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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 16:24

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Raconter le travail tel qu’il est pour changer le monde tel qu’il va

Par Mathilde Goanec
 
 
 
 

Le travail, dernier continent à découvrir ? Une flopée de livres-témoignages, plus ou moins confidentiels, ainsi que des bandes dessinées, cherchent à raconter le travail, dans le but avoué de le transformer.

 

 

À quoi bon raconter le travail ? Que dire que nous ne savons pas déjà ? L’infirmière soigne, le comptable calcule, le cuisinier cuisine, et après ? C’est pourtant l’ambition de plusieurs petits ouvrages, qui fleurissent depuis deux ans et choisissent de « raconter la vie », à l’instar de la collection dirigée par Pierre Rosanvallon (voir à ce sujet l’article de Joseph Confavreux en 2014). Un homme à la crèche, un ouvrier d’abattoir, un chercheur, des esthéticiennes, un gardien d’immeuble, une juge…

 

Cette ronde de profils et d’histoires se déploie également dans les publications bien plus confidentielles de la jeune coopérative « Dire le travail », éditeur de deux ouvrages au titre évocateur, Mines de faire. Ici, un informaticien, une enseignante, un ambulancier… Dans un autre registre, les bandes dessinées Sociorama (une collection de Casterman lancée cette année en partenariat avec le magazine Society), racontent par le crayon le résultat d’enquêtes de sociologues du travail, explorant les ressorts de l’industrie pornographique ou encore la réalité des travailleurs de l’aérien.  

 

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« Notre objectif était de raconter de manière sensible et la plus simple possible la transformation de la société française. De parler de ceux dont on ignore le travail ou dont le travail change. » Pauline Peretz, historienne et directrice éditoriale de la collection « Raconter la vie », résume ainsi le principe des petits ouvrages colorés que Le Seuil édite depuis 2014. Le travail n’est pas le seul sujet, mais il s’impose dans la masse de récits publiés. Ainsi de ce livre sur la nébuleuse des chauffeurs-livreurs, ou de celui sur le parcours d’Anthony, « ouvrier d’aujourd’hui », qui explore par l’itinéraire d’un jeune homme de 27 ans le monde de la logistique et l’univers des entrepôts, énorme développement économique de la dernière décennie.

 

« Il y avait assez peu d’écrits sur les ouvriers de la logistique, même si avec le succès grandissant d’Amazon, tout le monde a pris conscience que quelque chose était en train de changer, note Pauline Peretz. Or dans ce monde de la logistique, l’individualisation du travail est maximale, la sous-traitance très forte, rendant le syndicalisme très problématique. La précarisation y est aussi évidente. » D’où l’importance de documenter ces questions, sans éclipser la « persistance de formes très classiques du travail ouvrier, notamment dans l'industrie agroalimentaire », rappelle l’historienne, et de les incarner par exemple dans l’histoire de Stéphane Geffroy, travaillant à la chaîne dans un abattoir.

 

La démarche, inédite par son ampleur, s’inspire de lointains précédents, mêlant de la même manière la fonction et l’être : en 1840, l’éditeur Léon Curmer avait entrepris de raconter les « Français peints par eux-mêmes », une somme à laquelle collaboreront les plumes de l’époque, de Balzac à Janin. Outre-Atlantique, le roman choc La Jungle, publié au début du XXe et consacré à un immigré lituanien travaillant dans un abattoir de Chicago, fait également partie des inspirations. Sa publication conduira notamment à l’adoption de plusieurs lois sur la sécurité et l’hygiène dans l’industrie de la viande aux États-Unis.

 

Pour Patrice Bride, responsable de la coopérative Dire le travail, la filiation est à rechercher dans le considérable travail de collecte d’expériences des Cahiers pédagogiques, revue créée après guerre en France, dont l’originalité était de permettre aux enseignants de raconter leurs pratiques pédagogiques. « Énormément d’enseignants ont envie d’écrire sur ce qu’ils font en classe, sans toujours s’en sentir capables, explique Patrice Bride, ancien secrétaire général du Crap (Cercle de recherche et d’actions pédagogiques), éditeur des “Cahiers”. Nous avons réfléchi pour savoir comment accompagner ce mouvement, comment aider celui qui écrit à rendre ça intéressant pour celui qui va lire ? Nous avons réalisé aussi qu’il y avait la même appétence en dehors du monde enseignant. » Le projet Mines de faire naît de cette idée.

 

Le résultat s’avère terriblement évocateur, malgré le côté brut et simple des récits. « On travaille en duo, Nicole et moi, “sans presse”. On trie, on lave, on essore, on coupe les légumes, on range au frigo, “HACCP” oblige, c’est-à-dire les règles d’hygiène à respecter de “mise en avant”, de la sortie du frigo jusqu’au moment où l’élève mange. Je sais ce qu’il faut faire, même si je ne serais pas capable d’expliciter ce sigle. » Cet entretien avec Chantal, rédigé par Roxanne Caty-Leslé, explore le champ des tâches prescrites et non prescrites dans une cantine scolaire, l’initiative personnelle dans un univers « normé » d’emploi peu qualifié, le risque de passer pour un « lèche-bottes » si on en fait trop.

 

« Au début, je me demandais très régulièrement si j’avais bien fait ce qu’il fallait, raconte de son côté Yann, ambulancier, dans un texte rédigé par Audrey Minart. Par exemple, lors de ma première hospitalisation à la demande d’un tiers. C’est la première fois que je “contentionnais” quelqu’un. Il s’agissait d’une femme. J’ai longtemps pensé que nous aurions pu trouver un moyen de l’emmener sans l’attacher… Aujourd’hui je me dis que non. »

 

« Une parole qui n’est pas de la discussion quotidienne »

Les micro-détails se nichent dans certains textes, dont ce témoignage d’un ou d’une caissière, complémentaire en quelques centaines de caractères du patient travail sociologique en immersion de Marlène Benquet, Encaisser (par ailleurs adapté récemment en bande dessinée par Sociorama) : « Le ticket de caisse n’est jamais moins long qu’un ticket de carte bleue. Au début de ma journée, j’essaye de faire des généralités : trente articles, trois plis ; quarante articles, quatre plis, etc. Puis l’automatisme du pliage de tickets s’active, et je ne calcule plus le nombre de plis que je dois faire. Je plie au feeling, au toucher. (…) Peut-être que ce métier n’est pas fait pour les maniaques des plis, ou peut-être qu’au contraire il leur est destiné ? »...

 

*Suite de l'article sur mediapart

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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