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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:39

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

La «Nuit Debout» s'étire jusqu'au «32 mars»

2 avril 2016 | Par Dan Israel
 
 

Après une première nuit passée place de la République à Paris, les opposants à la loi sur le travail ont poursuivi leur occupation. Deux mille personnes, jeunes adultes pour la plupart, se sont retrouvées pour discuter passionnément du monde dans lequel ils aimeraient vivre. Et pour être ensemble, tout simplement.

« Allez, on vote. Qui est pour ? » : une nuée de mains sont secouées en l’air. « Qui est contre ? » : quelques paires de bras se croisent à hauteur de tête, pour exprimer le refus. Sur la place de la République, depuis 20 h 30 ce vendredi soir 1er avril, c’est assemblée générale. Plusieurs centaines de personnes (environ 2 000 au plus fort de la soirée) ont agité les bras selon les codes convenus ensemble, pour prolonger toute la nuit la mobilisation de la « Nuit Debout », qui s’était déroulée la veille à l’appel du collectif informel monté autour du film de François Ruffin Merci Patron !.

 

Après la nuit du 31 mars, les milliers de photos et d’instantanés circulant sur les réseaux sociaux français se sont retrouvés siglés, en toute logique, #32mars. Un mot-clé au parfum de fantaisie utopiste qui correspond bien au ton qu’ont essayé de donner les activistes rassemblés sur l’immense place de l’Est parisien, dont ils ont occupé un gros quart sud-est. Mais l’heure n’est plus au divertissement de la veille, avec concert et projection. Pendant plus de 3 h 30, et jusqu’à minuit, les centaines de participants ont échangé, sagement assis en cercles concentriques autour d’un unique ampli et d’un micro solitaire passant de main en main, ou ont déambulé, discuté, bu, mangé et rigolé tout autour de cette agora en plein air.

 

 © D.I. © D.I.

 

Les policiers, encadrant par petits groupes tout le rassemblement, se remarquent à peine dans l’ambiance détendue. Il faudra attendre 6 heures du matin pour qu'ils renvoient vers le métro la centaine de personne encore présentes sur la place. Un portail fait de cartons empilés et décorés clame côté pile, lorsqu’on s’approche : « Que nul n’entre s’il n’est pas révolté. » Et côté face, il avertit : « Nul ne sort s’il n’est pas convaincu. » De grands cartons vides font office de poubelles, et on y pratique le tri sélectif.

Sur le côté de la place, quelques tentes de fortune ont été montées par certains participants ou par les membres des commissions créées quelques heures plus tôt, à l’issue d’une première réunion : cantine, logistique, communication… Pas très loin, une ardoise blanche résume les besoins en matériel : couvertures, bâches, tentes, marqueurs et tableaux, eau, nourriture, etc. Un seul groupe électrogène tourne, mais il se murmure que la nuit suivante, la centrale CGT de Montreuil devrait prêter un groupe électrogène. Dans la foule, on remarque quelques têtes du mouvement On vaut mieux que ça, déjà croisées à toutes les manifs, l’intermittente Sophie Tissier qui a récemment gagné contre le groupe Canal+ (lire sa tribune sur Mediapart), ou encore l’acteur Samir Guesmi.

Des membres de la commission « Accueil et sérénité » (comme est rebaptisé poétiquement le service d’ordre), bandeau « Nuit Debout » autour du bras, renseignent les badauds. Ils racontent la volonté commune : « Créer un espace de discussions libres », « essayer de lancer d’autres questionnements politiques que celui autour de 2017, où il faut savoir si on votera pour Hollande ou pour Sarkozy ». Vers 21 h 30, François, un scientifique qui a atteint la cinquantaine, membre du comité d’organisation informel, distribue des autocollants « Rêve générale », qu’il vient d’aller chercher dans les locaux d’Ivry du collectif de graphistes Ne Pas Plier. « Je craignais qu’après la première nuit il n’y ait plus personne, mais ça se remplit bien », se réjouit-il.

