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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 12:06

 

 

Source : https://www.youtube.com/watch?v=zQiLa3nS6jc

 

Frédéric LORDON - Soutenir Mélenchon?

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Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/actualite-et-verites-de-la-campagne-de-la-france-insoumise/article/280117/frederic-lordon-soutenir-melenchon

 

 

Frédéric Lordon: soutenir Mélenchon?

 
Mariefab nous propose un travail de retranscription de la vidéo-entretien de Daniel Mermet que «Là-bas si j'y suis» publie. Lordon analyse la situation politique et géopolitique actuelle ainsi que le positionnement de Mélenchon et de son apport dans le champ politique.

 

 

Frédéric Lordon:  soutenir Mélenchon? Émission du 27 janvier 2017 de Là-bas si j’y suis de Daniel Mermet
http://la-bas.org/la-bas-magazine/entretiens/frederic-lordon-soutenir-melenchon

 

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F.Lordon : Alors les prochaines élections ... C'est une drôle d'affaire. Moi ça m'inspire des sentiments tout à fait mêlés, cette perspective électorale. Des sentiments très contradictoires.

Je dois dire que les années passant, et ça fait un moment que j'ai arrêté de voter pour ce qui me concerne, j'en suis venu vraiment à considérer que la pantomime électorale dans le cadre des institutions de la 5eme République était une affaire nulle et non avenue.

Et d'un certain point de vue, ce qui s'est passé sur Nuit Debout était l'expression de cette disposition d'esprit. Jouer le jeu dans ces institutions est une affaire soit perdue d'avance, soit entièrement privée de sens. Et que la seule question politique

D.Mermet : On peut être une caution, faire porter une caution

F.Lordon : Oui, voilà, c'est ça. Mais que la seule question politique vraiment pertinente à poser, c'est la transformation des institutions politiques en cessant immédiatement de les cautionner par notre participation.

Et puis contradictoirement, oui, je pense que c'est une élection à nulle autre pareille. Je pense que cette élection soulève des enjeux politiques d'une intensité qu'on a pas vue depuis 1981, et peut-être même supérieure, et que par là d'ailleurs, elle s'annonce d'une redoutable violence. Alors, où sont localisés ces enjeux qui font la singularité peut-être de cette élection? Bon pour l'instant je vais essayer de rester aussi analytique que possible. Là où un enjeu surgit, c'est autour de la candidature de Mélenchon.

Alors voilà, on peut avoir toutes les réserves du monde  vis à vis de Mélenchon, ou de sa personnalité ou de ses orientations politiques, etc, et on en discutera éventuellement tout à l'heure, mais il y a au moins une chose, si on regarde le paysage avec un tant soit peu de distance qu'on ne peut pas ne pas reconnaître, c'est qu’il est le porteur d'une, pour la première fois depuis très longtemps, bon il y a eu 2012 évidemment, il est porteur d'une différence significative de gauche dans le paysage de l'offre politique. Et ça ce n'est pas rien.

Qu'il y ait une différence significative installée dans le paysage de politique ça on le sait depuis longtemps, c'est le FN. Bon, mais c'était la seule, qui prospérait évidemment sur l'indifférenciation générale, ça va sans dire.

Mais là pour une fois, il y a une différence qui peut retenir notre attention et retenir l'attention de tous les gens qui se reconnaissent authentiquement de gauche. Bon on voit bien que nous vivons une conjoncture très particulière, dans laquelle précisément l’arrivée de cette différence peut peut-être produire des effets. Cette conjoncture très particulière, elle se signale par un symptôme caractéristique qui est la confusion générale.

Alors la confusion générale, on peut en donner plein de signes. Des électeurs de gauche se mettent le cervelet au court-bouillon pour savoir s’ils vont aller voter à la primaire de droite. Là c’est qu’il y a un truc qui ne va pas. Les médias eux-mêmes sont sujets à cette très grande confusion. Parce que à force de prendre baffe sur baffe, le niveau de contestation monte et ils ne peuvent pas ne pas l’intégrer d’une certaine manière. Ils se rendent compte que tout ce qu’ils disent est voué au démenti, que tous les candidats qu’ils portent sont menacés de finir dans le talus, que les vainqueurs des sondages finiront comme les perdants, etc. Les médias eux-mêmes commencent à tenir un discours sur les médias, ils disent “oh là là, on n’arrête pas de se tromper”.

Alors là, je voudrais que tu m’accordes une minute d’universitaire, très rapidement. Je vais faire un petit tour par un paradoxe qui est connu depuis la philosophie antique, qui a traversé les siècles, et qui est une grande question pour la logique. C’est le paradoxe d’Epiménide. Alors Epiménide est un bon gars, c’est un Crétois. C’est important qu’il soit Crétois. Les Crétois sont des bons gars. Alors Epiménide se pointe et dit ceci : moi Epiménide, Crétois, je dis tous les crétois sont des menteurs. Et puis il se taille.

