute d’accord sur des mesures alternatives, il a donc décidé de maintenir sa mesure controversée de hausse de la TVA.

Alors que l’Italie s’enfonce dans la récession et a à nouveau révisé la baisse ses prévisions économiques – la chute de l’économie serait de plus de 1,7 % cette année au lieu de 1,3 % prévu –, le refus de toute mesure d’austérité, qui ne risque que d’aggraver la situation, pourrait solidement s’argumenter. Dans le cas particulier, Sivlio Berlusconi a exigé la démission des ministres de son parti par simple calcul personnel.

Depuis que la Cour de cassation a confirmé début août son inéligibilité, assortie d’une condamnation de douze mois d’assignation à résidence et de travaux d’intérêt général pour fraude fiscale, l’ancien premier ministre cherche par tous les moyens à échapper à sa condamnation. Après les déclarations du président de la République, rappelant que la justice italienne était indépendante et qu’il n’y aurait pas de grâce présidentielle, il a commencé à s’énerver. Début septembre, il est apparu à la télévision annonçant la renaissance de son parti, Forza Italia, tout en vouant aux gémonies la justice italienne.

La menace a été suspendue jusqu’aux élections allemandes. Silvio Berlusconi, ayant compris que le Sénat était prêt à confirmer, le 4 octobre, la sentence de la Cour de cassation et à approuver son inéligibilité à vie, est entré en manœuvre. Dès mercredi, les députés de son parti menaçaient de démissionner en bloc. Même si certains députés du parti déclaraient que la consigne relevait de l’appréciation individuelle – sous-entendu qu’ils n’étaient pas disposés à la suivre, l’Italie a suspendu son souffle. Le marché boursier a commencé à dévisser, tandis que les taux italiens ont légèrement monté. Rome était en apnée.

En déplacement à New York, le président du conseil Enrico Letta a multiplié les déclarations sur l’attitude irresponsable de Silvio Berlusconi, tandis que le président de la République appelait tout le monde à ses responsabilités. Doutant de l’attitude des députés de son parti, Sivlio Berlusconi a préféré précipiter la crise, en obtenant des cinq membres de son parti qui siègent au gouvernement – et que manifestement il tient bien – leur démission samedi.

Son calcul est basique : s’il n’y a plus de gouvernement, il faut appeler à des élections anticipées. Dès lors, le Sénat est dissous, il ne peut donc voter sa destitution et son inéligibilité à vie. Compte tenu des sondages, alors que son parti est au coude à coude avec le Cinque Stelle (le Mouvement 5 étoiles qui a refusé de participer à toute coalition gouvernementale), il a toutes les chances de se refaire, voire de redevenir président du Conseil.

C’est oublié que le jeu est un peu plus compliqué que cela. Dès lundi, l’Italie risque de se retrouver aux prises avec une spéculation financière, qui n’ayant jamais cru au replâtrage politique imposé par la commission européenne, est aux aguets. Alors que le pays est totalement anémié par une cure d’austérité voulue par l’Europe et asphyxié par un euro qui ne correspond absolument pas à la réalité de son économie, il se retrouve à la merci du haut brigandage financier. Par effet de contagion, toute la zone euro se retrouve à nouveau menacée.

Une solution de bricolage peut être trouvée. Mais elle risque de ne tromper personne. L’Europe, qui avait tenté de gagner du temps en imposant à Rome une solution bancale, se retrouve prise à son propre piège. La fausse accalmie décrétée le temps de la réélection d’Angela Merkel est bien achevée. Tous les problèmes politiques et économiques que les dirigeants européens ont repoussé depuis cinq ans de crise, se retrouvent devant nous.

 

 

 

 

 

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