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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 17:41

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Sur les réseaux

Dans sa nouvelle vie, Pierre Le Corf défend le régime syrien sur Facebook

 

 

 

Après un tour du monde, ce jeune homme de 27 ans s’est arrêté en Syrie. Il y vit depuis plusieurs mois et raconte ce qu’il voit sur Facebook.

 

 

Capture de la page Facebook de Pierre Le Corf (cliquer pour agrandir)

Capture de la page Facebook de Pierre Le Corf (cliquer pour agrandir) - Facebook
 

Dans la nuit de lundi à mardi, sur sa page Facebook, le jeune Pierre Le Corf (27 ans) a célébré l’entrée de l’armée de Bachar el-Assad à Alep-Est, dernier morceau de la ville tenu par les rebelles.

Alors que les journalistes et les témoins sur place décrivaient une nuit où « l’errance et la mort » avaient pris place, que des militaires pro-régime se livraient à des atrocités sur les populations civiles, lui postait une photo de « balles traçantes » dans le ciel. Avec ces mots :

« On célèbre. »

Sur sa page Facebook, suivie par plus de 20 000 personnes, il tentait aussi de décrédibiliser les informations parues dans la presse :

« A contrario de ce que disent certains médias désespérés de ne bientôt plus pouvoir vendre de chair humaine, la quasi-totalité des civils ont pu s’échapper ici et sont pris en charge par les grandes organisations humanitaires. »

 

 

un Français se livrant à de la propagande pour un régime criminel sera t il un jour traduit en justice ? @JJUrvoas

 

Imprégné par l’ouest

Pierre Le Corf, 27 ans, humanitaire, est-il pour autant un propagandiste du régime syrien, comme le suggère un article publié sur Medium ? Après lui avoir parlé, la réponse semble être : tout à fait, mais malgré lui.

Pierre Le Corf, courageux et émotif, raconte la vie des Syriens de l’ouest de la ville d’Alep – côté gouvernement – depuis le printemps dernier : les bombes, les mortiers, les chaudières à eau montées en roquettes lancées par les rebelles qui tombent sur la tête des civils.

A force, il a fini par s’imprégner complètement de la pensée loyaliste environnante. Et sans en avoir conscience, il est devenu l’animateur d’un petit média pro-régime – ses pages sur les réseaux sociaux. Hargneux et manichéen.

Ce jeune Breton, qui témoigne sincèrement de ce qu’il voit autour de lui, mais qui n’a ni les moyens ni la volonté d’accéder à une vue d’ensemble, commence tout juste à s’interroger sur sa responsabilité.

Ce mercredi sur Skype, nous en avons longuement discuté.

 

« Je n’étais pas de droite »

Pierre Le Corf raconte être né dans une famille très modeste d’ostréiculteurs du Morbihan. Il a passé son enfance entre la maison de ses grands-parents à Quiberon et le parc à huîtres de ses parents à Locmariaquer. Il ne veut pas raconter ce qu’il s’y est passé, mais évoque des « traumatismes importants ». Il déguerpit jeune.

Scolairement, il part dans tous les sens. Ecole hôtelière à Quimper, études de droit à Vannes et à Lyon. Ecole de cinéma à Paris.

Socialement, il se cherche. Pendant sa période lyonnaise, il essaye de devenir quelqu’un d’autre, nous raconte-t-il. Il travaille au Leader Price de son quartier, mais évolue dans les milieux ultra-cathos et bourges de Lyon. Avec la tête qu’il a (une tête de Versaillais), « ça passe crème ».

Dans la boîte de nuit qu’il cofonde à l’époque, il se fait prendre en photo avec un magnum de champagne Nicolas Feuillatte sur l’épaule.

« Je n’étais pas de droite, mais j’essayais de l’être. Tout le monde s’imaginait des choses : on disait que mon père était le patron d’une grande banque. »

C’est au bal des débutantes de Lyon qu’il fait la connaissance de Benjamin Blanchard, figure d’extrême droite, cofondateur de SOS Chrétiens d’Orient. C’est l’homme qui lui a soufflé l’idée d’aller en Syrie et qui a « facilité ses démarches » pour entrer dans le pays. 

 

Mythe fondateur

Après sa « phase trou du cul » à Lyon, Pierre Le Corf devient « serial entrepreneur » à Paris. Il cofonde, entre autres, un incubateur d’entreprises et une boîte de prod. Il plante plusieurs start-up, ce qui fait de lui un bon conférencier d’écoles de commerce.

