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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 14:59

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Espagne: les sympathisants de Podemos rejettent l’accord PSOE-Ciudadanos

18 avril 2016 | Par Ludovic Lamant
 
 

Plus de 88 % des 115 000 participants à la consultation organisée par Podemos ont rejeté l’accord de gouvernement négocié entre les socialistes du PSOE et les libéraux de Ciudadanos. En l’absence d’une coalition crédible d’ici au 2 mai, les Espagnols devront retourner aux urnes.

Le score est sans appel, et c’était attendu : 88 % des 115 000 personnes qui ont participé à la consultation organisée par Podemos en fin de semaine dernière ont exprimé leur opposition à ce que le mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias soutienne (en votant pour, ou en s’abstenant) le pacte conclu entre le PSOE (les socialistes) et Ciudadanos (centre droit) en vue de former un exécutif. À l’inverse, près de 92 % d’entre eux ont soutenu la constitution d’un gouvernement calqué sur celui qui existe déjà dans la région de Valence, qui inclut le PSOE, Podemos, les communistes d’Izquierda Unida (IU), aux côtés d’autres formations régionales de la gauche alternative. Mais il est difficile d’imaginer, si l’on s’en tient aux résultats des législatives du 20 décembre, comment cet hypothétique « gouvernement des gauches » pourrait obtenir une majorité au sein du Congrès des députés.

« Nous gardons la main tendue, et nous restons prêts à négocier un gouvernement de changement [c’est-à-dire une alliance avec le PSOE – ndlr]. Le chemin qu’a emprunté le PSOE jusqu’à présent me laisse un peu sceptique, mais j’ai espoir qu’il corrige le cap », a déclaré Pablo Echenique, le nouveau secrétaire à l’organisation de Podemos, lors d’une conférence lundi midi à Saragosse (Aragon), après avoir dévoilé les résultats du scrutin. De son côté, Pablo Iglesias a jugé sur Twitter que « le PSOE devrait désormais consulter sa base sur notre proposition ». Dans une lettre à l'adresse du socialiste Pedro Sanchez, publiée peu après les résultats, deux proches d'Iglesias assurent qu'« il est encore temps » de conclure cet accord entre les gauches espagnoles.
 

Sur le fond, le patron de Podemos a de quoi se réjouir : la direction actuelle, qui s’était fortement divisée ces dernières semaines sur des questions stratégiques, sort renforcée de cette séquence puisqu’elle avait appelé, unanime, à voter contre le projet d’accord PSOE-Ciudadanos. D’autant que la participation est la plus forte jamais enregistrée pour une consultation en ligne depuis la naissance de Podemos. Au congrès fondateur de Vistalegre en octobre 2014, ils étaient 112 000 environ à s’être exprimés sur la nouvelle organisation du parti. Par la suite, le taux de participation n’avait cessé de décroître, pour tomber à des niveaux plutôt inquiétants (à peine 15 000 personnes s’étaient prononcées sur le programme électoral, en novembre 2015, juste avant les législatives de décembre).


La consultation s’était tenue de jeudi à samedi. Le taux de participation atteint presque 40 % des inscrits (en fait 63 % si l’on ne comptabilise que les citoyens inscrits et actifs depuis 12 mois sur le site). À titre de comparaison, le PSOE avait déjà soumis au vote des militants, fin février, le « deal » conclu avec Ciudadanos : le oui l’avait emporté à 79 %, avec un taux de participation à 52 % (96 000 inscrits environ). Dans la foulée, Pedro Sanchez avait tenté l’investiture au Congrès des députés début mars. Il avait alors perdu coup sur coup deux votes de manière cinglante, avec 219 élus à chaque fois contre lui (sur 350).

Le résultat de cette consultation ne permet donc pas de sortir de l’impasse politique que traverse l’Espagne depuis les législatives du 20 décembre, alors qu’il reste très peu de jours pour former une majorité au Congrès. En l’absence de coalition crédible d’ici au 2 mai, de nouvelles élections seront convoquées, sans doute pour la fin juin. Le roi organise, à partir de lundi, de nouvelles consultations avec les responsables des principaux partis – sans doute celles de la dernière chance –, au terme desquelles il pourrait décider de redonner l’initiative à l’un des quatre candidats à la Moncloa. Pour rappel, Mariano Rajoy (le président du gouvernement sortant, PP, droite) avait refusé de prendre l’initiative en février, estimant qu’il n’avait pas de majorité possible en l’état. Ce qui avait laissé le champ libre au socialiste Pedro Sanchez, pour mener d’amples consultations et conclure un « deal » avec Ciudadanos.

« L’Espagne semble condamnée à la répétition des élections. Mais il serait prudent de ne pas donner ce scénario pour acquis jusqu’à la saint Jordi [le 23 avril – ndlr]. Ce sont des jours de calculs, de sondages (dont la publication n’arrête jamais), d’appels téléphoniques entre les bureaux des uns et des autres, et de contacts politiques plus ou moins souterrains, qui s’annoncent », prévenait, il y a peu, Enric Juliana, très respecté chroniqueur de la Vanguardia (lue avec attention, en particulier, par les dirigeants de Podemos). Juliana n’excluait pas à ce stade que le PP, vainqueur fragile des élections du 20 décembre (28,3 %, 123 sièges) et aux abonnés absents depuis, prît enfin l’initiative. Le PP pourrait monter au créneau avec son projet d’alliance PP-PSOE « à l’allemande », jugeait-il.

Mais la démission en fin de semaine dernière du ministre de l’industrie, cité dans les Panama papers, énième scandale qui bouscule l’exécutif sortant, va encore compliquer toute discussion entre le PP, le PSOE et Ciudadanos. Des appels au retrait de Rajoy se sont à nouveau fait entendre, mais le conservateur galicien semble tenir bon, officiellement prêt pour une nouvelle campagne électorale jusqu'à fin juin… Quant à la stratégie de Pedro Sanchez, plutôt habile dans les premières semaines de la négociation, elle semble avoir montré ses limites. Le socialiste a été contraint sous la pression de son parti à jouer les équilibristes, vantant le « métissage idéologique », discutant avec Ciudadanos, puis avec Podemos, tout en sachant que les programmes des deux formations, en bout de course, sont impossibles à concilier.



Lire ici notre analyse publiée la semaine dernière : L’Espagne se rapproche de nouvelles élections

 

 

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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