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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 15:46

 

28/12/2011 à 14h39

Pascal Riché Redchef Rue89


 

Turner : Le déclin de l'empire carthaginois, 1817. (Tate Gallery)

Le « déclinisme », vous vous souvenez ? Ce courant de pensée qui, derrière l'intellectuel libéralo-gaullo-aronien Nicolas Baverez, au début des années 2000 décrivait une « France qui tombe » sous le poids de ses rigidités étatiques.

Les libéraux semblaient baisser les bras face à l'inertie de la société. Des économistes de gauche, comme Jean-Paul Fitoussi, haussaient les épaules : si la France connait une telle crise, disaient-ils, c'est que les politiques mises en oeuvres sont mauvaises : il suffirait d'une bonne politique (keynésienne) pour que tout reparte.


David Brooks, dit « bobo » (Bibliothèque du Congrès)

Après « Trois hommes et un coufin » et « Les Visiteurs », cette production franchouillarde est en train de connaître un remake aux Etats-Unis.

Le Baverez local est un éditorialiste conservateur très réputé, David Brooks.

On lui doit en France un sociostyle usuel, le « bobo » (un mot qui a quasi-disparu aux Etats-Unis, après un été de célébrité en 2000).

Dans un éditorial remarqué, publié le 26 décembre, Brooks rejette la comparaison de la crise actuelle avec les années 30 :

« Dans les années 1930, les gens pouvaient compter sur l'Etat pour apaiser leurs craintes et restaur leur confiance. Aujourd'hui, les Américains ont davantage tendance à craindre l'Etat que d'être par lui rassurés. »

« L'Amérique a besoin d'une “mid-life crisis” »

Il y a un siècle, écrit-il encore, l'économie américaine était une vibrante « job machine » ;

« L'industrialisation était volatile et cruelle, mais elle produisait des millions de nouveaux emplois, aspirant le travail sur l'ensemble du territoire et à l'étranger.

Aujourd'hui, l'économie n'est pas une machine à emplois et son moteur tourne au ralenti. Le nombre de créations d'entreprises déclinait avant même la crise financière de 2008.

Les grandes entreprises découvrent qu'elles peuvent s'accommoder d'effectifs moindres. Comme le Président l'a remarqué, des usines qui employaient 1 000 travailleurs peuvent maintenant être aussi productives avec moins de 100 d'entre eux. »

Sa conclusion : au début du XXe siècle,

« l'économie était à l'âge de l'adolescence et il s'agissait de la contrôler. Aujourd'hui, l'économie a atteint l'âge mur et il s'agit de la rajeunir ».

Le pays a besoin d'une « mid-life crisis », une crise de la cinquantaine.

Par « rajeunir », il faut comprendre, chez Brooks : faire maigrir l'Etat et se débarrasser des règlementations inutiles. Revenir à une morale basée sur la « rectitude » et les « sacrifices ».

Economie libertaire et valeurs conservatrices

Au début du XXe siècle, par exemple, « l'idée même de dette était une horreur morale » et les hommes devaient épouser les femmes qu'ils mettaient enceintes, écrit l'essayiste.

« Il y a un siècle, nous avions une économie libertaire et des valeurs conservatrices. Aujourd'hui, nous avons une économie oligarchique et des valeurs morales libertaires – une mauvaise combinaison. »

Paul Krugman, prix Nobel d'économie, solide keynésien, lui aussi chroniqueur dans le New York Times, a endossé le rôle de l'anti-décliniste. Dans un billet titré « le défaitisme de la dépression », il prend le contre-pied des thèses de Brooks :

« On entend partout des gens déclarer que les bons jours sont désormais derrière nous, que l'économie a subi une perte générale de dynamisme, qu'il est irréaliste de s'attendre à un retour rapide au plein emploi. Des gens disaient la même chose dans les années 30 !

A l'approche de la Seconde Guerre Mondiale, une relance budgétaire enfin adaptée à la situation a soudain permis de créer suffisamment d'emplois et ceux qui étaient considérés comme des travailleurs inemployables et inutiles sont devenus très productifs, merci. »

« Une élite qui préfère coller à ses préjugés »

Selon Krugman, absolument rien ne permet de dire que cette récession est due à autre chose qu'un bête problème de demande insuffisante.

« On pourrait le surmonter en quelques mois en engageant des politiques adéquates. Notre problème n'est pas, au final, économique ; il est politique, généré par une élite qui préfère coller à ses préjugés plutôt que faire redémarrer la nation. »

Dans un article du Monde titré « Déclin ou régression sociale ? », publié le 17 septembre 2003, Jean-Paul Fitoussi disait la même chose :

« Pourquoi les politiques publiques ne mettent-elles pas plus d'acharnement à
rechercher le plein emploi ? »

Que ce soit dans le débat sur le déclinisme en France ou celui sur le « defaitism » aux Etats-Unis, on retrouve la même fracture idéologique :

  • d'un côté, une pensée conservatrice qui fait des peuples les responsables de leur propre sort, tant ils sont incapables de se défaire du confort de la croissance passée ;
  • de l'autre, une pensée progressiste qui refuse le discours sur le « sacrifice » ou le « travailler plus » : les anti-déclinistes sont convaincus que le mal vient avant tout de politiques erronées, imposées par des élites politiques faisant le jeu de la classe dominante. Qui, elle, n'est pas sur le déclin, ni aux Etats-Unis, ni en France.

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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