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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 21:03

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

A la ZAD de Notre-Dame-des-Landes: «On va rester»

27 juin 2016 | Par christophe Gueugneau
 
 
 

À la ZAD de Notre-Dame-des-Landes comme autour, la consultation départementale, qui a donné à plus de 55 % le « oui » au déplacement de l'aéroport, n'a que peu d'effet. Habitants des communes voisines et habitants de la zone à défendre restent déterminés. Ce week-end, une nouvelle structure est d'ailleurs sortie de terre, seul « refaire un dôme » ayant remporté tous les suffrages.

Notre-Dame-des-Landes, de notre envoyé spécial.-  À 20 h 30, dimanche 26 juin, le lieu appelé La Vache rit, à la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes, se remplit peu à peu des habitants des villages environnants, à l’appel des zadistes et de l’Acipa, l’une des principales associations opposées à l’aéroport. On discute de la famille, du boulot, et évidemment de la consultation qui a eu lieu toute la journée dans le département de la Loire-Atlantique. Un écran situé au fond du hangar qui sert de salle des fêtes diffuse une télévision locale où des panneaux de résultats apparaissent régulièrement.

 

À La Vache rit, dans l'attente des résultats dimanche soir © Yann Levy À La Vache rit, dans l'attente des résultats dimanche soir © Yann Levy

 

Les premières remontées des dépouillements donnent une victoire du « oui » au transfert de l’aéroport actuel de Nantes Atlantique vers la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Mais les résultats arrivent au compte-gouttes, si bien que la communication à destination des journalistes est reportée.

 

Lorsqu’une commune s’affiche sur l’écran et que la majorité va au « non », elle est applaudie à tout rompre. En particulier lorsqu’il s’agit d’une commune voisine (lire ici l'analyse du scrutin par Jade Lindgaard). L’apparition sur l’écran de Bruno Retailleau, le chef de file des Républicains au Sénat et président du conseil régional des Pays de la Loire, fait bondir même les anciens de leur siège. Hué copieusement. Tout comme Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes et soutien actif du nouvel aéroport, ou Manuel Valls, actuel premier ministre et surtout ministre de l’intérieur au moment de l’opération César, fin 2012, qui avait tenté, sans succès, d’évacuer la ZAD.

Combattives mais pas résignées, déçues mais pas étonnées. Les personnes présentes à La Vache rit font preuve de détermination quand on les interroge. Une dame juge « trop facile, ce référendum sur mesure ». Un monsieur explique qu’ils sont « fortiches », les politiques, « qui veulent refaire voter quand le résultat ne leur plaît pas, comme en 2005 ou maintenant avec le Brexit, mais qui par contre s’accrochent à un résultat qui va dans leur sens alors que là, pour le coup, ça ne représente pas grand-chose ».

 

Camille, habitante de la ZAD, et Dominique Fresneau de l'Acipa tiennent une conférence de presse © Yann Levy Camille, habitante de la ZAD, et Dominique Fresneau de l'Acipa tiennent une conférence de presse © Yann Levy

 

Les mêmes arguments reviennent : le choix du périmètre de la consultation, le département, considéré comme plus favorable au oui, la question elle-même, les conditions de la campagne d’information. Vers 21 h 20, Dominique Fresneau, de l’Acipa, et Camille, une des habitantes de la ZAD, prennent la parole pour une courte allocution lue à deux voix. Ils y dénoncent « le cadre, le processus et le contenu de cette consultation », qui « étaient fondamentalement biaisés » car « basés sur une série de mensonges d’État et radicalement inéquitables ». Mais, rappellent-ils, « il ne s’agissait pour nous que d’une étape dans la longue lutte pour un avenir sans aéroport », et « cette lutte se poursuit dès ce soir ».

La salle entame un long « On va gagner, on va gagner ! » qui donne décidément à cette soirée électorale de défaite un goût de victoire. « Nous appelons tous les soutiens et comités partout en France à redoubler de vigilance dans les semaines et mois à venir », enchaînent les deux représentants. « Résistance, résistance ! » répond la foule de plus en plus enthousiaste. « Il n’y aura pas d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes », concluent Dominique Fresneau et Camille. « On lâche rien, on lâche rien ! » chantent les habitants.