A cette époque, Pierre Le Corf raconte beaucoup son mythe fondateur : à 12 ans, il faisait déjà du porte-à-porte pour désencombrer les maisons de sa petite ville bretonne. Il revendait ensuite les objets au marché.

Mais début 2015, Pierre Le Corf, qui transforme en plaquette de communication tout ce qu’il touche et lui-même, dit qu’il a une révélation : « celle d’être devenu con ». Il a tout d’un coup la sensation de s’être trop éloigné des gens de son enfance, ces gens modestes,  « avec un petit savoir de vie ».

Il crée alors le projet Wearesuperheroes qui consiste à donner la parole à des « communautés marginalisées » – en postant sur Internet des photos et des témoignages bruts. La promesse :

« Nous voulons aider les communautés à développer leur confiance en elles à travers le storytelling. »

 

« Voilà, sur ce, je retourne au travail »

En mars 2015, il entame un tour du monde, à la rencontre de ses « héros du quotidien ». Etats-Unis, Afrique du Sud, Russie, Turquie, Inde, Japon. Cela donne des petits portraits, plus ou moins forts.

Cela relève du projet perso financé par un conseil régional, mais Pierre Le Corf veut lui donner une autre dimension. Il le façonne avec du storytelling (encore) pour que ça prenne l’apparence d’un destin.

Dans les interviews qu’il donne, il raconte à tour de bras les visites dans les décharges publiques avec son grand-père. Il y trouvait des objets, des cahiers et des cartes postales qui racontaient la vie d’inconnus. Sa curiosité pour les autres serait née de ces promenades.

Il raconte aussi qu’il a « tout vendu » avant de partir. Comment ça, « tout », puisqu’il venait d’une famille modeste ? Sans se démonter, il me répond :

« J’ai toujours eu peur de manquer donc j’ai toujours travaillé sept jours sur sept et accumulé des choses. J’ai vendu des montres, des petits bijoux, des livres anciens, des cadeaux. »

Capture d'écran de la page Facebook de Pierre Le Corf

Capture d’écran de la page Facebook de Pierre Le Corf

En février 2016, il est au Canada. Il publie sur Facebook une vidéo dans laquelle il explique pourquoi il ne s’intéresse pas plutôt aux populations « successful » de tous ces pays. Tout le monde est « successful » en un sens : c’est sa réponse. A la fin, ému par ses mots,

« voilà, sur ce, je retourne au travail. »

En mai, au site de France 24 qui fait un portrait de lui, il présente son projet comme « sa petite goutte d’eau ».

Ce mercredi matin, à propos de ce maniérisme et cette tendance au storytelling outrancier, Pierre Le Corf nous répond vraiment gentiment :

« Je suis lyrique, je suis comme ça. Je n’y peux rien. C’est ma façon de m’exprimer. Ce sont mes mots, ils sont honnêtes. »

Au téléphone, une de ses amies et anciennes collègues compare Pierre le Corf à Mère Teresa. Tout en s’excusant de ne pas trouver d’exemple mieux dimensionné.

 

Sauf « si tu insultes le président »

Au printemps 2016, un peu plus d’un an après son départ, Pierre Le Corf n’a pas envie de rentrer. Il accepte donc la proposition de Benjamin Blanchard de rejoindre SOS Chrétiens d’Orient à Damas. Il trouve le garçon « humain » et se moque de ses positions politiques.

C’est en passant par l’Église grecque-melkite catholique que l’association lui obtient un visa. Benjamin Blanchard :

« Il ne connaissait rien à la Syrie. Il est arrivé, avec un esprit très neutre, croyant ce qu’il y avait écrit dans la presse. Une fois dans le pays, il a mené sa vie. »

Pierre Le Corf se rend à Alep et se rapproche de l’organisation humanitaire chrétienne Les Maristes bleus. Depuis neuf mois, le jeune Breton vit donc à l’ouest de la ville, la partie tenue par le régime. Où sa présence est « tolérée ».

