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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 15:39

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

Banques: et à la fin, c’est le contribuable qui paye

23 décembre 2015 | Par Philippe Riès
 
 
 

La cession pour une bouchée de pain de la banque portugaise Banif au groupe espagnol Santander se traduit par une ardoise vertigineuse de près de 3 milliards d'euros pour le contribuable portugais. C'est la routine bancaire. Elle ouvre une fracture dans l'alliance de gauche qui gouverne.

Quand il faut solder les désastres bancaires, c’est toujours, en fin de compte, le contribuable qui paye. Le Banif (lire ici) a été vendu dimanche 20 décembre au géant bancaire espagnol Santander pour 150 millions d’euros, la Commission européenne approuvant dans la foulée un plan de restructuration qui met en risque les finances publiques portugaises à concurrence de 3 milliards d’euros ! Le gouvernement socialiste minoritaire d’Antonio Costa, qui a pris cette décision sans l’appui de ses soutiens parlementaires de la « gauche de la gauche », a présenté en urgence un collectif budgétaire pour financer cette nouvelle charge.

La banque espagnole présidée par Ana Patricia Botin, déjà présente au Portugal avec sa filiale Santander Totta, fait une excellente affaire. Elle met la main sur 150 agences, une part de marché dominante à Madère et aux Açores, un bilan supérieur à 5 milliards d’euros, vidé de ses actifs toxiques. Avec près de 15 % du marché portugais, le nouvel ensemble deviendra, sous la marque Santander Totta, le second réseau bancaire privé du pays.

 

Siège de Santander Totta à Lisbonne. © DR Siège de Santander Totta à Lisbonne. © DR
 

Le contribuable portugais, déjà sollicité dans une cascade de défaillances bancaires, fait lui une affaire épouvantable. Le plan approuvé par la Commission européenne évalue le risque pour les finances publiques jusqu’à un maximum de 3 milliards d’euros. Dans le scénario du pire, 3,82 milliards, selon une estimation du nouveau gouvernement, qui a toutefois intérêt à charger la barque. Tout cela pour un établissement bancaire pesant à peine 4 % du marché national.

 

Sur ce montant, 2,25 milliards seront consacrés au financement de la liquidation du Banif, « en conformité avec les règles européennes sur les aides d’État ». 422 millions supplémentaires financeront une structure de défaisance des actifs pourris détenus par la banque. Ces sommes s’ajoutent au 1,1 milliard d’euros d’aides que Bruxelles avait approuvées à titre temporaire en janvier 2013, désormais confirmées. Une partie de cet appui financier public avait pris la forme d’obligations convertibles, dont l’équivalent de 125 millions sur lesquelles le Banif était de facto en défaut depuis le début de l’année 2014. En face, il y a des actifs à risque inscrits dans les comptes pour quelque 2 milliards d’euros et dont seule la cession dans le temps donnera la valeur réelle.

Les 2,25 milliards d’euros seront financés directement sur le budget de l’État à hauteur de 1,76 milliard, et pour le solde (489 millions) par le Fonds de soutien des banques, alimenté en théorie par le secteur financier portugais. Mais les engagements de ce fonds, déjà engagé à hauteur de 4,5 milliards dans le renflouement du Novo Banco, la « bonne banque » née de la faillite du Banco Esprito Santo, atteignent désormais quelque 5 milliards d’euros. Un système financier fragile, à la rentabilité faible ou inexistante et maintenu sous perfusion par la Banque centrale européenne, ne peut raisonnablement faire face à de telles charges. Mises devant le fait accompli par la décision d’Antonio Costa, les banques vont faire de la résistance.

Dans une déclaration dimanche soir, le chef du gouvernement portugais a reconnu que l’opération aurait « un coût très élevé » mais représentait « la meilleure solution pour l’intérêt national ». Dans l’immédiat, le collectif budgétaire de 2,2 milliards d’euros va affecter le profil du déficit budgétaire du pays en 2015 (où il est revu en hausse à 4 %) et dans les années à venir, a averti le ministre des finances Mario Centeno. Toutefois, la comptabilité européenne fait que l’opération ne devrait pas empêcher le Portugal de sortir l’an prochain de la procédure pour déficit excessif.

La vente du Banif a ouvert sinon une brèche, du moins une fissure, entre le PS et ses alliés parlementaires. La députée du Bloco (Bloc de gauche) Mariana Mortagua, qui s’est construit une réputation dans la commission d’enquête parlementaire sur la faillite du Banco Espirito Santo (BES), a accusé la coalition de centre-droit PSD-CDS au pouvoir jusqu’aux élections législatives du 4 octobre, « d’acte criminel » dans cette affaire. Ajoutant que « le BE est préoccupé par les conséquences de la décision présentée par le PS, qui implique non seulement des licenciements mais une perte gigantesque infligée aux contribuables ». Elle a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le cas Banif, une proposition aussitôt acceptée par les deux partis de droite désormais dans l’opposition. Le PCP a annoncé de son côté qu’il voterait contre le collectif budgétaire, qui ne pourra donc être adopté qu’avec l’aval du PSD et du CDS.

