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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 13:27

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

La menace du Brexit révèle les fractures françaises

21 juin 2016 | Par Lénaïg Bredoux
 
 
 

Brexit ou pas, François Hollande, qui s'est mouillé aux côtés de David Cameron contre la sortie de la Grande-Bretagne, promet de nouvelles « initiatives » pour relancer l'Union européenne. Mais si l'Europe se fracture, la gauche française aussi.

 

Un échec de plus. Une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, le “Brexit”, signerait un revers pour les autres dirigeants européens, notamment pour François Hollande. Le président français a promis de relancer le projet européen au lendemain du vote britannique prévu jeudi. Mais, à l'instar des Britanniques, tous les partis français, à gauche comme à droite, sont divisés, bien en peine de répondre à l’exaspération croissante à l’égard du projet européen.

 

À l’Élysée, François Hollande consulte à tout-va. Deux réunions ministérielles ont été organisées ces dernières semaines. Il a en parlé à plusieurs reprises avec la chancelière Angela Merkel. Il a eu le premier ministre italien Matteo Renzi le week-end dernier au téléphone. « On travaille sur les deux scénarios, le oui et le non, pour mesurer les conséquences économiques, explique-t-on dans l’entourage du président français. En cas de Brexit, il nous faut préparer les amortisseurs nécessaires. »

 

À Paris, on rappelle que ce sera d’abord à la Banque centrale européenne (BCE) d’apaiser les marchés financiers en cas de turbulences. « On pense que l’économie européenne encaissera le choc. Mais il faut être vigilant et se préparer à intervenir. Notamment avec le mécanisme européen de stabilité », dit-on à l’Élysée où l’on s’inquiète notamment pour d’éventuelles conséquences sur le bilan des banques françaises. En cas de Brexit, François Hollande devrait aussi lancer « très vite » une série de consultations avec les principaux partis politiques français, et s’exprimer publiquement vendredi. Une nouvelle réunion ministérielle pourrait aussi avoir lieu à l’Élysée.

 

Pour le PS français, qui a fait de la construction européenne un marqueur idéologique fondamental, une sortie de la Grande-Bretagne serait un revers politique. Il signerait aussi l’échec des dirigeants en place, notamment François Hollande, qui s’est prononcé à plusieurs reprises pour le “Remain”, allant jusqu'à menacer les partisans xénophobes de la sortie de l’Union de mesures de rétorsion. Il a ainsi répété ces dernières semaines qu’il y aurait « des conséquences si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne », sur le marché unique, les services financiers, mais aussi « la manière de gérer les situations en matière de migration ».

 

Son ministre de l’économie, Emmanuel Macron, a été encore plus clair : dans un entretien au Financial Times, il a estimé qu’en cas de Brexit, « les migrants ne seront plus à Calais ». En clair : la France ne jouerait plus les gardes-frontières pour les Britanniques et les laisserait passer vers Douvres. L’ancien conseiller de François Hollande a aussi promis d’accueillir à bras ouverts les banquiers britanniques qui fuiraient la City. Pour la Grande-Bretagne, « la sortie de l’UE signifierait la "guernesey-fication" [du nom de l’île anglo-normande qui dépend de la couronne britannique mais ne fait pas partie de l’UE] du Royaume-Uni, qui serait alors un petit pays à l’échelle du monde. Il s’isolerait et deviendrait un comptoir, une place d’arbitrage à la frontière de l’Europe », a insisté Emmanuel Macron dans une interview au Monde.

