Quantcast

Fukushima

Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 20:03
| Par Michel de Pracontal

Un an après la catastrophe, où en est-on à Fukushima ? Mediapart a interrogé Mycle Schneider, consultant international dans le domaine de l'énergie et de la politique nucléaires, et membre de l'International Panel on Fissile Materials (IPFM), basé à l’université de Princeton, aux Etats-Unis. Coordinateur et auteur principal du World Nuclear Industry Status Report, Mycle Schneider a conseillé des organismes aussi divers que la Commission européenne, le CNRS, l’IRSN, l’Unesco, l’AIEA ainsi que Greenpeace, le WWF et l’INPPW. Il a aussi été conseiller des cabinets du ministre français de l’environnement et du ministre belge de l’énergie et du développement durable (de 1998 à 2003) et du ministère de l'environnement allemand (2000-2010). Membre du conseil d’administration du Takagi Fund for Citizen Science à Tokyo, il connaît bien le Japon où il a effectué de nombreuses visites. Il s'est rendu au début de cette année dans la région de Fukushima et brosse ici un tableau inquiétant de la situation.

 

Mycle Schneider en 2010 
Mycle Schneider en 2010© Boellstiftung

Mediapart. Vous avez lu notre fiction décrivant ce que pourrait être une catastrophe majeure à la centrale nucléaire de Fessenheim. Vous qui séjourniez récemment au Japon, pensez-vous qu’un Fukushima à Fessenheim est possible ?

Mycle Schneider. Votre fiction est parfaitement plausible. On peut bien sûr discuter de tel ou tel détail technique, mais cela ne change rien au fond. Une catastrophe nucléaire pourrait se produire en France. D’ailleurs, les autorités ne le nient plus. À cet égard, la rhétorique des responsables français a changé de manière remarquable depuis Fukushima. Le patron de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) admet qu’il n’existe aucune garantie qu’un accident grave ne se produira jamais en France. Et le directeur de l’IRSN, l’organisme responsable de l’expertise technique dans le nucléaire, dit qu’il faut « imaginer l’inimaginable ». De tels propos sont inédits de la part des responsables du nucléaire français. Pourtant, au-delà de ce discours, on continue de faire comme si de rien n’était. À Fessenheim, dont les points faibles sont bien connus, et dans une moindre mesure sur d'autres sites, on a prévu des modifications pour améliorer la sûreté, mais elles ne sont pas considérées comme une urgence, c’est le moins qu’on puisse dire.

Il ne faudrait pas que l’accident arrive demain… Pour en revenir à Fukushima, un an après le tsunami, peut-on dire que la catastrophe est sous contrôle ?

Non, loin de là. À certains égards la situation reste aussi incertaine qu’il y a six mois ou un an. Le discours officiel affirme que la centrale de Fukushima Daiichi est en « arrêt à froid », mais ce terme s’applique à une installation en exploitation normale. Il n’a aucun sens ici. Le gouvernement et Tepco, le propriétaire de la centrale, s’efforcent de créer l’illusion d’une normalité qui ne correspond pas à la réalité. Cette illusion est d’ailleurs dénoncée par des articles dans les grands journaux japonais, à l’image du quotidien Mainichi qui a récemment publié un article expliquant que la crise était loin d’être réglée (« far from over »). C’est aussi ce qu’affirment des experts de plus en plus nombreux. Et il ne s’agit pas d’écologistes ou de militants antinucléaires, mais de professionnels de l’industrie de l’atome civil. Tel est le cas, par exemple, de Masashi Goto, un ingénieur à la retraite qui travaillait à la conception d’installations nucléaires chez Toshiba jusqu’en 2009. Aujourd’hui, Goto se montre très critique à l’égard de l’industrie nucléaire japonaise. Il a affirmé (voir Science, 27 janvier 2012) que les stress tests effectués sur les centrales japonaises à la suite de la catastrophe étaient insuffisants et « ne constituaient pas une preuve de la sûreté » des installations. Son point de vue est d’autant plus significatif que Goto fait partie d’un comité scientifique consultatif pour la Nisa, l’autorité japonaise de sûreté nucléaire. Masashi Goto a déclaré, avec le physicien Hiromitsu Ino, lui aussi membre du comité de la Nisa, que leurs objections avaient été ignorées dans le rapport final sur les stress tests. De telles déclarations constituent un élément nouveau. Des gens comme Goto ne s’exprimaient pas publiquement, jusqu’à un passé récent.

Le Japon ne possède pas de robots adaptés à l'exploration d'une centrale nucléaire accidentée

Que peut-on dire de la situation à la centrale de Fukushima ?

On ne sait toujours pas quel est l’état précis de l’installation. Une grande partie des informations dont on dispose découle de calculs, de scénarios, faute de données réelles fournies par des instruments de mesure et des capteurs. Un exemple frappant : la première fois que les opérateurs ont introduit une caméra dans un bâtiment réacteur, ils pensaient arriver au niveau de l’eau, alors qu’en fait ils n’y étaient pas du tout. La deuxième fois, le 26 mars 2012, ils ont introduit une caméra dans la cuve du réacteur n°2 et se sont rendus compte qu’il ne restait que soixante centimètres d’eau environ, cinq fois moins que ce qu’ils pensaient. Tepco n’est même pas capable de dire où se trouve l’eau dans les bâtiments ni combien il y en a dans la cuve du réacteur n°2. La radioactivité mesurée dans le bâtiment réacteur atteint jusqu’à 73 sieverts par heure (Sv/h). C’est une dose létale, à comparer à la dose maximale admissible sur le plan réglementaire pour le public qui est de 1 millisievert par an !

N’était-il pas possible d’introduire des robots sur le site ?

Paradoxalement, bien que le Japon soit le pays des robots, on a découvert qu’il n’y en avait pas qui soient adaptés à l’exploration d’une centrale nucléaire accidentée. Les Japonais n’ont pas de robots qui puissent circuler parmi les gravats. De plus, il se pose un problème de télécommande : les parois de béton sont trop épaisses pour laisser passer les ondes radio. Bref, il n’y a pas de solution robotique prête à fonctionner aujourd’hui. Il faut ajouter que le niveau très élevé de radioactivité complique le problème. Les radiations dégradent la qualité des images filmées. Et rendent évidemment très difficile et risqué le travail sur le site. Du fait de ces problèmes, les opérateurs manquent de données réelles sur l’état de la centrale, et doivent se baser sur des scénarios dont la fiabilité reste à déterminer. 

Quels sont aujourd’hui les principaux risques sur le site nucléaire ?

J’en citerai deux. D’une part, on ne peut toujours pas exclure un scénario de re-criticité avec redémarrage de la réaction nucléaire au sein du combustible d’un des réacteurs (voir à ce sujet notre article ici). Un tel phénomène provoquerait un dégagement de chaleur et d’énergie, et une émission de neutrons très dangereuse pour les travailleurs de la centrale. Plusieurs physiciens affirment que l’hypothèse d’un phénomène de re-criticité reste d’actualité, même si elle est controversée. Il existe un autre risque très sérieux : c’est qu’un bâtiment s’effondre. En particulier, le bâtiment réacteur n°4, qui a été fragilisé par des explosions et dont la piscine contient une grande quantité de combustible irradié. Il faut savoir que la piscine se trouve entre les quatrième et cinquième étages. Si le bâtiment s’écroulait, ce serait un véritable cauchemar, car la dose reçue à un mètre de distance du combustible serait létale en moins d’une minute, interdisant tout accès. Tepco a renforcé la structure de la piscine de la tranche 4, mais cela paraît très insuffisant pour garantir qu’il n’y aura pas de problème. La situation ne sera vraiment stabilisée que lorsqu’on aura sorti le combustible irradié de l’installation. Le début des opérations n’est pas prévu avant 2013 sur la tranche 4 et plus tard pour les autres. De nombreux équipements ne fonctionnent plus, en particulier les ponts de levage au-dessus des piscines. Un château de transport de combustible irradié pèse 100 tonnes. Il va falloir reconstruire un aménagement à côté de chaque tranche…

« Depuis un an, on n'a guère progressé vers une situation stable et sûre »

En somme, on n’est pas près de régler la situation...

Non, d’autant qu’une autre difficulté vient s’ajouter : si le séisme principal s’est produit il y a un an, il y a eu depuis des centaines de secousses. Jusqu’au début du mois de février 2012, le gouvernement japonais a recensé 588 tremblements de niveau 5 sur l’échelle de Richter, 96 de niveau 6 et six de niveau 7. On imagine les conséquences pour l’intégrité des bâtiments. En outre, au début de l’année, on a observé au moins vingt-huit ruptures de tuyaux en quelques jours à cause de gels. Ce genre d’incident complique la tâche de l’exploitant, qui continue d’injecter de l’eau en permanence, entre dix et vingt mètres cubes par heure au total, pour refroidir les cœurs des réacteurs via des tuyauteries improvisées. Il y a toujours environ 100 000 mètres cubes d’eau contaminée dans la partie basse des bâtiments. On n’arrive pas à diminuer sensiblement cette quantité d’eau. La décontamination produit des boues hautement radioactives, dont il faut gérer le stockage.

