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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:18

 

Rue89 - le Grand entretien 01/12/2012 à 19h41

Renée Greusard | Journaliste Rue89

 

 

Très déçu par les choix du gouvernement, Benjamin Coriat lui reproche de céder à « toutes les demandes des lobbys patronaux ».

 

 


Un salarié d’Arcelor Mittal, après l’annonce de Jean-marc Ayrault, le 30 novembre. (Jean-Christophe Verhaegen/AFP)

 

Il n’y aura pas de nationalisation temporaire du site sidérurgique de Florange. L’annonce de Jean-Marc Ayrault vendredi a cassé le projet d’Arnaud Montebourg. Une nouvelle couleuvre pour le ministre du Redressement productif.

La nouvelle a aussi été mal vécue par les salariés du site. Ce matin, sur RTL, Edouard Martin, responsable CFDT d’Arcelor Mittal à Florange, a accusé le gouvernement d’avoir « menti tout au long » des discussions :

« Jusqu’à la dernière minute quasiment, on nous a fait croire que la nationalisation temporaire était acquise. On n’a pas compris du tout ce pataquès de dernière seconde où Jean-Marc Ayrault a annoncé une piste qui n’avait jamais été jamais évoquée. »

Professeur à l’Université Paris XIII, Benjamin Coriat fait partie des économistes atterrés, ces économistes qui s’opposent au tout libéral. Comme les salariés du site de Florange, il ne comprend pas la décision de Jean-Marc Ayrault et a accepté de répondre aux questions de Rue89.

 

Rue89 : Etiez-vous favorable à la nationalisation temporaire ?

Benjamin Coriat : J’étais tout à fait favorable à la nationalisation temporaire. Dans la mesure où cela permettait de fabriquer une unité viable, de sauver les emplois et de continuer à faire vivre la région.

Les réserves que j’avais étaient que cette formule ne pouvait pas être considérée comme une véritable politique industrielle. Parce que c’était une opération de sauvetage alors qu’une politique industrielle a une dimension prospective, offensive et prépare l’avenir.

 

Vous comprenez donc la colère des salariés du site ?

Oui, bien sûr. D’autant qu’on ne sait pas tout. Y a-t-il finalement un engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité ou pas ? Il semble que non.

La seule chose qui est dite, c’est qu’on les garde avec la possibilité de les rouvrir. Ce qui veut dire qu’on peut aussi les fermer définitivement. D’ailleurs Jean-Marc Ayrault ne dit pas « le site avec ses hauts fourneaux est sauvé », il dit « il n y aura pas de plan social », ce qui veut dire que même si le site fermé on fera en sorte que les salariés (en âge de l’être) seront reclassés .

En fait tout dépend du fait que l’UE adoptera le projet Ulcos sur le CO2, ou non.

« On ne voit pas l’intérêt de la formule retenue »

 

Vous avez d’autres réserves ?

Oui, on peut aussi s’étonner de l’annonce du gouvernement français qui va y mettre de sa poche pour des sommes (au delà des 150 millions déjà prévus pour Ulcos) qui sont, semble-t-il, assez importantes.

Et cette fois purement à perte, puisqu’elles seront dépensées au bénéfice de M. Mittal qui reste propriétaire des installations alors que dans le cas de la nationalisation temporaire, c’était des actifs qui restaient du côté public. Donc on ne voit pas très bien, sur un plan strictement économique l’intérêt de la formule retenue.

Il s’en est bien tiré Mittal dans la négociation ! C’est le moins qu’on puisse dire. Il ne prend aucun engagement à maintenir les hauts fourneaux en activité, en revanche l’Etat s’engage à abonder dans des financements supplémentaires, pour une entreprise qui a distribué l’année dernière deux milliards de dividendes. On est quand même dans un monde extrêmement étonnant.

De plus les 180 millions d’investissement de Mittal annoncées d’ici 2015 (si cet engagement est respecté, ce qui reste évidemment à vérifier) ne sont pas une somme qui excède de beaucoup ce qui est de toute façon nécessaire pour assurer le bon fonctionnement de l’aciérie, même sans extensions.