 

Les personnes présentes à La Vache rit entonnent un « Résistance, résistance ! » pendant la conférence de presse © Yann Levy Les personnes présentes à La Vache rit entonnent un « Résistance, résistance ! » pendant la conférence de presse © Yann Levy

 

Fin du discours, les journalistes sont invités à faire leurs interviews à l’extérieur, le bar est sorti, les gobelets sérigraphiés « non à l'aéroport » sont distribués. 

Pour Julien Maillard, originaire des environs, « le résultat de ce soir ne va strictement rien changer ». Ce trentenaire est tout de même « agréablement surpris par les résultats dans les communes alentour ». Mais pour lui, le « foutage de gueule démocratique va continuer ». Un autre Camille, habitant de la ZAD, explique un peu plus tard : « Le premier ministre a dit que, quel que soit le résultat du référendum, ils veulent démonter la ZAD. Nous, on va continuer ce qui se construit ici. »

Cette première partie de soirée électorale touche à sa fin, mais une seconde a déjà commencé ailleurs sur la ZAD : au Gourbi. Plus qu’une soirée électorale, c’est plutôt une crémaillère, même si le chantier n’est pas totalement terminé. En pied de nez au référendum qui devait sceller dans un sens ou un autre l’avenir de la ZAD, ses habitants avaient en effet appelé tout le week-end à « refaire un dôme ».

Dès samedi après-midi, le dôme proprement dit, une structure métallique d’environ 10 mètres de diamètre, avec des murs progressivement recouverts de paille et d’argile durant le week-end, était le principal chantier en cours. Il est construit là où se trouvait la maison d’un certain monsieur Gourbil, d’où le nom. La maison avait été rasée. À la place, une vaste cabane a été érigée à la fin 2015, avant d’être à son tour incendiée quelques jours plus tard. « C’est là pour durer, c’est là pour montrer qu’on va rester », dit un des « travailleurs » sur le chantier, sous un joli soleil d’été. Un autre : « Qu’est-ce qu’ils veulent ? Une guerre civile ? Moi, je ne suis pas pour mais il y a un moment où bon… »

 

Sur le chantier du dôme au Gourbi samedi après-midi © Yann Levy Sur le chantier du dôme au Gourbi samedi après-midi © Yann Levy

 

Pour ce week-end de travail, la cantine annonce avoir servi 350 repas samedi midi. Le même nombre environ le soir, alors que les ouvriers du Gourbi entament les trois-huit pour terminer le dôme avant dimanche soir. Tout le monde met la main à la pâte, certains une demi-heure, d’autres plusieurs heures. D'autres chantiers sont en cours sur la ZAD. Un champ de courges doit être paillé, une serre doit être réparée, un mur d'escalade doit être terminé… les volontaires peuvent se présenter au lieu-dit La Wardine, où les différents postes sont répartis.

 

«On a décidé de vivre ici, on veut que ça dure»

Au petit matin, dimanche, le chantier du Gourbi est délaissé une demi-heure tout au plus, « le temps de regarder le lever de soleil ». Pour cette journée aux urnes, la quasi-totalité des habitants de la ZAD reste disponible, n’ayant tout simplement pas le droit – ni l'envie pour la plupart – de voter.

Plus tard dans la matinée, à Notre-Dame-des-Landes, le maire Jean-Paul Naud se tient devant la mairie, à deviser avec quelques-uns de ses administrés. Costume, moustache, et sourire au lèvres, même s’il ne se fait pas trop d’illusions sur le résultat. Ce qui est sûr, c’est que ça vote beaucoup dans sa commune. « Depuis 8 heures ce matin, il y a vraiment beaucoup de monde, plus de participation que d’habitude. » Dans le bureau de vote situé juste à côté de la mairie, dans une école, l’ambiance est bonne. Un couple de personnes âgées arrive. L’homme demande à une jeune femme qui sort s’il y a beaucoup de monde à l’intérieur. « Oh oui », répond-elle avant de filer déjeuner avec ses deux enfants sous le bras. 

 

Le maire de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Paul Naud, au centre, dimanche, jour de vote © Yann Levy Le maire de Notre-Dame-des-Landes, Jean-Paul Naud, au centre, dimanche, jour de vote © Yann Levy
 

La commune a toujours été majoritairement contre l’aéroport, maire compris. Le non ici a fait son plus gros score : 73,57 % avec une participation à 75 %.