 Globalement, ce que vous décrivez donne une impression d’à-peu-près, de bricolage…

C’est le cas. Depuis un an, on n’a guère progressé vers une situation stable et sûre. Tepco n’arrive toujours pas à maîtriser la situation.

Quelle stratégie alternative serait possible ?

Je reste persuadé qu’il ne faut pas laisser Tepco travailler seule dans son coin. Il ne s’agit pas de pointer du doigt la firme japonaise, mais de lui tendre la main. Je suis étonné, à cet égard, de l’absence de proposition des autorités françaises, allemandes, américaines… Jusqu’à présent, il n’y a pas de véritable coopération internationale pour résoudre cette crise qui est pourtant mondiale, et sans précédent. Il n’y a eu que des coopérations bilatérales, entre le Japon et les Etats-Unis, le Japon et la France, etc. Dès le mois de mars 2011, j’ai lancé un appel à constituer une task force internationale, avec les meilleurs experts de chaque pays possédant une industrie nucléaire. Mais cet appel n’est pas entendu et on maintient ce système dans lequel Tepco se débrouille plus ou moins seule, alors qu’elle a largement démontré qu’elle était dépassée par la crise. Le résultat, c’est que les Japonais continuent d’improviser, sans résoudre réellement les problèmes. Cela dit,  je n’abandonne pas cette idée d’une task force internationale, bien au contraire.

Ce caractère improvisé, ce bricolage, s’applique-t-il aussi aux mesures de protection des populations à l’extérieur du site ? 

Malheureusement oui, dans une large mesure. Au cours d’une visite au Japon en janvier, j’ai vu aux abords de la zone d’évacuation des camions transporter de la terre probablement contaminée de l’extérieur de la zone vers l’intérieur. J’ai vu des équipes de décontamineurs en habits de protection « nettoyer » un parking au Kärcher, sans récupérer l’eau ! Autrement dit, on pousse la radioactivité d’un endroit à un autre. Le gouvernement a lancé le mot d’ordre de « décontamination », mais il n’y a pas de plan d’ensemble, de dispositif global pour décontaminer efficacement les endroits ciblés et gérer durablement les déchets engendrés.

Le gouvernement ne dispose-t-il pas d’une carte de la contamination ?

Si, mais pas suffisamment détaillée. Un an après la catastrophe, on n’a toujours pas de cartographie précise de la radioactivité. Le problème est qu’il existe de grandes variations sur de petites distances, de sorte que pour être utile, la cartographie devrait être poussée à un degré de résolution très fin. J’ai pu me rendre compte de ces variations au cours de ma visite dans la région. Un dosimètre était placé à l’extérieur du bus et deux autres à l’intérieur. J’ai constaté que l’on avait deux fois plus de radioactivité à l’extérieur. Dans l’environnement, les mesures allaient jusqu’à 2,7µSv/h à deux mètres de hauteur soit plus de 10 µSv/h à un mètre, soit 100 fois la dose maximale admissible réglementaire en temps normal. Une association privée a établi une carte pour la zone de la ville de Koriyama, qui se trouve à soixante kilomètres de la centrale. On y a relevé des niveaux de radioactivité très supérieurs à ceux de la zone d’évacuation de Tchernobyl. À Minamisoma, à vingt-cinq kilomètres de la centrale de Fukushima, et en dehors de la zone de restriction, on mesure aussi en de nombreux points des niveaux de contamination supérieurs à ceux de la zone d’évacuation de Tchernobyl. Ces exemples montrent pourquoi il faudrait disposer d’une cartographie d’ensemble très détaillée pour savoir exactement à quel niveau de radiation, et donc à quel risque, sont exposées les populations.

« Il arrive que des parents soient évacués et pas leurs enfants »

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas ?

On dispose de nombreuses mesures ponctuelles, de provenances diverses, qui permettent d’identifier certains des points chauds importants. En se déplaçant de moins d’un kilomètre, on peut constater une différence d’un facteur dix ! Il faudrait des relevés systématiques. On peut illustrer le problème par un cas qui a fait du bruit : on a découvert fortuitement qu’un bâtiment tout neuf, destiné à accueillir des habitants évacués de leur maison, avait été édifié avec des matériaux de construction à partir de pierres broyées très fortement contaminées. On s’en est aperçu quand une gamine de dix ans, qui portait un dosimètre, a emménagé dans le bâtiment. Après peu de temps, son dosimètre s’est mis à afficher des mesures hallucinantes. Mais ce bâtiment avait été entièrement construit sans qu’on ne remarque rien !

Par ailleurs, le fait qu’on s’appuie sur des mesures ponctuelles conduit à des absurdités. Par exemple, il peut arriver que des parents soient évacués et pas leurs enfants, parce que ces derniers n’habitent pas dans la maison des parents dont le taux de contamination dépasse les normes officielles justifiant l’évacuation, tandis que la maison juste à côté affiche une valeur juste en dessous du seuil fatidique.

Comment les gens réagissent-ils à la situation ? 

Il y a une revendication forte pour le « droit à l’évacuation ». Les gens veulent avoir le droit de décider individuellement de ce qu’ils jugent dangereux. Mais il faut aussi prendre des mesures de protection ciblées, en particulier pour les enfants qui sont doublement pénalisés, à la fois parce qu’ils sont plus sensibles et parce que leur taille les expose davantage à l’environnement contaminé. Il faut améliorer la décontamination des écoles. Dans des communes importantes comme Minamisoma, les enfants n’ont pas le droit de jouer dehors, ni dans les parcs ni dans les piscines. Des dizaines de milliers d’enfants ne peuvent pas faire de sport à l’extérieur.

Pourquoi les mesures de décontamination ne sont-elles pas organisées de manière plus méthodique ?

Actuellement, c’est le règne du bricolage. Il faudrait faire tout un travail d’éducation du public pour apprendre aux citoyens à identifier les endroits dangereux. Par exemple, les gouttières, et en général les endroits où les eaux se concentrent, accumulent de la radioactivité. Il faudrait apprendre aux gens à nettoyer leurs gouttières. Il faut créer des endroits où entreposer les matières contaminées. Un documentaire filmé par NHK, Mapping Fukushima, montre des situations absurdes comme celle-ci : pour décontaminer une école, on enlève trois centimètres de terre dans la cour ; mais où la mettre ? Faute de solution, on en a fait un tas… dans la cour de l’école !

Comment expliquer ce manque d’organisation, dans un pays aussi sophistiqué que le Japon ?

Un des principaux obstacles est d’ordre psychologique. Pour traiter sérieusement la décontamination, il faut avoir en tête que le problème ne va pas disparaître avant des années, voire des décennies. Que certains territoires seront perdus pour des siècles. Que la contamination radioactive s’inscrit dans la durée. Or, les habitants des régions concernées ne sont pas prêts à accepter cette notion de durée. Ils pensent que ça va s’arrêter comme ça ! Je suis allé à une réunion où j’ai expliqué cette notion de durée. Les gens ont fondu en larmes. Ils n’en peuvent plus, ils sont dans un état de stress et de désespoir.

Le pouvoir central est en conflit avec les autorités locales

Qu’en est-il de la contamination radioactive des aliments ?

C’est un peu la même chose : il n’y a pas de système homogène qui permette de contrôler l’ensemble de la chaîne alimentaire. On a bien sûr instauré des niveaux limites pour qu’un produit soit consommable. Mais le nombre de mesures officielles est insuffisant et n’inspire pas confiance. En conséquence, de nombreuses mesures sont effectuées de manière individuelle par les agriculteurs, les distributeurs, les associations et les citoyens, et c’est assez anarchique. De plus, même lorsque des produits sont exempts de radioactivité, si l’étiquette indique « Fukushima », les gens de Tokyo ne les achètent pas. La préfecture de Fukushima était la principale région de production d’agriculture biologique. Cette agriculture est menacée de faillite. À Iitate, un agriculteur, père de deux petits enfants, s’est suicidé, désespéré par la situation. Il faudrait un système de certification, un label officiel, qui permettrait aux agriculteurs de vendre leurs produits tout en garantissant la sécurité. 

Le gouvernement est-il globalement dépassé ?