Alors les gens qui voudraient savoir si les Crétois mentent ou disent la vérité, commencent à se mettre les méninges en surchauffe. Ils vont alors de mal en pis. Parce que, si Epiménide n’a pas menti, alors tous les Crétois sont des menteurs c’est vrai, donc tous les Crétois mentent. Donc Epiménide qui est Crétois ment aussi. Donc, s’il n’a pas menti, il a menti.

Mais si il a menti, alors la proposition tous les Crétois sont des menteurs est un mensonge. Donc tous  les Crétois disent la vérité. Et Epiménide qui est Crétois dit la vérité aussi. Donc s’il n’a pas menti, il a dit la vérité. Là on peut rester comme une poule devant un couteau cent sept ans devant ce truc là. On ne s’en sortira pas. La logique a fini par trancher, et elle dit : voilà, on un type d’énoncé dont la propriété très caractéristique est d’être auto référentiel. C'est-à-dire c’est un dire qui prend pour objet ce qu’il dit.

Eh bien ce type d’énoncé auto référentiel livre des propositions qui sont indécidables. On ne peut ni dire si elles sont vraies ni dire si elles sont fausses. Ce qui par parenthèse est embêtant pour les facts checkers, je referme la parenthèse. Eh bien voilà, les médias sont dans un devenir épiménide. Parce que les médias viennent et ils disent nous nous trompons. Donc, s’ils ne se trompent pas, c’est qu’ils se trompent. Et s’ils se trompent, c’est qu’ils ne se trompent pas (rires).

Alors évidemment là, si tu veux, le paradoxe n’est pas formulé avec ce degré de clarté dans les têtes médiatiques, mais ça les travaille souterrainement. Et ça les laisse tout neuneus. Alors oui, ah là là. Bon si on soutient Valls, il va perdre, puisque nous nous trompons. Alors mais oui, mais si jamais nous disons que nous nous trompons, est-ce que ça peut le faire remonter déjà? Tu vois, dans ces têtes c’est un merdier à n’en plus finir.

Là dessus passe Macron. Bon alors c’est un autre signe de confusion, quoi le gars qui se dit anti système qui a toutes les étiquettes du système, qui écrit un livre qui s'appelle “Révolution”, et qui se présente comme le chantre du progressisme! Bon ben là, c'est bon, quoi. Le filet est garni. Et donc, dans cette situation là qui devient, avec des degrés de liberté qui s‘ouvrent de partout, des idées qui sombrent, d'autres qui se mettent en torche, etc. il peut peut-être se passer quelque chose.

D.Mermet :  Ouais, c'est à dire

F.Lordon : alors, là, moi je ne sais pas parce que je n'ai pas de boule de cristal. je ne vais pas prendre le risque de me tromper, tu comprends, dans ces conditions. Je ne suis pas totalement idiot. Bon, il faut les prendre les uns ... bon on ne va pas parler du Parti Socialiste. parce que si tu veux, virtuellement ça n'existe plus. Là ça s'agite à la télé, tout ça. mais moi ça me fait vraiment penser à .. tu sais quand les astronomes nous disent qu'on reçoit de la lumière qui a voyagé si longtemps qu'elle a été émise par un astre qui est déjà mort, quand on l'observe. je pense qu'on est typiquement dans ce type d'observation

D.Mermet :  Tu ne vois pas de la lumière qui arrive?

F.Lordon : Ben tu vois, ça fait un petit peu scintiller nos écrans, mais je t'annonce la mire pour bientôt. Et puis la neige. C’est cuit et c'est quand même la bonne nouvelle de la période.

D.Mermet : Benoît Hamon n'a eu aucune grâce à tes yeux ? Moi je l'ai trouvé pas mal avec ses petits objets.

F.Lordon : (sourires) oui, hum, voilà, hum

D.Mermet : On a fait un petit pot en grès, on a fait un petit abat-jour en macramé, là y a l’atelier... Ça t'as pas ému un peu ? On a des petits objets politiques, qui n'ont pas tellement de liens entre-eux mais il y a plein de bonne volonté..

F. Lordon : Ben, il est ému comme un petit animal qui va disparaître lui aussi. (rires!) Non mais moi, j'ai pas de limite à la compassion. (rires dans la salle) Non mais c'est vrai, faut dire les choses. Bon c'est vrai, je suis peut-être un peu vache mais bon, à peine.

Si tu veux, moi, ça fait très longtemps que je pense que l'un des grands enjeux pour la gauche, c'est de parvenir à opérer cette conversion symbolique qui réussisse enfin à priver le parti socialiste de l'étiquette « gauche ». Et il me semble que nous avons vécu un quinquennat Hollande qui, à défaut d'être révolutionnaire, aura été réellement historique. Je pense réellement que ce quinquennat là est historique. Il est historique parce que précisément, il aura réussi cette performance de convaincre un nombre de plus en plus important de personnes, que qualifier ce personnel politique là de « gauche » était une erreur majeure et que maintenant il faut travailler, presque psychologiquement pour ceux qui y ont cru, il faut travailler à s'en débarrasser.