Direction Saint-Aignan-Grandlieu, à une trentaine de kilomètres. La commune est elle aussi directement concernée par la consultation, puisque c’est ici que se trouve l’actuel aéroport de Nantes Atlantique. Là encore, la participation en début d’après-midi est bonne. André, technicien chez Airbus, sort d’un des bureaux de vote en discutant. D’abord un peu réticent – « je n’ai pas trop le temps de vous parler » –, il finit par expliquer pourquoi il a voté oui au transfert, « car c’est mieux, même au niveau écologique, pas seulement au niveau économique ». « Il faut bien que cette commune, ici, puisse se développer aussi. »

 

À Saint-Aignan, dimanche, commune proche de l'actuel aéroport de Nantes Atlantique © Yann Levy
À Saint-Aignan, dimanche, commune proche de l'actuel aéroport de Nantes Atlantique © Yann Levy

 

En approchant d’un autre bureau, un avion surgit avec vacarme de derrière le bâtiment, très bas, il va se poser quelques kilomètres plus loin. Ici, les assesseurs soulignent le nombre important de procurations : « C’est même plus que pour la présidentielle. » Une dame pressée sort du bureau. Elle, elle en a « marre des nuisances sonores ». Un homme, la cinquantaine, estime quant à lui que cette consultation montre « que le gouvernement ne prend pas ses responsabilités. C’est bien que le citoyen donne son avis mais la justice a déjà tranché, et le gouvernement n’en a rien fait ». Un couple à présent sort. Pour la dame, c’est « important pour le développement économique de la région que le nouvel aéroport se fasse ». Son mari, qui « a bossé la question », estime que « même si Nantes Atlantique s’agrandit, ça ne tiendra pas longtemps au vu de l’augmentation prévue du trafic ». Résultat, dans la commune, un « oui au transfert » massif – 71,7 %.

Retour au Gourbi, où les habitants de la ZAD ont convié les journalistes sur le lieu du « refaire un dôme ». La plupart des travailleurs présents vaquent normalement à leurs occupations, d’autres, plus méfiants à l’égard des médias, arborent des cagoules cousues main et sur place pour une précédente occasion. 

 

Sur le chantier du dôme dimanche après-midi © Yann Levy Sur le chantier du dôme dimanche après-midi © Yann Levy

 

Camille, la vingtaine, est arrivée depuis une semaine sur la ZAD et a participé à la préparation du chantier dôme. Elle a pour projet de monter un atelier de poterie ici. En attendant, elle faisait partie de l’équipe qui a passé toute la nuit sur place – « c’était trop bien, les gens étaient tous très motivés ». La ZAD ? Elle « y trouve quelque chose de nouveau, une autre organisation relationnelle, une autre organisation du rapport au travail », elle y voit « une communauté en lutte contre un projet gouvernemental pas accepté par la population locale »

La consultation en cours la laisse de marbre. « L’ambiguïté de la question, l’ambiguïté du périmètre, l’ambiguïté de vouloir régler en un dimanche un problème vieux de quarante ans, tout est ambigu, dit-elle. De toute façon, les gens vont rester, on a décidé de vivre ici, on veut que ça dure. »

Dimanche soir, dans la nuit, un concert de hip-hop se tient sur la scène qui a été construite à côté du dôme pour soutenir les travailleurs. Des gens dansent pendant que d’autres continuent inlassablement de poser le meilleur terre-paille sur la structure métallique. Réagissant aux résultats, le premier ministre Manuel Valls a déclaré que les occupants illégaux du terrain devraient « partir » d’ici au début des travaux à l’automne. La maire PS de Nantes, Johanna Rolland, a appuyé ce choix : « Il doit y avoir évacuation de la ZAD. »

« Mais nous, on s’en fout, on n'est pas des occupants, on est des habitants », lui répond une zadiste interrogée lundi matin. L’évacuation, si elle a lieu, devrait intervenir d’ici à l’automne. Au vu du fiasco de l’opération César de 2012, les moyens à mobiliser devraient être très importants. Au vu des personnes interrogées ce week-end, habitants de la ZAD comme soutiens, la résistance devrait l’être tout autant. Des forces qui pourront se compter les 9 et 10 juillet pour le rassemblement estival des anti-aéroport, baptisé « Semailles de démocratie ».

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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