Il ne fait pas ce qu’il faudrait pour donner l’impression qu’il va régler les problèmes. Il faut savoir que la contamination radioactive n’est pas une donnée statique, mais dynamique. La radioactivité redescend peu à peu des montagnes, de sorte que l’on va découvrir de plus en plus de terres contaminées, de lieux où les gens, en particulier les agriculteurs, seront exposés. Et ce n’est pas un cas isolé. Le pouvoir central n’anticipe pas. Face à cette incurie, on voit émerger un rôle de plus en plus important des municipalités, des communautés locales. Des maires se mobilisent, tentent de monter des projets pour leur ville… 

Quelle est l’attitude des municipalités vis-à-vis de l’avenir du nucléaire au Japon ?

Le pays se trouve aujourd’hui dans une situation de rupture tout à fait inédite : officiellement, le gouvernement n’a pris aucune décision politique de sortie du nucléaire ; mais en même temps, sur les 54 réacteurs nucléaires que compte le pays, 53 sont aujourd’hui à l’arrêt – au fait, l’île principale du Honshu est désormais sans électricité nucléaire – et le dernier qui tourne encore sur Hokkaido devrait être stoppé pour rechargement et inspection le 5 mai 2012. Le lobby dans le gouvernement et l’industrie – ce que l’on appelle au Japon le « village nucléaire » – veut faire redémarrer les centrales. Mais l’opinion est majoritairement contre, des experts de plus en plus nombreux critiquent le nucléaire, et les communautés locales sont fortement opposées au redémarrage des réacteurs. D’où une situation de conflit entre le pouvoir central, les préfectures et les municipalités. Or, il existe au Japon une loi non écrite selon laquelle le pouvoir n’impose pas le fonctionnement d’une installation nucléaire contre la volonté des populations locales. Et le premier ministre, Yoshihiko Noda, s’est engagé à respecter les vœux des municipalités. Dans ces conditions, il risque d’être très difficile de faire repartir les réacteurs. D’autant que, depuis un an, le pays s’adapte peu à peu à une vie sans électricité nucléaire. L’avenir dira si c’était une attitude de circonstance ou si le Japon a réellement pris le tournant de la sortie du nucléaire et de la réduction de sa consommation d’énergie. S’il y parvient, à côté de l’Allemagne, cela montrera que la prétendue fatalité qui interdirait, en France, de se passer du nucléaire, est en fait une fiction inventée par les nucléocrates. Pire, l’avance prise par ces pays dans la mise en place de concepts et de technologies innovants, ultra-efficaces et respectueux de l’environnement pourrait s’avérer irrattrapable. Une chose est sûre : il vaut mieux préparer une sortie du nucléaire que de la subir.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 19:50

 

Rue89 - Entretien 31/03/2012 à 17h42

Nadine et Thierry Ribault | Ecrivain et chercheur au CNRS

 

Capture d’écran de Wataru Iwata, lors d’une interview télé (Japan National Press Club)

Le 13 mars 2011, deux jours après le tremblement de terre du Tohoku, le raz-de-marée et l’accident nucléaire de Fukushima, le compositeur Wataru Iwata abandonne son studio de la banlieue de Tokyo pour se réfugier à Kyoto.

Il est parfaitement conscient, comme l’ensemble de la population désormais, qu’une catastrophe sans précédent – dont l’ampleur dépassera même de loin celle de Tchernobyl – vient d’avoir lieu. Après des nuits d’insomnie, Wataru Iwata, qui ne s’est jamais engagé dans aucun groupe activiste, humanitaire ou politique, décide de partir pour le département de Fukushima le 20 mars, dans un élan qu’il n’explique même pas.

Durant les trois mois qui suivent, il bâtit « Projet 47 », en référence aux 47 départements du Japon. Des fonds sont réunis pour organiser l’évacuation des sinistrés et acheter des appareils d’évaluation du rayonnement qui permettront de prendre des mesures et de les publier. Car il explique alors :

« La situation au Japon ressemble de plus en plus à celle d’une période de guerre : il est recommandé de porter à la télévision, dans les magazines et sur Internet, les bâillons de la restriction volontaire. »

Les observateurs de « Projet 47 » se rendent dans les fermes, les écoles, chez les gens, avec les radiomètres et les compteurs Geiger, prennent des mesures et les diffusent sur le site internet de l’association. Ils veulent provoquer ce qu’ils appellent « l’auto-évacuation » : les gens doivent décider à titre personnel d’évacuer la zone sinistrée, puisque l’Etat ne les contraint pas à le faire.

Wataru Iwata, « un entêté et un inquiéteur »

Face à l’infinie gestion du désastre, « il faut l’insoumission absolue », dit Wataru Iwata. L’indignation, tellement en vogue ces derniers temps, parce qu’elle est avant tout un aveu d’impuissance, ne suffit pas. En juin 2011, il résilie son bail à Tokyo et prend en location, dans la ville de Fukushima, un une-pièce où il vivra au milieu des instruments de mesure du rayonnement – matérialisant de la sorte et rendant effective, le 1er juillet 2011, l’existence de la première station autonome de mesure des radiations au Japon.

Cette station s’inscrit dans le cadre des actions menées par la nouvelle structure fondée par « Projet 47 » et baptisée « Laboratoire citoyen de mesure de la radioactivité » (CRMS pour « Citizen’s Radioactivity Measuring Station »). « Le jour de la mise en service du Whole Body Counter (WBC, l’appareil permettant d’effectuer des mesures anthropogammamétriques), dit Wataru Iwata, cent demandes ont été déposées en cinq minutes. Nous avons dû fermer. » Peu à peu, d’autres centres sont mis en service : à Kôriyama, Fukagawa, Nihonmatsu, Tamura. Le 14 décembre 2011, la première station citoyenne de mesure de la radioactivité du réseau CRMS ouvre ses portes à Tokyo.

Wataru Iwata n’appartient à aucune organisation hiérarchique et ne dépend de personne. C’est sa propre volonté qui l’a mis en mouvement au lendemain de la catastrophe de Fukushima. C’est un entêté et un inquiéteur.

Le 27 novembre 2011, lors d’un meeting d’information auprès de la population, organisé par le CRMS à Kyoto, il déclare qu’il se méfie du WBC dont l’usage a pour conséquence de déculpabiliser les gens qui ont décidé de ne pas bouger. Les gens de Fukushima ayant fui pour s’installer à Kyoto l’interrogent : comment prouver quoi que ce soir plus tard, en cas de maladie ? Wataru leur conseille de conserver les dents des enfants, leurs cheveux. Après le meeting, il nous avoue songer à changer de direction, qu’il veut mener une lutte plus franche contre les autorités, et contre tous les apathiques.


Wataru Iwata (deuxième à gauche) et l’équipe d’organisation de la Conférence internationale citoyens et scientifiques, à Tokyo le 12 octobre 2011 (Thierry Ribault)

Les mères n’avaient pas confiance

Nous avons rencontré Wataru Iwata le 12 février 2012, à Fukushima lors du symposium « Protéger la vie de l’irradiation ». Entretien.

Nadine et Thierry Ribault : Quel est votre bilan sept mois après la création de CRMS ?

Wataru Iwata : Les résidents de Fukushima se sont rapprochés de nous lorsque nous sommes arrivés avec nos appareils pour mesurer la radioactivité. Notre objectif n’était pas de pousser les gens à fuir, mais de leur donner l’information pour qu’ils soient en mesure de décider par, et pour eux mêmes.

Les gens ne pouvaient pas parler de radiations, ils ne pouvaient pas évoquer la centrale nucléaire. Les autorités centrales et locales ne faisaient aucune proposition pour lutter contre la contamination. En revanche, ils ont augmenté les seuils annuels tolérables de radiation.

Le mot d’ordre était « courage Fukushima ! » Et l’on incitait les gens, y compris les enfants dans les écoles, à consommer la nourriture de Fukushima. Les gens qui s’inquiétaient des risques liés aux radiations ont vite compris qu’il fallait se protéger de l’irradiation interne comme de l’irradiation externe. Les mères, inquiètes du régime alimentaire de leurs enfants, ont tiré la sonnette d’alarme.

Les mères n’avaient donc pas confiance ?


« Gare de Fukushima : le cheval du bonheur », le 25 mars 2012 (Thierry Ribault)

Non, ce qui était légitime. Les gens du gouvernement se souciaient peu de la santé et de la sécurité des gens. Il y avait un manque d’information précise. Les autorités m’ont avoué avoir sélectionné, par exemple, trois échantillons de riz avant de décréter que le riz était consommable puisque contaminé à moins de 5 000 becquerels par kilo. Or c’est beaucoup trop général, quand on sait que la contamination change tous les 100 m.