 

Mais dans tous les cas, le président français a promis de nouvelles « initiatives » pour relancer le projet européen, éviter une contagion à d’autres pays, comme la Hongrie ou la Pologne, et contenir la progression de l’extrême droite, partout sur le continent, y compris en France. « Tous les populistes, dans toute l’Europe, vont demander des référendums et pousser vers la sortie, explique Henri Weber, ancien député européen socialiste. Il ne tient qu’à nous qu’ils restent minoritaires. »

 

© Fondation Jean-Jaures

 

François Hollande a déjà expliqué qu’il souhaite « un Parlement de la zone euro, dans le cadre du Parlement européen, qui pourra disposer d'un pouvoir de contrôle, un budget propre pour la zone euro, qui puisse financer des investissements d'intérêt général, de nouvelles perspectives en matière de numérique, en matière de transition énergétique, pour les pays qui le voudront, une Europe de la défense ». « La France, depuis longtemps, s'y était préparée, l'Europe doit maintenant s'en convaincre, alors je ferai ces propositions au lendemain du vote du peuple britannique », a-t-il expliqué le 3 mai lors d’un colloque organisé par la Fondation Jean-Jaurès, rappelant des propositions qu’il a déjà faites depuis 2012.

 

« On travaille à une initiative politique pour sortir du cycle de crise auquel est confrontée l’Union européenne, avec l’Allemagne, les pays fondateurs », insiste un proche de François Hollande. Avec pour priorité « la politique étrangère, de défense, et de maîtrise des réfugiés ». « Il faut revenir aux fondamentaux », explique la même source, qui rappelle l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) au début des années 1950, rejetée par la France – les gaullistes et les communistes s’y étaient opposés au parlement, provoquant l’abandon du projet. « Les questions économiques aujourd’hui ne sont pas au cœur de l’enjeu, entend-on à l’Élysée. La question, c’est comment faire pour éviter que les États ne se replient pas parce qu’ils ont le sentiment d’être envahis [par les migrants – ndlr]. »

 

Les chances de réussite d’une telle initiative, qui s’adresse une nouvelle fois davantage aux forces conservatrices qu’à sa gauche, sont bien minces. La présidentielle française a lieu dans un an et François Hollande ne s’engagera pas dans un bouleversement de l’UE avant la campagne, surtout en étant aussi impopulaire. « Le problème du président, c’est qu’il est inaudible, concède son camarade du PS Henri Weber. Il dit beaucoup de choses sur l’Europe depuis 2012 mais qui l’écoute ? » Et puis son camp est divisé, entre ceux qui ne jurent que par une intégration plus forte, et de nouveaux transferts massifs de souveraineté, et ceux qui, plus prudents, veulent conserver une primauté aux chefs d’État et de gouvernement. Sans compter que l’Europe de la défense peut difficilement se faire sans la Grande-Bretagne, principal pays, avec la France, à pouvoir projeter son armée au-delà de ses frontières.

 

« C’est le début de la fin »

Le débat traverse tout autant la droite, encore plus sous la pression du Front national, favorable à un référendum sur la sortie de l’UE, que le PS de François Hollande. En plein débat pré-primaire de LR (Les Républicains, ex-UMP), les candidats partagent surtout la critique du président en exercice, insistent sur le danger migratoire, avant de se contenter bien souvent d’en appeler à une hypothétique refonte du projet européen.

 

Mais le vote britannique vient aussi bousculer toutes les autres formations de gauche. Même les écologistes d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) sont plus en difficulté qu’autrefois pour vanter les mérites de la construction européenne. Ils sont bien entendu opposés à un Brexit. « Le départ de la Grande-Bretagne créerait un précédent extrêmement préjudiciable sur le sens de l’Europe », explique l’eurodéputé EELV Yannick Jadot. De ce point de vue, « le pire serait une sortie de la Grande-Bretagne et que les eurofainéants qui nous gouvernent lui donnent ce qu’elle veut ».

 

Comme ses camarades, il en veut beaucoup à François Hollande d’avoir renoncé à renégocier le traité budgétaire en 2012 (TSCG). « Cela fait quatre ans que François Hollande tient le même discours sur l’Europe, sans que rien n’ait commencé ni abouti. Plutôt que d’affronter Angela Merkel au Conseil européen, il préfère gérer en direct avec elle des flexibilités pour ne pas respecter le cadre qu’il lui laisse imposer », dit encore Jadot. Mais lui qui a longtemps prôné pour des avancées à 28, et la fameuse « politique des petits pas » qui a construit l’Europe, est désormais conquis par « l’Europe à plusieurs cercles », défendue en son temps par François Mitterrand (les « cercles concentriques ») et aujourd’hui par François Hollande.

