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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:47

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com/blog/technoverdose

 

 

OS souverain et Notre-Dame-des-Landes : même combat

 
 

Le gouvernement a affirmé dans la loi numérique sa volonté de développer un système d’exploitation souverain. Une décision qui a immédiatement suscité l’hilarité des milieux spécialisés, tant son projet semble irréalisable.

Pourtant, ce n’est pas par l’humour qu’il faudrait répondre, mais par des actes. Ce projet technique, comme de nombreux autres avec lui, n’est qu’un énième « grand projet inutile et imposé », dangereux dans sa vision du monde, coûteux pour les contribuables, et voué à un échec aussi cinglant que prévisible. Et si, contre toute attente, il fonctionne, alors des jours sombres seront à craindre.

 
 

1 La longue tradition des échecs techniques inutiles et imposés

 

S’il est de la compétence de l’Etat d’aménager le territoire pour servir l’intérêt général, cela ne signifie pas pour autant développer une politique de prestige basée sur des développements techniques nationaux qui enferment la population dans des choix techniques autarciques qui ne font que nuire à tous, sauf à ceux qui se sont engraissés en monnayant cher la conception d’un produit inutile ou qui aurait coûté beaucoup moins sous l’égide d’une entreprise ou d’une communauté volontaire.

Pourtant, cette décision stupide de l’Etat français n’est pas la première tentative d’imposer une vision techno-politique franchouillarde au reste du monde. Nous avons même plutôt une longue tradition en la matière.

 

Du réacteur à eau lourde au Rafale

Que l’on remonte aux années 50 avec les différents échecs nucléaires (les neuf réacteurs graphite gaz, le réacteur à eau lourde ou encore le réacteur à eau légère pressurisée), mais aussi les programmes aéronautiques (le supersonique Concorde aux coûts d’entretien faramineux, l’avion de chasse Rafale resté invendable pendant des années), l’histoire technique française ne manque pas d’exemples de politiques d’innovation aux succès discutables.

Et en informatique, c’est pire. La France est la spécialiste des plantages complets en la matière. Si tout a commencé avec le tristement célèbre Plan Calcul, qui n’a jamais réussi à faire émerger les champions nationaux dont le gouvernement français croyait avoir besoin, suivi peu après par le Minitel, la gauche mitterrandienne a enchaîné par la suite avec le plan informatique pour tous, qui n’a guère eu plus de succès.

Deux échecs successifs qui n’ont pas découragé l’Etat, puisque sous Nicolas Sarkozy, le projet de cloud souverain dit Andromède fut lui aussi un four retentissant dans lequel des centaines de millions d’euros furent investis pour rien, les deux entreprises nées de cette initiative malvenue ayant finalement disparu fin 2015.

Et maintenant, le gouvernement nous ressort de son chapeau l’idée d’un système d’exploitation informatique souverain, c’est-à-dire développé en France – ou plutôt contrôlé par le gouvernement français.

 
 

2 Une mauvaise idée inéluctable

 

Immédiatement, les experts du sujet s’en sont donnés à cœur joie (tout comme ils l’avaient déjà fait pour le cloud souverain, en vain) comme Stéphane Bortzmeyer, qui esquisse différents scénarios pour cet OS, ou Numerama qui en calcule l’hypothétique et énorme coût minimal, ou encore le directeur de l’Anssi qui soppose à un OS truffé de backdoors et de mécanismes de surveillance alors même que son organisation gouvernementale a elle-même développé Clip, un OS français ultra-sécurisé...

Il n’y a guère que les parlementaires qui soutiennent publiquement un tel projet, ce qui n’a en soi rien d’étonnant. Non pas qu’ils soient incompétents ou souffrent eux-mêmes d’une fracture numérique irréconciliable, mais plutôt qu’ils sont victimes de la logique technicienne à l’œuvre en France depuis des dizaines d’années.