C’est bien la foule qui continue d’arriver qui a fait s’arrêter Julien et Sophie, 22 et 23 ans. Ils ne savent pas ce qui se passe, mais habitent à côté et avaient déjà repéré l’attroupement la veille au soir. Ils sont curieux, et plutôt admiratifs, bien qu’encore un peu circonspects. « Venir à autant un vendredi soir, oui, ils sont motivés », lâche-t-il. « Et ils n’ont pas seulement le profil de gens qui mangent du bio, il y a tous les profils… », complète-t-elle. Tous les profils ? Ce n’est pas l’avis de l’intervenante du moment à l’AG, qui regrette justement qu’on reste entre membres de « la petite bourgeoisie blanche ».

Et de fait, la grande majorité des participants sont des étudiants, ou des membres de la tranche d’âge 20-35 ans, et sont blancs. Comme Pascaline et Hélène, étudiantes en master d’histoire de l’art. La première avait « juste envie d’être là » : « Tous mes potes m’ont dit qu’il fallait que je vienne, pour voir comment ça se passe, comment s’organise ce mouvement sans aucune violence. » La seconde, qui n’a pas pu manifester contre la loi El Khomri, considère qu’elle « rattrape les choses » en s’asseyant sur la grande place qui se rafraîchit à vue d’œil.

 

 © D.I. © D.I.

 

Pour prendre des forces, direction les deux tentes de bric et de broc marquées « Cantine », où l'on sert ce que des voisins ont apporté ou les invendus des magasins ou des boulangeries environnantes : salades maison, sandwiches clubs, baguettes, yaourts… Le tout à un « prix libre ». Victoire, Chloé et Killian s’activent avec le sourire. Ils viennent de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, et se sont retrouvés un peu par hasard à ce poste stratégique. Pour la première Nuit Debout, ils étaient venus les mains dans les poches, mais cette fois, ils ont eu l’idée de transporter casseroles et réchaud. Ils se sont donc tout naturellement proposés pour aider à remplir les ventres creux.

« On ne sait pas exactement qui porte politiquement le mouvement, mais on est venus voir, raconte Victoire. Pour moi, c’est d’abord une lutte contre la loi sur le travail. Mais nous allons peut-être voir émerger autre chose, une forme de convergence des luttes. » Chloé se dit plus ambitieuse : « On vise bien au-delà de cette loi, il y a un ras-le-bol général. Mais c’est bien, le travail, ça touche à peu près tout le monde, c’est très fédérateur. » Embrassant la foule du regard, elle sourit : « Ça commence à avoir des airs d’Espagne ! »

 

Les indignés espagnols, référence obligée

Le mouvement des Indignados espagnols est la référence obligée des militants de République, avec quelques emprunts au mouvement Occupy américain. Dans l’AG, on énumère les trucs et astuces développés lors de ces mobilisations qui servent de modèles, et on applaudit à tout rompre lorsqu’un citoyen espagnol prend la parole. Pour l’heure, les débats tâtonnent, le ton n’est pas encore trouvé.

 

 © D.I. © D.I.

 

D’un côté, on échange passionnément sur la forme que doivent prendre les débats : faut-il laisser chacun parler plus de deux minutes ? comment couper ceux qui se lancent dans un discours fleuve ? Le terme « ZAD » est-il approprié ? Non, selon le représentant du « média center », qui alimente le site Convergence des luttes et les réseaux sociaux en images et communiqués : « Ça fait 36 heures qu’on essaye de raconter la plus belle histoire possible, parce que dans un premier temps, notre but est d’attirer le plus de monde possible. » Or, constate-t-il, « pour les journalistes, les ZAD, c’est des casseurs ». Quelques heures plus tard, le nom-slogan « La Commune debout » emporte finalement les acclamations. Il faut aussi parer aux urgences matérielles : « L’équipe logistique met en place un groupe toilettes sèches » pour suppléer les toilettes publiques de la place, qui ferment à deux heures du matin.