Un fossé énorme se creusait entre la réalité et la représentation de la réalité par les autorités. Leurs postes de contrôle des débits de dose externe étaient situés à 20 m du sol, conçus pour mesurer la radioactivité en cas de test d’armes nucléaires. Lorsque nous avons ouvert la première station à Fukushima, nous étions censés commencer à 13 heures et les gens faisaient déjà la queue à 11 heures. Je leur ai dit qu’on ne pouvait pas mesurer l’eau, alors que la plupart d’entre eux en apportaient.

Ils voulaient comprendre et savoir, y compris les producteurs. Au début, il y avait beaucoup de gens du monde de l’agriculture biologique. Ils se demandaient s’ls pouvaient cultiver puis vendre à la consommation. Les mesures sont nécessaires pour prendre des décisions.

« Les autorités se sont cyniquement excusées »

Quel type de relation avez-vous avec les autorités ?

Après avoir reçu les WBC, nous avons développé des relations avec les autorités sanitaires qui sont venues voir ce que nous faisions. Les gens leur avaient révélé les résultats obtenus chez nous. Ils se sont montrés amicaux et se sont cyniquement excusés du fait que ce type d’activité ne puisse être réalisé par eux-mêmes.

Les gens ne leur font plus confiance mais il y a, chez certains d’entre eux, une volonté de protéger. Reste qu’ils n’ont pas les appareils pour le faire. Ils ne cherchaient pas à le cacher, mais les gens ne les croyaient pas. A l’université de médecine de Fukushima, par exemple, les WBC étaient contaminés dès le début. Des résidents ont demandé à être mesurés et on le leur a refusé.

Les gens se tournent donc vers nous et nous avons fini par créer des relations de dépendance chez certains, qui ne dépendent plus des autorités… mais du CRMS. Certaines personnes n’ont plus aucune autonomie. Et quoi qu’il en soit, tout est fait, et continuera d’être fait, pour que les gens ne quittent pas les zones contaminées. Il n’est pas réaliste de penser que les gens vont tous partir. Or, tous ces gens qui restent là ont besoin de protection et de suivi médical.

De ce point de vue, nous envisageons de travailler avec les autorités. On ne peut pas toujours se plaindre. Il faut agir en fonction de ce que veulent les résidents. Or, seulement 3% d’entre eux sont partis, seulement 10% des enfants. Les autres sont là. A ces « autres », les autorités qui se sont refusées de conseiller l’« évacuation », conseillent désormais de « partir en voyage de ressourcement », comme on incite les personnes âgées, en temps « normal », à le faire.

Quel type de relations avez-vous avec les scientifiques ?

Les examens médicaux menés dans le cadre de l’enquête de santé publique dirigée par l’équipe du professeur Yamashita sont gratuits. Mais le département de Fukushima a demandé au gouvernement central de pouvoir assurer la gratuité de l’entièreté des soins médicaux pour les moins de 18 ans. Et officiellement, cette requête a été passée sous silence le 28 janvier par Tatsuo Hirano, ministre d’Etat chargé de la Reconstruction.

Donc certains scientifiques ont une attitude pour le moins étrange. Des conflits se déclarent : ainsi le vice-président Yamashita, de Nagasaki, et le vice-président Kamiya, de Hiroshima, sont en conflit ouvert au sujet de l’enquête. Selon les médecins de Hiroshima, la non-distribution de pastilles d’iode au début du désastre est une faute, alors que pour les autres ce n’est pas le cas.

Bien qu’il soit difficile pour les médecins de faire un travail indépendant, du fait de la domination puissante des associations de médecins qui leur interdisent d’alarmer les gens au sujet des radiations, et bien que certains pédiatres blâment les mères qui s’inquiètent de la santé de leurs enfants, beaucoup d’entre eux, originaires de Fukushima, veulent fournir une protection et une aide à la population. Nous sommes donc en train d’établir des liens de travail avec certains d’entre eux ainsi qu’avec certains chercheurs.

« L’université de médecine est devenue le château de Dracula »

Le CRMS est-il un lieu de vérité ?

Le CRMS doit établir une forme de confiance. Cela se fait peu à peu. Les gens ont été fortement exposés et on ne sait pas ce qui va arriver dans les années à venir. Des histoires circulent : des fœtus morts dans le ventre des mères, des malformations… mais on ne peut affirmer actuellement que ce soit à cause des radiations.

L’enfant du président de la radio de Koriyama vient de naître avec une malformation au cœur, telle qu’en ont présentée les enfants de Tchernobyl. Les journalistes en profitent pour répandre la terreur avec ces histoires, alors qu’aucune conclusion n’est encore possible.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que les gens doivent être suivis. Il faut leur faire subir des examens et les traiter sitôt qu’on trouvera des choses à traiter. Il faut les contrôler, car les possibilités de développer une maladie s’accroissent. Or, comme nous venons de le dire, le gouvernement refuse de rendre gratuits les frais médicaux pour les moins de 18 ans dans le département de Fukushima à l’exception de la prise en charge des examens menés dans le cadre de l’enquête de « gestions sanitaire ». Les frais médicaux devraient y être gratuits, mais il faut aussi être conscients que, si une telle loi passait, les gens ne pourraient plus choisir de ne pas fournir leurs données personnelles aux autorités.

Les gens seraient examinés à Fukushima et les résultats des examens resteraient « collés » à leur identité tels des casiers judiciaires. Les gens n’ont d’ailleurs été que 20% à répondre à l’enquête lancée par l’université de médecine de Fukushima.

Pour beaucoup, l’université de médecine de Fukushima est devenue le château de Dracula. C’est pourtant à cette université qu’il revient en priorité de s’occuper des gens, mais pour le faire correctement les responsables doivent changer de politique. Ils doivent discuter avec les résidents et les citoyens, tenir compte de leur opinion et de leurs demandes, dans la manière, par exemple, de mener l’enquête. Il faut être proche des gens. Il faut agir en tenant compte d’une situation précise. On ne sait jamais, une fois prise, si la décision sera la bonne.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 mars 2012 6 31 /03 /Mars /2012 01:00

 

http://fr.euronews.com/2012/03/28/mauvaises-nouvelles-de-fukusima/

28/03 12:53 CET

 

Fukushima inquiète à nouveau… Des taux de radiation extrêmement importants, en tous cas beaucoup plus importants que prévu, ont été détectés à l’intérieur de l’un des réacteurs de la centrale dévastée par un tsunami il y a un an.

TEPCO, l’exploitant du site, y a introduit une petite caméra, un dosimètre de radioactivité ainsi qu’une jauge pour analyser l’eau de refroidissement du réacteur numéro Deux.

les résultats sont effrayants : plus de 70 sieverts par heure, soit un taux capable de tuer un homme en sept minutes d’exposition.

Pour décontaminer l’usine, des équipements spéciaux sont donc indispensables, et le processus pourrait prendre plusieurs dizaines d’années.

En outre, le niveau d’eau à l’intérieur du réacteur, que l’on estimait à trois mètres, est en fait tombé à soixante centimètres.

Bref, beaucoup de mauvaises nouvelles pour les ingénieurs chargés du dossier, beaucoup de mauvaises nouvelles aussi pour l’environnement direct de la centrale.

Plus d'actualités sur : Catastrophe au Japon, Fukushima, Japon, Radioactivité Japon

Copyright © 2012 euronews


Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 29 mars 2012 4 29 /03 /Mars /2012 18:08

Rue89 - Alissa Descotes-Toyosaki

journaliste
Publié le 29/03/2012 à 01h14

La déchèterie de Rikuzentakata (Alissa Descotes-Toyosaki)

 

Dans la petite case en préfabriqué, il fait bon. Ça sent le café et le tabac. Assis à côté du poêle, un vieux grignote des biscuits salés. Il a fait de la pêche au thon pendant 40 ans. Maintenant il trie les déchets laissés par mer. « Ça pue », dit-il en guise de commentaires.

A Rikuzentakata, à l’emplacement du supermarché en ruine, il y a maintenant un centre de tri des déchets en plein air. Des voitures, des montagnes de tatamis lessivés par le tsunami qui a décimé 1/10e des habitants. Comme beaucoup de villes du Tohoku, le triage des déchets du tsunami représente pour l’instant la seule alternative de travail. Une tache ingrate que beaucoup de travailleurs accomplissent pourtant sans rechigner.

 « C’est mon gagne-pain et ma façon de contribuer à la reconstruction“ explique Satomi Shida. 

Cette étudiante avait fait une demande d’embauche dans un supermarché. Qui par ironie du sort est devenu le centre de déchets dans lequel elle travaille depuis le séisme. Pêcheurs, mères de famille, ils sont nombreux à travailler dans les déchèteries mais sans plus de garanties d’avenir. 

‘Malgré l’ampleur du travail et les années que cela prendra, on ne peut pas salarier les travailleurs. Le gouvernement ne nous donne pas les moyens nécessaires.’