Et je pense que, tu vois sur cette histoire de Hollande, du Hollandisme etc, j'ai toujours pensé que le lexique de la « trahison » était inadéquat. On a beaucoup dit : « Hollande a trahi, il a trahi, il a trahi le discours du Bourget ! », mais non, je ne crois pas, et je ne pense pas qu'ils aient trahi en fait. Moi, ma thèse, c'est plutôt qu'ils sont fidèles à eux-mêmes. Alors, je complète la thèse, c'est-à-dire qu'évidemment quand on remonte le fil des ans, il leur arrivait jadis de faire un petit truc de gauche, tu vois une verroterie par-ci, par-là, etc, mais en réalité depuis toujours, c'était des hommes de droite ; mais c'était des hommes de droite contrariés.

Et oui, ils étaient contrariés par une histoire, éventuellement quelques médias qui continuaient de les taquiner, etc, mais ça fait très longtemps qu'ils sont de droite. Et simplement ce qui s'est passé, c'est que, les années s'écoulant, de plus en plus, ils se sont déboutonnés et ils ont fini par envoyer toute contention à la rivière (rires) et sous Hollande, enfin, ils ont pu être eux-mêmes. Alors ça tu vois, y a un effet de révélation très puissant.

Alors je voudrais te lire une petite chose que j'ai dégoté dans un bouquin que je recommande qui s'appelle « Le concert des puissants ». C'est la dernière production de « Raisons d'agir », les petits livres tu sais, « Raisons d'agir » de la collection « Bourdieu » et ça été fait par François Denord et Paul Lagneau-Ymonet. Il y a un encadré sur des documents que publiait le parti socialiste et notamment ceux du parti socialiste qu'on appelait « les trans-courants » dont Hollande était un représentant notoire. Tu vas voir, ça décoiffe hein, ça annonce tout. Quand t'as lu ça, t'as tout compris aux trente années qui suivent parce que ça date de 1985. Alors accrochez-vous, voilà ce qu'écrivent les fameux trans-courants :

« Le toujours plus et le besoin d'assistance ne sont pas l'apanage d'un groupe social mais semblent faire l'objet d'un certain consensus. L'excès de réglementation et de bureaucratisation ne sont pas toujours le symptôme d'un socialisme rampant, mais correspond le plus souvent à des demandes catégorielles [F.Lordon : grhhh] , un souci de protection des rentes et des privilèges. Bureaucratisation et corporatisme : même combat. Dans un tel contexte [F.Lordon : c'est là qu'est le point crucial], dans un tel contexte, la déréglementation change de camp. La généralisation des pratiques concurrentielles devient une exigence pour la gauche, afin d'assurer une plus grande mobilité sociale. » etc, etc.

Donc tu vois, là, dès le milieu des années 80, la matrice idéologique est formée. Alors tu comprends évidemment, crier des choses comme ça sur les toits en 1985, c'est un peu compliqué donc c'est des documents internes au PS, un peu publiés mais pas trop lus etc. Trente ans plus tard nous avons la loi Macron. Et nous avons le gouvernement Valls-Hollande. Donc voilà, là si tu veux, le grand cycle est accompli, et il est temps de le refermer.

D. Mermet : Oui, je crois entendre les sifflets qui accompagnaient l'arrivée de François Mitterrand à Charléty en juin 1968. Ils ont toujours trahi, ces gens-là ont toujours trahi, c'est une coutume chez eux, et là ils viennent de le faire à nouveau, voilà.

F. Lordon : Ben oui...

D.Mermet : Alors, t'as confiance en Mélenchon, euh, lui c'est la gauche...

F.Lordon : Écoute...

D.Mermet : ...parce que je me souviens d'un Lordon, « on peut rien faire dans ce cadre là, il faut changer le cadre, il faut renverser la table, etc.. ». Tout d'un coup tu dis que ben non, peut-être que dans ce cadre-là, on peut faire quelque chose et puis alors après, parce que j'ai entendu ça aussi en 2012 de la part de certains de nos amis qui disaient « Attends attends, aujourd'hui dans les urnes et puis demain dans la rue. Hollande on va lui mettre la pression après. Votons Hollande (contre Sarkozy), votons Hollande et puis après on va lui mettre la pression ». Même certains amis parlaient de « Hollandisme révolutionnaire », c'était du deuxième degré mais ça quand-même été dit. Est-ce que tu ne crains pas aujourd'hui de perdre un peu de...un Lordon un petit peu moins radical que d'habitude ?

F.Lordon : Non non, t'en fais pas. Je suis toujours aussi méfiant et cependant, je maintiens ce que j'ai dit tout à l'heure. Je pense que pour la première fois, nous avons une différence significative qui est émise, qui a pris sa place dans l'offre politique et qu’on ne peut pas complètement faire l'impasse dessus. Alors, ne pas faire l'impasse, ça ne veut pas dire se rendre avec armes et bagages...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/edition/actualite-et-verites-de-la-campagne-de-la-france-insoumise/article/280117/frederic-lordon-soutenir-melenchon

 

 

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