 

Le mirage de la régulation bancaire

Quant au passé, ces deux formations ont toutes les raisons de ne pas être trop inquiètes. D’abord, les deux précédentes commissions d’enquêtes parlementaires, sur les dossiers BPN et BES, n’ont eu aucune conséquence en ce qui concerne les politiques. Notamment parce que la tutelle du système bancaire incombe à la Banque du Portugal, la banque centrale du pays, indépendante selon les principes de l’Union économique et monétaire. C’est donc l’actuel gouverneur Carlos Costa, qui a déjà survécu au dossier BES, qui sera à nouveau sur la sellette.

Mais il ne faut jamais oublier que les graines de ces défaillances bancaires successives (le Banif vient après le BPP, le BPN, le BCP et le BES) ont été semées quand le patron de la banque centrale, l’ancien secrétaire général du PS Vitor Constancio, aujourd’hui numéro deux de la BCE, somnolait à la barre. Enfin, il aurait suffi au gouvernement Costa d’attendre le 1er janvier prochain et l’entrée en vigueur des nouvelles règles européennes, dans le cadre de la mise en place progressive de l’Union bancaire, pour alléger la facture du contribuable, au détriment des actionnaires (dont l’État à 61 %, il est vrai), des porteurs de dettes subordonnées et des plus gros déposants.

Ajoutons que le management chargé de « redresser » le Banif, avec à sa tête Jorge Tomé, comprenait une éminence socialiste, l’ancien ministre des affaires des gouvernements Socrates, Luis Amado, à la présidence du conseil d’administration. C’est cette équipe qui a soumis huit plans de restructuration successifs, tous retoqués à Bruxelles par la direction générale de la concurrence. Ce qui soulève inévitablement la question de la responsabilité des autorités européennes. Si elles étaient favorables à la liquidation du Banif, établissement jugé non viable, comment expliquer qu’elles n’aient pas agi plus vigoureusement, par exemple quand la banque à fait défaut sur une partie de sa dette au début de 2014 ?

Mais il faut aussi s’interroger sur le contenu même de la surveillance : comment une banque qui respecte formellement les ratios de fonds propres et de liquidité peut-elle être déstabilisée et mise à terre en quelques jours par une simple information de presse ? Que valent dés lors de tels « indicateurs » ?

La décision de faire payer le contribuable est toujours un acte politique. Et c’est ici que l’on peut émettre les plus grands doutes sur la capacité du nouveau régulateur européen mis en place par l’Union bancaire à prévaloir contre le choix de pouvoirs politiques nationaux, toujours tentés par la procrastination (le temps réglera le problème) et attachés à la protection de leurs clientèles. Que se passerait-il si l’établissement en danger n’était pas une banque mineure comme le Banif mais un géant du type BNPParibas, dont le bilan dépasse le PIB de la France, ou Deutsche Bank ?

À noter d’ailleurs que pendant une bonne partie de la période en cause, le gouvernement du Portugal était sous la surveillance, pour ne pas dire la tutelle, de la Troïka, UE-FMI-BCE. Qu’ont-ils vu, qu’ont-ils dit, qu’ont-ils fait ? On attend avec intérêt le rapport qu’une mission d’experts extérieurs prépare actuellement pour le compte du IEO (le bureau indépendant d’évaluation du Fonds) sur l’action du FMI, en particulier en matière financière et bancaire, dans les pays de la zone euro « sous intervention » (Grèce, Irlande et Portugal).

En réalité, comme nous l’avions expliqué ici-même à propos de la crise bancaire chypriote, l’approche technocratique, bureaucratique et règlementaire de la surveillance bancaire est pratiquement vouée à l’échec, face à des organisations complexes, étroitement connectées aux pouvoirs en place, et disposant de très puissants leviers d’influence : le chantage à la « stabilité », au « financement de l’économie », à l’emploi, etc. Tant que les banques n’auront pas été rendues à la loi commune des entreprises, privées de toute protection de l’État, faillibles et mortelles sans que cela ne déclenche ni panique ni psychodrame politico-médiatique, le contribuable sera mis à contribution pour éponger les ardoises des banquiers.

Ce que le grand économiste libéral autrichien Ludwig von Mises appelait « la libre entreprise bancaire » : « La libre entreprise bancaire est la seule méthode disponible pour prévenir les dangers inhérents à l’expansion du crédit. Elle n’empêcherait pas, c’est vrai, une lente expansion du crédit, encadrée dans d’étroites limites, de la part de banques prudentes et tenues d’apporter au public toute l’information requise sur leur situation financière. Mais avec la libre entreprise bancaire, il aurait été impossible que l’expansion du crédit, avec ses conséquences inévitables, se soit transformée en une caractéristique régulière – on est tenté de dire normale – du système économique. Seule la libre entreprise bancaire aurait immunisé l’économie de marché contre les crises et les dépressions. »

La financiarisation irrésistible de l’économie depuis plus de quatre décennies a abouti au résultat exactement inverse : placer les banques, agents de l’expansion incontrôlée du crédit sanctifiée par les États (eux-mêmes débiteurs majeurs), comme autant de bombes à retardement dont la mise à feu menace régulièrement de mettre à bas tout l’édifice. Ce que vient tout simplement de rappeler l’éclatement de ce gros pétard qu’était le Banif.

 

 

 

Source : https://www.mediapart.fr

 

 

 

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