Le chef de chantier, Yasuo Araki avoue ne pas toujours comprendre la politique de reconstruction du pays :

‘Tout ce que je sais, c’est que les déchets que nous trions seront traités dans la cimenterie d’Ofunato et non pas à Rikuzentakata.’

Pourtant la ville, détruite à 90%, tient le triste record de toute la préfecture d’Iwate, soit 1 million de tonnes de déchets.

Déchets radioactifs

En avril dernier, le charismatique maire de Rikuzentakata, Futoshi Toba, avait présenté un projet de construction d’une usine spéciale pour traiter localement les gravats. Le projet avait été refusé par la préfecture qui avait invoqué des délais trop longs de construction. M.Toba avait surtout critiqué le délai des procédures qui même en période de crise, la plus grave depuis 1945, était de deux ou trois ans, rien que pour un permis de construire.

Une critique d’autant plus justifiée que la question du traitement des déchets n’était toujours pas réglée un an après la catastrophe. En effet, les mesures sur la radioactivité avaient démontrées que les gravats du tsunami, de la préfecture de Miyagi à Iwate, contenaient du césium.

En juin, le gouvernement Noda présentait son ‘projet d’aide urgent au traitement des déchets du tsunami’, un projet d’envergure nationale qui demandait la collaboration de toutes les collectivités locales du pays pour recevoir les déchets et les incinérer sur leur sol. Ce projet était destiné à aider les régions sinistrées à se reconstruire. Cependant, le refus de la majorité des préfectures à brûler des déchets à composante radioactive, avait fini par faire du traitement des déchets une polémique nationale, retardant considérablement le processus de reconstruction. 

Dans une récente interview du Tokyo Shinbun, M.Toba déclarait que l’obstination du gouvernement à faire traiter les dechets à grande échelle défavorisait en fait les zones sinistrées et décourageait toute initiative locale de création d’emplois.

Projets de reconstruction ratés

Depuis un an, la reconstruction est le thème principal de la politique intérieure japonaise. Dans un pays où la moitié nord-est a été ravagé par un séisme et un tsunami, cela n’a rien d’étonnant. Sauf que l’accident nucléaire de Fukushima est venu petit à petit anéantir toute illusion de reconstruction ‘normale’.

A Rikuzentakata, on se souvient encore du projet avorté des bûches. Lancé par des volontaires, le projet avait rassemblé tous les pins morts de la célèbre pinède pour les transformer en bûches et les vendre caritativement à travers le pays. Mais en août, une analyse de la radioactivité sur un échantillon de 500 bûches réalisée par la ville de Kyoto avait révélé un taux de césium de 1130 Bq/kg. Le projet s’était alors dépêché d’informer les acheteurs mais le succès de l’entreprise avait déjà disséminé les bûches contaminées dans tout le Japon.

‘Il y avait déjà eu avant ça, le scandale de la paille de riz contaminée et de la viande de bœuf. Les autorités ne pouvaient-elles pas prévoir aussi que le bois allait être radioactif ? ’, s’interroge un habitant de Kyoto. 

Autre exemple dramatique des échecs de la politique de reconstruction, le scandale du béton contaminé de Nihonmatsu dans la région de Fukushima. Au mois d’août dernier, la préfecture y avait fait construire un logement social pour accueillir les réfugiés nucléaires du périmètre d’exclusion.

Teiko Suzuki, un des locataires n’en revient toujours pas. Il a été évacué de Namie pour se retrouver dans un immeuble radioactif :

 ‘On était tous contents d’emménager dans un logement flambant neuf. Mais en décembre, suite à des relevés alarmants de radioactivité chez les enfants de l’immeuble, on nous a appris que les fondations étaient contaminées’

L’enquête a mis trois mois pour révéler que la société de construction avait continué à exploiter jusqu’en avril 2011 une carrière à Namie, à une dizaine de kilomètres de la centrale. Une zone hautement contaminée qui avait été fermée et évacuée seulement le 11 avril.

‘Le RDC a été évacué car la radioactivité était plus forte à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais les locataires des autres étages sont toujours là. Je me dis que partout où j’irai à Fukushima, il y aura de la radioactivité, alors à quoi bon déménager encore… 

Une contamination qui au fil des mois a malheureusement dépassé la préfecture de Fukushima pour se propager un peu partout dans l’archipel.

 


Déchets dans la préfecture d’Iwate (Alissa Descotes-Toyosaki)

Un appel à la solidarité aux airs de propagande 

 Au début, c’était les appels à consommer les produits de Fukushima, maintenant on nous demande d’accepter des déchets radioactifs ! ’

Mariko Tateyama, membre de l’association pour la reconstruction du Tohoku dénonce ce qui lui apparait être clairement une propagande d’Etat.

‘ Il y a quelques semaines encore, c’était seulement Tokyo et la préfecture de Yamagata qui avaient accepté les déchets sur leur sol. Et puis brusquement, beaucoup de préfectures ont commencé à donner leur accord.’

Cette militante se bat pour que sa ville de Wajima, dans la préfecture d’Ishikawa, ne collabore pas au projet d’incinération des déchets. Elle accuse :

‘A Yamagata, on a trouvé des taux de césium 14 fois plus élevés depuis l’incinération des déchets du tsunami. Pourtant, on continue à nous dire que c’est sans danger.’

Le Japon a augmenté les normes internationales, fixées de 100 Bq/kg, à 8000 Bq/ kg pour le traitement les déchets. Un responsable de la mairie de Tokushima s’insurge :

‘Ces normes ont été fixées par l’AIEA et ne sont en fait appliquées que pour les déchets de Fukushima, qui eux sont incinérés à part. Quant aux déchets jusqu’à 80 fois plus radioactifs, ils sont envoyés à Tokyo et ailleurs.’

Tokushima, sur l’île de Shikoku, a refusé clairement toute proposition d’incinération des déchets du tsunami tant que le problème de la radioactivité n’était pas réglée.

Une attitude que certains habitants n’hésitent pas à qualifier de ‘hikokumin’ – un terme utilisé pendant la guerre pour qualifier tout acte non patriotique.

 


M.Teiko Suzuki dans son immeuble contaminé de Nihonmatsu (Alissa Descotes-Toyosaki)

‘ Taisez-vous ! ’ 

 

‘ Vous ne pensez qu’à vous mêmes. Vous êtes la preuve que les Japonais ne sont plus bons à rien. On vous a dit qu’on avait mesuré la radioactivité et qu’il n’y avait pas de problème, alors taisez-vous  ! ’ 

Cette déclaration en novembre dernier du maire ultra-conservateur de Tokyo s’adressait aux quelques 2 800 personnes qui avaient osé s’opposer à l’incinération des déchets dans la capitale. Malgré l’inquiétude de la population, Tokyo avait commencé à donner l’exemple en acceptant 11 000 tonnes de gravats sur les 500 000 tonnes prévus d’ici 2013.

Depuis, malgré plusieurs incidents vite étouffés, dont le cas d’un employé de l’usine de traitement de Tokyo qui avait accumulé une dose radioactive de 0,03 mSv en trois mois, la campagne du ministère de l’Environnement battait son plein.

‘Les médias martèlent l’opinion publique de témoignages larmoyants de sinistrés qui demandent qu’on les aide à déblayer tous ces gravats qui leur rappellent des mauvais souvenirs, mais ce n’est pas en contaminant tout le pays qu’on va les aider.’

L’acteur Taro Yamamoto, devenu chef de file du mouvement anti-nucléaire au Japon, est au cœur de la bataille contre la prolifération des déchets dans l’archipel.

‘ Les fours incinérateurs des déchets domestiques ne sont pas équipés pour filtrer les particules radioactives. Les échappées dans l’atmosphère risquent une contamination à grande échelle.’

Mariko Tateyama s’inquiète à son tour :

‘On dirait que le gouvernement veut disséminer partout des poussières radioactives pour brouiller les pistes de la contamination à Fukushima. ’

Effacer les traces de l’accident nucléaire ? Renflouer les caisses de l’Etat ? Le traitement des déchets est un business qui rapporte, selon plusieurs enquêtes qui dénoncent les pots-de-vin versés aux collectivités locales, soit 40 millions de yens de subventions pour accepter les gravats.

‘ Le gouvernement nous prend pour des imbéciles et ne pense qu’à acheter le silence des gens comme pour le nucléaire. ’

Le site Nanohana met clairement en avant le fait que Tokyo a délégué pour le traitement des déchets une entreprise du groupe de Tepco, le tristement célèbre opérateur nucléaire. Une réalité soigneusement cachée par les médias.

Sur Internet, on avait pu voir une carte précise montrant le couloir nord-ouest où les vents et les pluies avaient déposés les particules radioactives après l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, correspondant aux zones du tsunami. A présent, une autre carte circule [ci-dessous, cliquez pour agrandir]. En rouge, les zones potentiellement contaminées par les gravats du 11 mars, une catastrophe qu’on est pas encore prêt d’enterrer.