 

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif lors d'une visite d'un site Airbus, le 25 janvier 2013

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif lors d’une visite d’un site Airbus, le 25 janvier 2013 - REMY GABALDA/AFP
 

C’est déjà ce que dénonçait Jacques Ellul il y a presque 30 ans dans son célèbre ouvrage «  Le Bluff technologique  » (1988), qui recensait toutes les aberrations techniques conduisant à la société technicienne  :

«  Les intérêts engagés dans les opérations techniques ont une telle importance, que toutes les prises de conscience sont vaines et considérées comme le fait d’esprits rétrogrades. »

 

Les technocrates monopolisent l’espace de l’innovation

La collusion atavique entre l’administration française et l’élite technicienne, notamment parce que les hautes écoles administratives conduisent d’abord dans l’administration avant que – par l’entremise de la pantoufle – les hauts-fonctionnaires ne se transforment en dirigeants de grandes entreprises, qui comptent évidemment sur leurs anciens confrères pour obtenir de juteux contrats de développement de nouvelles technologies, d’exploration de marchés impossibles sans un soutien souverain.

Dès lors, la technique se développe quasiment par sa volonté propre. Une innovation non rentable économiquement mais possible sur le plan technique se présente et, dans un état technocratique, le sujet va fatalement donner lieu à une politique publique de soutien de cette possibilité technique. Aucune volonté populaire, aucune démonstration académique, rien ne peut s’y opposer, le développement se fera.

Ainsi, peu à peu, la structure technocratique grignote les moindres aspects possibles, occupant l’espace de l’innovation – ou plutôt de l’imagination. Tout ce qui peut être recherché doit exister.

 
 

3 Un parallèle osé mais nécessaire avec les ZAD

 

Si, à l’instar de Boris Beaude, nous considérons que l’Internet est un espace, et que par extension le Web est une société particulière avec ses codes et modes de vie, alors nous devons voir les OS comme des régimes politiques qui, en régissant les serveurs sur lesquels reposent l’infrastructure de l’Internet et grâce auxquels chacun peut accéder facilement à l’Internet, nous fournissent un cadre réglementaire, un espace de gouvernance collective de nos pratiques, le collectif n’étant pas ici synonyme de participatif. N’oublions pas, hélas, que dans l’esprit de l’Internet, le code est la loi.

C’est pourquoi après s’être attaqué à de nombreux aspects de la technique, la décision du gouvernement de favoriser le développement d’un OS souverain est si symbolique aussi bien auprès de la communauté informatique que des technosceptiques.

Un OS souverain, si l’Etat le dispose dans un cadre juridique soigneusement conçu pour étendre son influence et le légitimer, peut devenir une arme dévastatrice pour les libertés publiques et, par extension, pour tout ce qui fait la force de l’Internet en tant qu’espace virtuel. 

 

Des ZAD numériques pour défendre un Internet libre

Développer un tel logiciel revient à traquer ceux qui pensent qu’une autre vision de la technique est possible, que les logiciels peuvent être open source, que les œuvres peuvent échapper à la propriété intellectuelle sous certaines conditions, que les individus ont droit à une vie privée, que la société ne doit pas être un simple jouet entre les mains d’un tyran inaccessible.

Ainsi, comme Jacques Ellul dans les années 60 et 70, lorsqu’il combattait les projets de bétonnisation du golfe de Gascogne, dénonçant les gaspillages technoscientifiques qui en découlaient, nous devons porter le combat contre l’excès de technique dans la sphère numérique, et y constituer des ZAD. Les armes ne seront pas les mêmes, mais la lutte n’en sera pas moins âpre tant le gouvernement français a compris que l’Internet est un des enjeux clés de sa souveraineté future.

C’est pourquoi, si l’Etat mène un projet ambitieux d’OS souverain qui n’est ni une pompe à fric pour des grandes entreprises aux élites pantouflardes, ni un effet d’annonce, alors nous nous engagerons dans une bataille qui, bien que virtuelle, n’en aura pas moins des effets bien réels. Et si nous la perdons, alors tout espoir d’un Internet libre sera perdu.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com/blog/technoverdose

 

 

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Published by democratie-reelle-nimes - dans Economie et social
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