 

Partisans et opposants du maintien dans l'Union européenne, le 15 juin 2016 à Londres © Reuters Partisans et opposants du maintien dans l'Union européenne, le 15 juin 2016 à Londres © Reuters

 

« Le Brexit est le symptôme d’un processus de fragmentation interne du tissu social et politique que rien ne semble pouvoir arrêter. Les forces politiques aujourd’hui ne savent pas encore comment en sortir », explique Alain Coulombel, récemment élu secrétaire national adjoint d’EELV. D’où, dit-il, « un attentisme, une distance et une crainte » face à une éventuelle sortie de la Grande-Bretagne. « Aujourd’hui, les grandes envolées lyriques sur le projet européen ne suffisent plus à lui donner un sens. On ne parvient plus à exprimer la complexité. Même nous, les écologistes. »

 

La gauche radicale n’est guère plus en verve. Sur le papier, le référendum britannique, précédé par une renégociation spectaculaire opérée par le premier ministre David Cameron à Bruxelles, ouvre un boulevard à tous ceux qui se réclament encore aujourd’hui du “non” au Traité constitutionnel européen de 2005. Sauf que les tenants de la sortie sont, cette fois, majoritairement ultralibéraux et/ou anti-migrants et que le “Lexit”, une version de gauche de la sortie de l’Union, reste très minoritaire.

 

Comme le PS et EELV, le PCF est ainsi opposé à un Brexit. « Nous sommes très critiques de la construction européenne mais la question posée, dans le contexte britannique, ne laisse aucune place à un débat sur les politiques alternatives à l’austérité, explique Anne Sabourin. Si le “reste” gagne, cela ne remettra pas en cause l’Europe telle qu’elle est. Et si le “départ” gagne, ce sont les forces de droite et de droite extrême qui sortent renforcées. » Pour la chargée des questions européennes au Parti communiste, ce référendum est « un piège pour les catégories populaires et pour la gauche ». Mais, concède-t-elle, pour pouvoir en sortir, « il nous faut des victoires » – le « nous » évoquant la gauche progressiste.

 

Le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, lui, n’appelle ni à la sortie ni au maintien de la Grande-Bretagne dans l’Europe. Bien plus critique de Bruxelles, et de Berlin, du moins dans le ton, que son ancien partenaire communiste, le candidat à la présidentielle de 2012 et de 2017 voit dans le référendum britannique un nouvel argument pour son « plan B ». « Quand on interdit l’harmonisation fiscale et sociale et qu’on impose le verrou de la monnaie unique, les peuples sont condamnés à entrer en compétition. Cette dynamique folle a tué l’Europe. Le Brexit va être un point d’orgue. C’est le début de la fin. Ce qui nous donne une opportunité de construire les choses autrement », a-t-il récemment expliqué à L’Obs.

 

« Contrairement au non de gauche, majoritaire en France en 2005, il y a une captation par la droite britannique de la sortie de l’Union, avance une de ses proches, l’élue parisienne Danielle Simonnet. Tout dépend de qui pose la question et comment : là, c’est présenté comme le choix entre l’ordolibéralisme allemand et l’ultralibéralisme anglais. » Mais, ajoute la responsable du Parti de gauche, « sur la méthode, cela montre qu’on a intérêt à assumer une logique de rapport de force frontal et qu’il est possible de négocier ». Sans compter, dit encore Simonnet, que même si le débat en Grande-Bretagne est mal posé pour la gauche, « cela ne disculpe pas l’Union européenne de son caractère anti-démocratique et n’invalide pas la justesse d’un référendum ».

 

Jeudi, en Grande-Bretagne, les bureaux de vote ouvriront de 7 heures à 22 heures. Les résultats définitifs devraient être connus le lendemain.

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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