 


Carte de la radioactivité par les déchets : en rouge, les collectivités locales ayant accepté l”incinération des déchets (Association d'Akita contre la proliferation des dechets)

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 12:04

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 18.03.2012 à 11h57

 
Vue de la centrale de Fukushima, le 13 mars 2012.

Les Japonais sont dans une très large majorité favorables à ce que leur pays sorte progressivement du nucléaire mais acceptent que certaines centrales redémarrent pour garantir une production d'électricité suffisante à court terme, montre un sondage publié dimanche par le Tokyo Shimbun.

Ils sont 80 % à se dire favorables à l'abandon du nucléaire comme source d'énergie, et seulement 16% à vouloir son maintien, selon cette enquête menée auprès de 3 000 personnes. Toutefois, 53 % estiment qu'il faut continuer à court terme à employer les réacteurs nucléaires lorsque la demande en électricité l'exige.

Depuis l'accident de l'an dernier à la centrale de Fukushima, à la suite du tremblement de terre suivi du tsunami le 11 mars 2011, la quasi-totalité des réacteurs ont été soit arrêtés pour vérification, soit maintenus à l'arrêt après leur période d'entretien en attendant de nouvelles règles de sécurité. Seuls deux des 54 réacteurs du pays sont actuellement en service. Les centrales nucléaires produisaient 30% de l'électricité du pays avant la crise de Fukushima.

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 17:07
Lundi 12 Mars 2012 à 12:00

 

Régis Soubrouillard
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur

 

Népotisme, collusion, aveuglement, un an après la catastrophe de Fukushima, le premier rapport rédigé par une commission indépendante présidée par l'ancien rédacteur en chef du plus grand quotidien de l'archipel met en lumière les failles et l'opacité du système de gouvernement japonais. En un mot, son immaturité. La défiance qui frappe depuis longtemps les politiques, désormais les grands groupes industriels et les médias sera longue à résorber. Il y faudra un long processus de reconstruction démocratique.

 

(Fukushima - CHINE NOUVELLE/SIPA)
(Fukushima - CHINE NOUVELLE/SIPA)
« Il est temps de dire adieu à l’énergie nucléaire ! ». C’est un cri du cœur poussé par le  Mainichi Daily News, l’un des quotidiens japonais les plus diffusés (plus de 5 millions d’exemplaires).
Un an après Fukushima, seuls 2 réacteurs continuent de tourner sur les 54 que compte l’archipel. Ils devraient, eux aussi, être arrêtés sous peu pour des tests. Tout l’enjeu pour les opposants au nucléaire est de profiter de cette «fenêtre de tir» pour s’opposer localement  au redémarrage des réacteurs. 
 
« Les préoccupations économiques ont cependant commencé à « user » la crainte du nucléaire » écrit l’éditorialiste du journaliste, « si le gouvernement a en effet commencé à établir des plans pour réduire la dépendance du pays vis-à-vis du nucléaire, il n'y a pas d’informations quant à un arrêt du nucléaire. D'autre part, nous n'avons pas de vision globale sur la façon dont le gouvernement va désormais évaluer les risques associés à l'énergie nucléaire et de quelle manière le gouvernement envisage de  découpler notre économie de cette énergie ». Beaucoup d’inconnues. 
 
Pendant ce temps, le premier Ministre Yoshihiko Noda a appelé à redémarrer les centrales dès que possible, s’engageant néanmoins prudemment pour une sortie progressive du nucléaire. Face à l’hostilité du public, il a promis qu’aucun réacteur stoppé pour maintenance ne redémarrerait sans l’autorisation des autorités locales. Or, d’après un sondage, 79% des autorités locales sont hostiles au redémarrage des réacteurs atomiques. 
Même les maires de certaines municipalités qui accueillent des centrales nucléaires et reçoivent en retour des subventions du gouvernement sont majoritairement favorables à une diminution de la dépendance du pays à l'égard des installations nucléaires.
 
Bref, la peur du nucléaire l’emporte largement. Plus de 50% des résidents des zones sinistrées se disent inquiets pour leur santé et 70% sont convaincus que le gouvernement et la société Tepco ont caché des informations au moment de la crise. D’autant plus que les causes exactes de l’effondrement du réacteur n°1 ne sont toujours pas connues. 

L'absence d'un chef

Le choc provoqué par Fukushima a bouleversé bien des mœurs politiques dans l’archipel. Le gouvernement japonais s'apprête ainsi à mettre en place un plan de renflouement public de près de 10 milliards d'euros pour Tepco. L’objectif du gouvernement est d’obtenir deux tiers des actions du groupe avec droit de vote au conseil d’administration. Malgré les résistances affichées par le groupe, les sommes qu’envisage d’injecter l’Etat lui permettrait d’obtenir plus de 70% de Tepco ce qui reviendrait à une nationalisation de fait de la société. Par ailleurs, les actionnaires de Tepco réclament 51 milliards d'euros d’indemnités aux dirigeants du groupe. 
 
Sur les quatre rapports qui doivent être rendus sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, seule la commission indépendante présidé par un ancien rédacteur en chef du Asahi Shimbun, le quotidien japonais le plus diffusé (12 millions d’exemplaires), a rendu ses conclusions.
 
Si la commission n’épargne pas l’ancien premier Ministre, elle estime néanmoins que Naoto Kan « a fait le job » et salue notamment sa décision d’empêcher le retrait total des travailleurs de   la centrale, ce qui aurait encore aggravé la situation. Paradoxalement la commission met néanmoins en avant « l’absence d’un chef » politique capable de s’adresser à la population pour la tenir informée en temps réel de l’étendue des dégâts.    
Car le rapport met en lumière les défauts d’information du public et estime que dans les premiers jours le public n’a tout simplement pas été prévenu de ce qu’il se passait. 
Un document officiel, publié vendredi, indique qu'au cours d'une réunion en présence des principaux ministres organisée le 11 mars environ quatre heures après le déferlement de vagues géantes contre le site atomique, un participant non identifié a pour la première fois évoqué le risque de fusion mais le gouvernement n'en a pas informé le public.
 

Les failles de la gouvernance japonaise

Le rapport pointe aussi le mauvais fonctionnement de l’alliance Etats-Unis/ Japon dans ce moment de crise : 
« Les Etats-Unis ont émis un avis recommandant de ne pas entrer dans la zone dans un rayon de 80 kilomètres de l'usine de Fukushima n °1 lorsque le gouvernement japonais a mis en place une zone de 20 kilomètres de rayon d'évacuation. Le Japon n'a pas non plus donné suffisamment de renseignements aux États-Unis, même s’il faut reconnaître que certaines informations était impossible à obtenir ». 
 
Les autorités japonaises ont été embarrassées et n’ont pas souhaité montrer aux américains l’étendue des dégâts, préférant faire valoir qu’elles étaient capables de gérer la crise elles-mêmes.

« La crise de Fukushima a surtout révélé l’immaturité de la démocratie japonaise et les failles du système de gouvernement » tranche sèchement Yoichi Funabashi, l’ancien directeur du puissant Asahi Shimbun. Ciblant la collusion entre les experts, les lobbys du nucléaire, les médias et les politiques, l'ancien journaliste espère que Fukushima servira de sonnette d’alarme pour briser « les liens confortables qui unissent nos gouvernants et nos industriels, qui sont un héritage de la ruée vers le développement qu’a connu le Japon après la seconde guerre mondiale. Le Japon est une société fortement « emboîtée » où les liens de népotisme prévalent partout. Tout le monde est connecté à quelqu'un, les gens ne veulent pas dire la vérité parce que cela peut causer des ennuis aux autres. Donc, tout le monde reste silencieux, même s’il sait quelque chose et il n'y a pas de discussion. Cela s’est souvent  répété dans le passé ».  
 
Pas sûr que des élites aussi délégitimées endosseront « l'irresponsabilité » politique d'amorcer le redémarrage des réacteurs nucléaires après les stress-tests prévus dans les semaines qui viennent au risque de se couper toujours de populations qui ne leur accordent plus aucune confiance.  C’est tout un travail de reconstruction démocratique qui attend le Japon.
Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 15:26

LEMONDE.FR avec AFP | 12.03.12 | 10h41   •  Mis à jour le 12.03.12 | 11h11

 
 

 

Défilé en mémoire des victimes des catastrophes du 11 mars 2011 à Koriyama, dans la préfecture de Fukushima, le 11 mars 2012. Un panneau indique le taux de radioactivité : 0,434 microsievert/heure.