 

Mais comment se fait-il que cette situation n’est pas été anticipée ? Cela fait longtemps qu’il se dit que ce secteur est moribond.

Non, non, non le secteur n’est pas moribond. Le secteur de la sidérurgie, comme l’ensemble des autres secteurs en Europe, passe par une période difficile du fait de la récession et de la crise.

Et la récession elle-même, pour partie elle est le résultat des politiques choisies en Europe. En alignant l’ensemble des pays de la zone euro sur les engagements à revenir à des déficit zéro dans des délais très brefs., (dispositions adoptées dans le Pacte budgétaire,) on rajoute de la récession à la récession, partout en Europe.

Dans ces circonstances, il y a des surcapacités, des difficultés, mais en 2007, c’est-à-dire juste avant la crise, Arcelor a fait la meilleure année de toute son histoire.

La sidérurgie comme beaucoup d’autres secteurs connaît une activité cyclique. Ça va, ça vient...

Le site de Florange n’est pas moribond

 

Vous pensez que le site était viable ?

Ce que les salariés d’Arcelor ont démontré, dans le cas de Florange, c’est que sous certaines conditions, si on garde ensemble le chaud et le froid, le site est viable. Ce qui n’était pas viable c’était la seule partie dont Mittal voulait se défaire. Donc on n’est pas dans des domaines voués à disparaitre.

Montebourg a d’ailleurs sur son bureau un rapport d’expert qui montre que le site Florange si son intégrité est préservée est parfaitement rentable. Si le gouvernement ne fait plus confiance aux experts qu’il a lui même commissionnés, il y a un gros problème…

Le site de Florange n’est nullement moribond. Il fabrique des aciers premiums pour Mercedes et d’autres voitures haut de gammes.

L’histoire n’est pas celle là. L’histoire, c’est celle de Mittal qui s’est surengagé dans l’achat d’entreprises les unes après les autres, et qui a se trouve aujourd’hui surendetté.

 

A votre avis qu’est-ce qui fait que Jean Marc Ayrault a finalement pris cette décision ?

Le moins qu’on puisse dire c’est que la décision prise est extrêmement décevante. Pourquoi cette extrême frilosité ? On peut avancer deux séries d’explications.

D’abord, il semble bien que la conviction de ce gouvernement est que seule l’entreprise privée est efficace. Il donne l’impression de ne pouvoir envisager d’autres formules, sans une extrême défiance. Je dis cela car avec Florange, les conditions étaient réunies pour franchir le pas et semble-t-il dans des conditions économiques certainement pas plus mauvaises que celles qui ont été adoptées et qui seront mises en œuvre.

Des réticences à la mise en œuvre d’une politique industrielle

Ensuite, je crois que ce gouvernement est très réticent à mettre en œuvre de la politique industrielle sous quelque forme que ce soit. Regardez le rapport Gallois. Hollande avait annoncé qu’il ne fallait surtout pas augmenter la TVA, que les coûts en travail n’étaient pas le problème, etc… A l’arrivée (quelques semaines après ces déclarations) on fait le contraire de ce qui était annoncé !

De surcroît, on pérennise toute une série de dispositifs (dont le crédit d’impôt recherché) qui donnent cartes blanches aux entreprises et créent toutes sortes de niches et d’effets d’aubaines. Rien donc qui relève de la politique industrielle. Et une série de dispositifs pour conforter les choix spontanés des entreprises. On a ainsi une une série d’éléments pour comprendre comment ce gouvernement pense et oriente son action.

Du coup, et même si je comprends le choc et l’amertume des salariés, les décisions prises vendredi sont en cohérence avec les décisions précédentes et le plan Gallois. Au lieu de favoriser des politiques industrielles novatrices, on abonde dans les directions choisies par les entreprises en les dotant de subventions diverses.

 

A gauche on sent une déception, comme sur la réaction du gouvernement avec les pigeons.

Ah oui... On est très surpris de voir la capacité de ce gouvernement à céder à toutes les demandes des lobbys patronaux ! L’idée de la nationalisation partielle avec revente ensuite aurait peut être couté de l’argent au passage, ça on ne peut pas le dire à l’avance. Mais l’opération choisie vendredi, on ne nous l’annonce pas à coût zéro non plus.

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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