Ces détails pratiques ne masquent toutefois pas les débats de fond, aussi flous soient-ils pour le moment. « Il ne faut pas rester dans un entre-soi militant, il faut se tourner vers l’extérieur en communiquant au maximum », avertit l’un. « On est non partisan, nous n’avons pas d’étiquette politique », tranche l’autre, sous les applaudissements. Il est urgent de faire de la place « une base d’accueil pour tous les mal-logés », voire « pour tous les citoyens du monde », estime un troisième.

Sophie et José, deux quinquagénaires parisiens, parmi les rares cheveux grisonnants assis sur la place, écoutent ces prises de parole le sourire aux lèvres. « Cela fait 30 ans que je participe régulièrement à des luttes, explique Sophie, fonctionnaire. J’ai été de toutes les manifestations contre la loi El Khomri, et j’ai appris l’existence de la Nuit Debout par des tracts. Je partage cette volonté d’autre chose, autrement, qui passe par une convergence des luttes contre les injustices et l’insupportable. » À ses côtés, José approuve : « On va laisser émerger ce qui est en train d’arriver. Je pense que ce mouvement doit appartenir aux jeunes, à la génération de mes enfants. »

Un peu à l’écart, un groupe de jeunes adultes savoure des bières et les joies d’une complicité naissante. Ils sont étudiants en art, en sciences politiques, pions ou journalistes. Ils viennent de se rencontrer, ils se sont tous portés volontaires pour le comité logistique, qui a installé des tentes et quelques palettes garnies de cartons en guise de dortoir. « À 22 ans, j’ai déjà fait un burn-out, confie Nina, qui se reconnaît totalement dans le travail du mouvement On vaut mieux que ça. Le travail, c’était censé permettre de s’épanouir. On pourrait retourner à cette époque, s’il vous plaît ? » « Il faut organiser la lutte qui démarre, il y a l’envie d’un changement profond », lance Irène. Pour Paul, « il y a une mayonnaise militante qui est en train de prendre, et qui dépasse le cadre habituel ».

En bout de place, les envoyées spéciales de BFM et d’i-Télé font leur direct côte à côte. À trois mètres, imperturbables, une guitare, un tambour et une trompette font tourner un air entêtant, pendant qu’un apprenti MC s’essaye à un freestyle en hommage à « tous les fils de lutte ».

Après plus de 3 h 30 de discussion, l’AG touche à sa fin. Les rangs des participants sont plus clairsemés. « Soit on fait la révolution, soit je vous rejoins pour aller danser », glisse au téléphone un grand gaillard en se marrant. Au stand « Cantine », il n’y a plus de beurre pour les sandwiches, il ne reste que de la mayonnaise. Peu de choses ont été formellement décidées pour la suite du mouvement, les comités d'organisation vont se réunir à nouveau.

Le dernier orateur, un jeune homme noir imposant et charismatique, bonnet enfoncé sur les yeux, exhorte la foule à aller occuper l’Hôtel de ville, « sans demander l’autorisation ». Pour l’instant, le mouvement du « 32 mars » squatte la place en profitant d’une autorisation négociée par l’association Droit au logement jusqu’à dimanche. La maire de Paris Anne Hidalgo a déjà prévenu que « les lieux publics ne peuvent pas être privatisés ». Pas de quoi impressionner le colosse. « Si on est vraiment indignés, passons à l’action ! », lance-t-il sous les acclamations. Cette nuit, l’enthousiasme n’a pourtant pas été suivi d’effet. Pas encore ? Comme la veille, les manifestants seront poussés hors du lieu de cette AG au petit matin. Mais pour se compter et juger de leur force, les militants les plus passionnés, qui s’apprêtaient à dormir sur place, ont donné rendez-vous pour la nuit suivante. Même heure, même volonté de refaire le monde, et de le faire savoir.

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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