Défilé en mémoire des victimes des catastrophes du 11 mars 2011 à Koriyama, dans la préfecture de Fukushima, le 11 mars 2012. Un panneau indique le taux de radioactivité : 0,434 microsievert/heure.REUTERS/YURIKO NAKAO


Des militants écologistes japonais ont annoncé avoir déposé plainte, lundi 12 mars, pour empêcher le redémarrage d'une centrale nucléaire dans le centre du Japon, au lendemain du premier anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

La plainte, qui émane d'un groupe de 259 militants, demande à un tribunal d'Osaka d'ordonner le maintien à l'arrêt des deux réacteurs 3 et 4 de la centrale Oi, située dans la préfecture de Fukui, dans le centre. Les écologistes affirment que cette centrale est située à proximité de failles sismiques et n'est pas suffisamment résistante.

Dimanche, des dizaines de milliers d'opposants au nucléaire ont manifesté dans la région de la centrale de Fukushima pour exiger la fermeture définitive des sites atomiques, un an après qu'un séisme et un tsunami géants eurent provoqué la plus grave catastrophe nucléaire au monde depuis vingt-cinq ans.

 

2 RÉACTEURS SUR 54 ACTUELLEMENT EN MARCHE

Dans un communiqué, l'opérateur de la centrale Oi, Kansai Electric, a déclaré : "Bien que nous nous refusions à commenter une plainte dont nous ne connaissons pas les détails, nous allons faire des efforts pour expliquer au public que nous avons pris toutes les mesures pour exploiter les réacteurs nucléaires de façon sûre."

Seuls deux réacteurs sur les 54 construits au Japon sont actuellement opérationnels, les autorités exigeant des "tests de résistance" avant d'autoriser le redémarrage des tranches arrêtées pour maintenance. Le gouvernement japonais pourrait approuver la relance des deux réacteurs d'Oi dès ce mois-ci. Le premier ministre, Yoshihiko Noda, s'est engagé dimanche à "faire tous les efforts" pour obtenir l'approbation des autorités et de la population locales avant le redémarrage de réacteurs.

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 mars 2012 7 11 /03 /Mars /2012 19:35

LEMONDE.FR | 11.03.12 | 11h55   •  Mis à jour le 11.03.12 | 15h22

 
 

 

Commémoration du premier anniversaire du tsunami, le 11 mars 2012, à Tokyo, en présence de l'empereur.

Commémoration du premier anniversaire du tsunami, le 11 mars 2012, à Tokyo, en présence de l'empereur.AP/Yoshikazu Tsuno

Tokyo, correspondant - C'est un Japon triste et recueilli qui a commémoré le premier anniversaire du tremblement de terre, du tsunami et de l'accident nucléaire du 11 mars 2011. Après une nuit ayant vu la tour de Tokyo afficher un message vantant la force du kizuna" — mot qui signifie "le lien" et qui fut choisit comme mot de l'année 2011 —, l'archipel a observé ce dimanche une minute de silence à la mémoire des 15 854 morts et 3 155 disparus de la catastrophe.

A Tokyo, une cérémonie s'est déroulée en présence du premier ministre Yoshihiko Noda et de l'empereur Akihito, pourtant convalescent après une opération du cœur le 18 février. Sobre, elle n'a duré qu'une heure. Devant 1 200 personnes réunies pour l'occasion et après avoir présenté ses condoléances aux familles des victimes et fait part de son "profond chagrin" à la pensée des vies perdues et des existences brisées, M. Noda a pris trois engagements.

Il s'est engagé à une reconstruction "sans délai" des zones sinistrées, notamment du département de Fukushima, où "la lutte pour résoudre la crise nucléaire se poursuit". M. Noda veut également transmettre aux générations futures "les leçons et réflexions tirées de cette catastrophe". Et puis le premier ministre a promis de ne jamais oublier "l'esprit d'entraide" qui s'est manifesté au moment du drame et qui devrait se poursuivre.

MANIFESTATION CONTRE LE NUCLÉAIRE

 

Une chaîne humaine organisée à Tokyo, le 11 mars 2012

Une chaîne humaine organisée à Tokyo, le 11 mars 2012REUTERS/ISSEI KATO

Dans le parc de Hibiya, au cœur de la capitale, des milliers de personnes ont participé à un grand rassemblement, intitulé "Peace on Earth". Il fut ponctué de débats sur l'avenir du nucléaire et les problèmes d'information, entre plusieurs intervenants comme Ryuichi Sakamoto, musicien du groupe YMO. Le philosophe anthropologue Shinichi Nakazawa a lui officiellement lancé Green Active, un mouvement écologiste destiné à engager une action politique, voire à présenter des candidats à des élections. "Nous voulons réveiller l'intérêt des jeunes pour la politique, a déclaré au Monde M. Nakazawa, engager des réflexions sur la redynamisation des économies locales et lutter contre la volonté du gouvernement Noda de redémarrer les centrales nucléaires."

En marge de cet événement, une importante manifestation contre le nucléaire était organisée près du siège de la Compagnie d'électricité de Tokyo (Tepco), propriétaire et opérateur de la centrale de Fukushima et très critiquée pour sa manière de gérer la crise. Malgré l'important dispositif policier et quelques contre-manifestants de l'extrême-droite, le défilé a réuni des milliers de personnes.

 

Manifestation anti-nucléaire devant le siège de Tepco, le 11 mars 2012.

Manifestation anti-nucléaire devant le siège de Tepco, le 11 mars 2012.REUTERS/STRINGER

Le président de Tepco Toshio Nishizawa était ce 11 mars à la centrale endommagée. Dans un communiqué, il a une nouvelle fois présenté les excuses de son groupe et promis qu'il allait "intensifier les efforts pour le bien des personnes affectées et pour fournir les dédommagements qui leur sont dus dans les meilleurs délais". Une remarque qui rappelle que l'entreprise a conçu un système de dédommagements jugé complexe, avec une grande quantité de documents à remplir par les victimes. Près de la moitié d'entre elles avouent ne pas avoir le courage de le faire en raison de la complexité de la démarche.

L'HIVER S'ÉTERNISE

Dans la région du Tohoku (le nord-est du Japon), où l'hiver s'éternise — ce qui rend plus difficile la vie des quelque 340 000 réfugiés qui vivent dans des logements provisoires — chaque communauté meurtrie a honoré ses disparus. A Ishinomaki, dans le département de Miyagi, comme dans la plupart des villes dévastées, des services de bus ont été organisés pour amener les réfugiés sur le lieux de la cérémonie. Non loin de là, à Kesennuma, une chaîne humaine s'est formée le long de la rivière Okawa et à Rikuzentakata, dans le département d'Iwate, des dizaines de personnes sont venues prier sous une neige légère au pied de l'unique pin, sur 70 000 plantés le long du littoral, ayant résisté au tsunami. Agé de 270 ans, il est aujourd'hui un symbole de la reconstruction.

 

Commémoration du premier anniversaire du tsunami, le 11 mars 2012, à Kesennuma.

Commémoration du premier anniversaire du tsunami, le 11 mars 2012, à Kesennuma.AP/Koji Sasahara

A Minamisoma, dans le département de Fukushima et à une vingtaine de kilomètres au nord de la centrale endommagée, une flamme du souvenir a été allumée devant la mairie. Plus au sud, à Iwaki, les gens se sont rassemblés sur la plage, face à cet océan Pacifique devenu le temps d'un séisme de magnitude rare, une force destructrice d'une ampleur exceptionnelle.

 

 

                                                                *************************************************

 

 

Japon : minute de silence pour les victimes du tsunami du 11 mars 2011

LEMONDE.FR avec AFP | 11.03.12 | 07h56   •  Mis à jour le 11.03.12 | 09h11

 
 

 

A 14 h 46 locale, la vie s'est figée dans les villes du Japon, pour une prière collective en hommage aux victimes du 11 mars.

A 14 h 46 locale, la vie s'est figée dans les villes du Japon, pour une prière collective en hommage aux victimes du 11 mars.REUTERS/KYODO

Les Japonais ont observé, dimanche 11 mars, une minute de silence à la mémoire des victimes du séisme et du tsunami qui ont dévasté la côte nord-est de l'archipel il y a un an, faisant plus de 19 000 morts et disparus.

A 14 h 46 locale (6 h 46 à Paris), heure précise à laquelle est survenu le violent tremblement de terre le 11 mars 2011, la vie s'est figée dans les villes du Japon, pour une prière collective en hommage aux personnes emportées ou sinistrées par la catastrophe naturelle doublée d'un grave accident nucléaire à la centrale de Fukushima.

Les transports publics se sont interrompus, pendant que se les quartiers commerçants des principales villes nippones. Dans les régions dévastées par le pire désastre enduré par le Japon depuis la guerre, les survivants ont allumé des milliers de bougies à la mémoire des victimes.