Il est obligé :

« J’ai jamais vu de mauvais traitement ici. La seule chose qui est mal vue, c’est si tu insultes le président. Si tu insultes le président, quelqu’un pourrait te poser des questions. »

Et tenu :

« Les gens du gouvernement qui m’entourent, mais que je ne connais pas personnellement ont toujours été très gentils avec moi. »

Mais ce n’est pas un problème parce qu’il pense sincèrement que le régime est respectueux et salvateur. Dans une vidéo, postée fin septembre sur Facebook, Pierre Le Corf est exalté :

« Beaucoup de gens m’envoient des messages pour m’encourager, mais aussi des messages des fois un petit peu compliqués... Des gens qui me disent “Oui, mais le régime tue son peuple”...

Je ne veux pas prendre de position politique ou militaire, mais soyons clair, moi je prie le jour et la nuit pour que les avions arrivent.

Vous pouvez regarder, ne serait-ce que cinq minutes par jour, la chaîne de télévision qui appartient à l’armée rebelle ici, plus personne ne voudrait jamais soutenir la guerre. La seule chose qu’on voit, ce sont les mortiers qu’ils nous envoient dessus. “Allah Akbar, boum”. »

 

« Ce prix, je le voyais tous les jours »

Ce mercredi, Pierre Le Corf tente d’expliquer sa position :

« Ce n’est pas parce que je dénonce les attaques terroristes que je soutiens le régime. Mais il y a une différence entre soutenir le gouvernement et l’attaquer. »

Ne pas l’attaquer, c’est omettre des choses. Prendre acte des massacres d’Alep-Est pratiqués par des mauvais éléments de l’armée (dit-il en gros), mais ne pas en parler sur sa page Facebook.

Et le justifier par sa petitesse, son peu d’amplitude, sa position géographique.

« Je ne parle pas de l’est, parce que je ne suis pas à l’est. »

Le justifier aussi par son empathie et son humanité (bien réelles) :

« Quand tu vois tout le temps des gamins avec leurs visages moitié arrachés, tu te ranges de leur côté. »

« Quand tu ramasses des morceaux de gens, on ne peut pas te reprocher de ne pas compter les chiffres. »

« Ce que je comprends, c’est que les gens de l’ouest étaient des dommages acceptables, le prix à payer pour soumettre le régime. Mais moi, ce prix, je le voyais tous les jours. »

 

« Je ne suis pas journaliste »

Depuis son café d’Alep, ce mercredi, Pierre Le Corf est un peu plus nuancé. Peut-être a-t-il lu l’avalanche de papiers relatant l’horreur de la nuit de lundi à mardi.

« Les bombardements et les exactions du gouvernement, pour aller plus vite dans la guerre, c’est aussi un crime. Autant que celui des terroristes qui nous tirent dessus.

Je n’ai ni d’affinités avec le gouvernement, ni avec les rebelles, qui ont chacun des positions radicalisées. »

Quand on lui parle de la responsabilité qu’il a, maintenant qu’il est un petit média, il s’embrouille.

« J’aime pas les étiquettes. Moi je vois ça sur un plan humain. »

Cinq minutes plus tard :

« Je ne suis pas un journaliste, parce que je vis ici. »

Je lui demande, m’excusant du point Godwin et du caractère bancal de la comparaison, s’il n’a pas l’impression de documenter Berlin (et la souffrance du peuple allemand) sous les bombardements alliés.

« Ce que je vois, je le dis et j’ai le droit de le dire. Mais les gens ne doivent pas se contenter de que je dis. Je peux être aveugle sur la situation globale. »

 

« Les gens vont moins mourir »

Pierre Le Corf a été blessé par l’article publié sur Medium (auquel il a répondu point par point, comme une lettre de rupture mal passée) et il est blessé quotidiennement par les messages agressifs qu’il reçoit sur Facebook, depuis plusieurs semaines.

Il a donc décidé, nous dit-il, de retourner à son projet de départ (relayer des témoignages bruts et désormais filmés pour qu’ils ne soient pas discutables) :

« Je vais arrêter de parler de la situation maintenant qu’il y a moins de raison d’avoir peur et d’être triste, parce que les gens vont moins mourir. »

Pierre Le Corf assure qu’il n’a pas publié, lundi soir, les scènes de liesse dans la rue par respect pour ce qu’il se passait à l’est. Il compte rester vivre en Syrie pour aider la ville à se reconstruire.

« Je suis doué pour comprendre les gens, les aider à croire en eux et apaiser leur douleur. »

Mais son goût pour la communication le portera probablement ailleurs.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

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