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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 15:02

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

En Amérique du Nord, une «neutralisation stratégique» de la contestation

16 décembre 2015 | Par Louise Fessard

 

 

Professeure de sociologie, Lesley J. Wood observe l’évolution de la  gestion policière des manifestations au Canada et aux États-Unis. Dans Mater la meute, elle décrit l’avènement d’un maintien de l’ordre de plus en plus fondé sur le renseignement et les arrestations préventives.

Professeure de sociologie à l’université York de Toronto, Lesley J. Wood observe en tant que chercheuse et militante au sein des mouvements altermondialistes l’évolution de la gestion policière des manifestations au Canada et aux États-Unis, notamment lors des grands sommets internationaux. Dans Mater la meute, la militarisation de la gestion policière des manifestations, paru à l’automne 2015 en français (éd. Lux), elle décrit l’avènement en Amérique du Nord d’un maintien de l’ordre de plus en plus fondé sur le renseignement et les arrestations préventives.

 

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Ce tournant stratégique a lieu, selon elle, à la fin des années 1990 après des affrontements entre altermondialistes et police lors du sommet de l’OMC à Seattle en 1999 (600 interpellations), vécus comme « une sorte de Pearl Harbor des forces de l’ordre ». Constatant l’échec du modèle traditionnel de négociation avec les organisateurs de manifestation, les polices nord-américaines auraient alors opté pour la « neutralisation stratégique », qui repose sur des activités de renseignement et dont le but est « de prévenir la tenue des manifestations en maîtrisant ou en dissuadant les participants ».

 

S’ils ne parviennent pas à empêcher la mobilisation, les policiers privilégieront les arrestations massives (700 manifestants du mouvement « Occupy Wall Street » arrêtés le 1er octobre 2011 par la police new-yorkaise), l’utilisation d’armes sublétales et les unités antiémeutes disposant de matériels militaires, type Swat (Special Weapons And Tactics) aux États-Unis. À noter que l’administration Obama a annoncé en mai 2015 vouloir interdire certains transferts de l’armée, les images de policiers surarmés avec des véhicules blindés ayant choqué lors des émeutes de Ferguson. Le schéma est simple : criminaliser les manifestants qui ne coopèrent pas. 

 

En France, à la suite des attentats, la grande marche pour le climat prévue le 29 novembre 2015 a été interdite dans le cadre de l’état d’urgence. Et 316 personnes se sont retrouvées en garde à vue ce jour-là pour avoir bravé cette interdiction. Détournant l’état d’urgence, les autorités ont assigné à domicile 26 militants du climat pour empêcher leur éventuelle participation à des « actions revendicatives violentes » autour de la COP21. Moyennant quoi la conférence pour le climat s'est déroulée sans heurts au Bourget, dans un périmètre ultrasécurisé et policé.

 

« Aujourd’hui, le manifestant est de plus en plus la cible de notre intérêt, donc plutôt travailler sur l’environnement pour éviter que la manifestation ne dégénère en attroupement », expliquait le 19 novembre 2015 le commissaire Christian Ghirlanda, de la direction centrale des CRS, lors d’une conférence sur le contrôle des foules au salon Milipol à Villepinte. Si l’ouvrage de Lesley J. Wood concerne uniquement l’Amérique du Nord, où les polices et le maintien de l'ordre sont très différents du système centralisé français, il apporte un éclairage intéressant sur ce que nous vivons aujourd’hui en France. Petit entretien par téléphone.

 

Quels changements avez-vous observés dans la gestion des manifestations en Amérique du Nord et depuis quand ?

Lesley J. Wood : J’ai remarqué ces changements à la fois en tant que militante et sociologue étudiant les relations entre manifestants et les autorités. Ils sont particulièrement spectaculaires lors des sommets internationaux comme le G20 à Toronto en 2010, mais ils font partie d’une tendance plus large. On va vers une intégration de la police chargée du renseignement, de celle chargée du contrôle des manifestations et des industries de la sécurité. Les frontières entre ces secteurs sont devenues moins marquées, comme vous avez pu le constater récemment à Paris autour de la COP21. Par certains aspects, cela ressemble à ce que nous avons vu à New York lors du mouvement Occupy Wall Street : tous les événements, qu’il s’agisse de terrorisme ou de manifestations, sont considérés comme des menaces à l’ordre. En France, les autorités ciblent ainsi les activistes écologistes au nom de la menace terroriste ! La frontière entre terrorisme intérieur et activités militantes est brouillée.

 

Qu’est-ce que la « neutralisation stratégique » ?

C’est une logique qui consiste à éliminer en amont toute menace et ce dans un sens très large : à partir du moment où vous ne coopérez pas avec la police, vous êtes considéré comme une menace, quelles que soient vos intentions réelles. Si vous ne coopérez pas, vous devenez une cible et pouvez faire l’objet d’arrestations préventives. Cela passe également par le contrôle de la voie publique. Les autorités vont utiliser des périmètres de sécurité avec des barricades : vous pouvez manifester ici, mais si vous sortez de cet enclos vous devenez une menace, même si vous n’avez aucune mauvaise intention. Et dans ce cas, ils estiment légitime de recourir aux armes sublétales (grenades incapacitantes, vaporisateurs de gaz poivre, balles de caoutchouc, pistolets Taser) qui se sont énormément développées depuis quinze ans en Amérique du Nord. La police met également l’accent sur les médias, en cherchant à créer un récit présentant les manifestants comme un danger. C’est ce qu’il s’est passé à Paris, où les autorités ont insisté sur les objets du mémorial utilisés comme projectiles par des manifestants.

 

D’où vient cette évolution ?

Face aux réformes néolibérales et à l’austérité qui leur sont imposées, les agences de police doivent se battre pour justifier leur travail et leur légitimité en neutralisant les groupes qui menacent le statu quo. L’industrie de la sécurité et de la défense joue également un rôle important, en diffusant ces stratégies comme de bonnes pratiques via les réseaux professionnels policiers, comme l'Association internationale des chefs de la police (AICP) [qui a reçu en 2005 un don de 300 000 euros de Taser International pour sa fondation philanthropique – ndlr]. Avant même Seattle, le changement remonte à la fin de la guerre froide et à la nécessité pour l’industrie de la défense d’étendre son marché à la police et au contrôle des communautés noires ou pauvres, ainsi qu'à la guerre contre la drogue.

 

Vous parlez de militarisation des stratégies policières, c’est un mot fourre-tout, que recouvre-t-il ?

La militarisation, ce ne sont pas seulement les armes, les unités antiémeutes et les véhicules blindés, mais une logique de pacification avec des arrestations préventives. Attention, aujourd’hui, pour la majorité des manifestations au Canada et aux États-Unis, les agents de police essaient d’abord de négocier avec les organisateurs et cela se passe sans confrontation. Mais dans la minorité de cas où les manifestants refusent ou sont perçus comme menaçants, alors la police change de logiciel et choisit la « neutralisation stratégique ».

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

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