"HOMMAGE À TOUS CEUX QUI Y ONT PERDU LA VIE"

A Tokyo, immédiatement après la minute de silence, le premier ministre, Yoshihiko Noda, a prononcé un discours lors d'une cérémonie au Théâtre national de Tokyo, en présence de l'empereur Akihito et de très nombreuses personnalités. Le chef du gouvernement a promis de tout faire pour reconstruire la région ravagée et transmettre la mémoire de cette tragédie aux générations suivantes.

 

Le premier ministre, Yoshihiko Noda, a prononcé un discours lors d'une cérémonie au Théâtre national de Tokyo.

Le premier ministre, Yoshihiko Noda, a prononcé un discours lors d'une cérémonie au Théâtre national de Tokyo.REUTERS/KYODO

L'empereur Akihito, à peine remis d'un pontage coronarien, s'est ensuite levé, accompagné de l'impératrice Michiko, pour prier à son tour devant un immense monument floral. "Un an s'est écoulé depuis le 'Grand tremblement de terre de l'est', je rends profondément hommage à tous ceux qui y ont perdu la vie", a déclaré le souverain, symbole du peuple, lors d'une brève allocution.

DIFFICULTÉS DE LA RECONSTRUCTION

Outre les 19 000 morts, Akihito a évoqué la douleur les dizaines de milliers de personnes forcées de quitter leur domicile à cause de l'accident nucléaire provoqué par le tsunami à la centrale Fukushima Daiichi. Il a ensuite déploré que la reconstruction rencontre de nombreuses difficultés dans les provinces dévastées et en partie contaminées par la radioactivité.

 

De nombreux résidents ont prié en direction de l'océan Pacifique.

De nombreux résidents ont prié en direction de l'océan Pacifique.REUTERS/CARLOS BARRIA

Ailleurs dans le pays, notamment dans les villes de la côte nord-est, de nombreux résidents ont prié en direction de l'océan Pacifique, accompagnés de membres de leurs familles revenus spécialement sur leurs terres natales en cette journée de recueillement. "Je voudrais que la reconstruction aille vite", a témoigné devant les caméras de télévision un habitant de Rikuzentakata, ville dévastée par l'immense vague qui a submergé le littoral.

Plus de 340 000 personnes vivent depuis un an hors de chez elles, parfois dans des conditions très précaires. Le traitement des quelque 22 millions de tonnes de déchets accumulés en une seule journée dans les trois préfectures les plus dévastées (Miyagi, Iwate, Fukushima) n'avance pas, moins de 10 % ayant un an après été pris en charge, en raison du manque de lieux d'incinération et de la hantise de la radioactivité. Mais pour les familles des quelque 3 200 personnes encore portées disparues, le plus urgent est de retrouver les corps afin qu'ils reposent en paix.

MANIFESTATION DEVANT LE SIÈGE DE TEPCO

Un peu plus tard, des manifestants antinucléaires se sont rassemblés devant le siège tokyoïte de la compagnie d'électricité Tokyo Electric Power (Tepco), opérateur de la centrale de accidentée de Fukushima.

 

Devant le siège de Tepco, des manifestants ont scandé des slogans réclamant la fermeture de toutes les centrales nucléaires.

Devant le siège de Tepco, des manifestants ont scandé des slogans réclamant la fermeture de toutes les centrales nucléaires. REUTERS/STRINGER


Quelques dizaines de personnes ont scandé des slogans réclamant la fermeture de toutes les centrales nucléaires. "Arrêtez tous les réacteurs maintenant !", ont-ils crié, levant le poing en l'air et frappant sur des tambours, sous le regard de plusieurs dizaines de policiers.

"Nous demandons à Tepco de cesser d'alourdir les charges pesant sur nous", a déclaré un organisateur, Manabu Kurihara, ajoutant "nous ne tolérerons pas que l'entreprise essaie de dédommager le moins possible les victimes". Le groupe Tepco, financièrement aidé par l'Etat, est censé dédommager plus d'un million et demi de personnes dont la vie a été bouleversée par l'accident nucléaire, même si à ce jour le gouvernement ne reconnaît aucun décès dû aux radiations.

 

 

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 10 mars 2012 6 10 /03 /Mars /2012 19:54

 

Rue89 - 10/03/2012 à 09h04

 

 

 

Une websérie poétique et émouvante nous mène à la rencontre de ces Japonais vivant dans l'enfer de la radioactivité, ce poison invisible. Angoissés, ils commencent tout juste à se révolter contre un gouvernement qui continue de leur jurer que tout va bien.

Un an après l'accident à la centrale de Fukushima, la catastrophe « n'est pas finie, elle vient de commencer ». C'est le constat dressé par Alain de Halleux, réalisateur de la série de huit petits films qu'Arte nous autorise exceptionnellement à publier.

A la fin du premier épisode, les larmes d'Eiko nous font comprendre ce qui est dit explicitement dans le dernier des huit films :

« Nous avons perdu le Japon que nous connaissons. »

Rien ne sera plus jamais comme avant pour ceux qui refusent de croire le discours trop rassurant du gouvernement.

Eiko vit à Tokyo, elle tient une crêperie avec son mari français et c'est pour ne pas jouer l'avenir de petite fille de quatre ans à la roulette russe qu'ils ont décidé de partir :

« Dans vingt ans elle tombe amoureuse de quelqu'un, et si elle hésite à faire un enfant avec lui, c'est malheureux, et je ne veux pas de ça. »

Elle n'habite pas dans la zone concernée par la radioactivité, mais refuse de prendre le risque d'avaler une nourriture contaminée, car la traçabilité totale est impossible.

« Je ne viens pas pour les aider, c'est eux qui vont nous aider »

Alain de Halleux est parti à l'automne pour un repérage en vue d'un documentaire pour la RTBF. Mais le réalisateur, à qui on devait le très remarqué documentaire sur les travailleurs du nucléaire (en France cette fois), a fait des rencontres si fortes qu'il a monté in extremis cette série. Il a trouvé un pays en mouvement :

« Une minorité de citoyens se réveillent et se demandent comment ça se fait qu'ils ont suivi le gouvernement depuis la deuxième Guerre Mondiale.

Comme personne n'avait voulu prendre la responsabilité de la défaite, il s'est développé une culture de l'irresponsabilité : il n'est pas possible d'émettre une idée qui va à l'encontre de l'opinion générale. »

Pour obtenir des témoignages aussi poignants, Alain de Halleux a fait très attention à ne pas être dans la démarche classique du journaliste qui vient prendre de l'information et retourne chez lui (d'ailleurs en général il devient ami avec les personnes qu'il interviewe) :

« Je ne viens pas pour les aider, c'est eux qui vont nous aider : ils doivent témoigner pour qu'on ouvre les yeux. Je veux que cette catastrophe serve à ce que la France sorte du nucléaire. »

« Les médecins : la radioactivité n'est pas dangereuse »

A Minami Soma, ville située juste au-delà de la zone d'exclusion de 20 km autour de la centrale, de plus en plus de citoyens font leurs valises. Maki, maman dont la petite fille est confinée à l'intérieur depuis un an, raconte :

« Ne plus promener son chien, ne plus laisser son enfant jouer dehors... si encore c'était pour le court terme. »

« Quand on est en prison, au moins, on sait quand se termine la peine », compare Alain de Halleux. Il a rencontré les bénévoles du Citizen's Radioactivity Measuring Station (CRMS), association qui a ouvert des laboratoires à Fukushima City, à 65 km de la centrale. Son récit ressemblerait à de la fiction s'il n'était recoupé par les informations livrées par nos contacts sur place depuis des mois :

« Les médecins des hôpitaux sont tenus d'avoir le même discours que le gouvernement, c'est-à-dire que la radioactivité n'est pas dangereuse, et qu'il ne faut pas paniquer. Quand les citoyens évoquent les mesures du CRMS, on leur répond qu'il ne faut pas écouter ces gens qui sont des activistes, des musiciens... »

Derrière ce discours rassurant se cache aussi une affaire de gros sous, explique-t-il, car :

« Au-delà de la zone des 20 km, les gens sont libres de partir ou pas. Rappelons que les victimes du tsunami sont fortement aidés, ceux de la centrale n'ont rien. »

Par democratie-reelle-nimes - Publié dans : Fukushima
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

        

  A partir du 15 Juin 2013

                     RV

         chaque mercredi 

          et samedi à 19h 

toujours devant la maison carrée

         

               Rejoignez-nous  !


  Th-o indign-(1)

55

9b22

Calendrier

Juin 2013
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Images Aléatoires

  • DSCF1146
  • Pause
  • DSC00673
  • DSC00946
  • Le stand bye
  • 6188280861 cfff981351 o

Partager

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés