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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 18:49

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

« Anarchy » : quand les joueurs prennent les rênes de la fiction

 

 

 

La France quitte la zone euro, des indépendantistes « libèrent » la Bretagne, des punks passent à l’action directe... Dans le monde fictif d’« Anarchy », la tension entre pouvoir central et mouvements de base s’est retrouvée entre scénaristes et joueurs.

 

« Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, ce matin la France a quitté la zone euro... »

Voilà comment commençait « Anarchy », une fiction d’anticipation politique, qui proposait aux joueurs d’écrire collectivement sur le Web la vie dans une France sortant des rails.

Ça s’est fini il y a un an, mais si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce qu’une des journalistes du projet, Marion Guénard, a publié récemment un livre (éditions Les petits matins, 124 pages, 18 euros) qui raconte les coulisses et le déroulement du projet.

On y voit comment l’écriture collective confronte les auteurs traditionnels à de nouvelles forces et comment leurs décisions littéraires dessinent aussi des choix politiques.

 

Au début, un travail de spécialistes

Au début, « Anarchy » est un monde fictif, créé par des spécialistes. Des scénaristes écrivent les grandes lignes de l’histoire, des game designers pensent les règles du jeu et conçoivent le site.

 

Affiche de Mai 68 :

Affiche de Mai 68 : « La beauté est dans la rue » - Charles Perussaux/BNF
 

Le site, lui, reprend les codes du site d’info, avec des lives, des articles, des vidéo et des JT, créés par des journalistes qui suivent une chronologie établie à l’avance.

Les internautes peuvent participer à l’écriture de deux façons  : en participant à un concours quotidien pour écrire le destin de cinq personnages principaux pilotés par la rédaction, ou en créant des personnages et en les faisant vivre.

 

Indépendantiste breton et punks à chien

Le projet est lancé le 30 octobre. Très vite, des centaines de gens jouent le jeu. Ils postent des photos, des témoignages censés illustrer les événements de la fiction, s’approprient les personnages proposés et surtout peuplent la fiction de nouveaux personnages.

Les audiences ne décollent pas vraiment, mais les passionnés sont très actifs et ouvrent de plus en plus de pistes parallèles. Un joueur crée un indépendantiste breton qui libère la région de la tutelle de Paris, un autre anime un groupe de militants punks adeptes de l’action directe.

 

Le dilemme des auteurs professionnels

Les scénaristes avaient prévu une tension entre un gouvernement central qui met en place l’état d’urgence et des mouvements du type Occupy ou Tahrir qui veulent une politique horizontale et nouvelle.

Or ce qui est intéressant et que raconte très bien le livre de Marion Guénard, c’est que c’est exactement la même bataille qui se joue dans l’écriture.

Car les journalistes sont rapidement pris dans une contradiction. Ils doivent suivre un cadre préétabli, avec une chronologie précise – mais plus la fiction devient collective, plus l’inventivité des joueurs commence à faire craquer le cadre. Il est de plus en plus difficile de faire coïncider les péripéties prévues à l’avance avec les propositions qui arrivent sur le site. Le jeu périclite.

 

« Le grand virage »

Les journalistes décident alors de faire ce qu’ils appellent «  le grand virage  ».

Ils décident de lâcher la bride aux joueurs.

De faire, en somme, une vraie fiction horizontale et démocratique. La fiction s’envole. Un groupe de libertaires punks qui s’appelle les Oubliés commence à poser des bombes. Par une nuit noire, des inconnus libèrent les animaux du zoo de Vincennes. La vraie joie commence.

«  Jubilation. Tout est faux. Tout est vrai. C’est délicieux. »

Alors même si pour finir ce sont les scénaristes qui reprennent le dessus, en sortant in extremis une intervention de l’ONU et une votation citoyenne, il y a quand même eu ce beau moment, où les lignes bougent pour de vrai, où les auteurs deviennent des simples «  arbitres de la fiction  », où, pour reprendre une belle métaphore de Marion Guénard, les joueurs sont un chœur dans la tragédie grecque et les auteurs le coryphée, qui donne la parole.

« “Anarchy” est devenue l’écriture d’un futur possible à plusieurs, avec une forme d’utopie politique sous-jacente importante. Pensons collectivement notre destin et écrivons-le, faisons récit commun, recréons du récit.  »

Malgré le relatif échec d’« Anarchy », qui n’a pas fédéré plus de quelques centaines de joueurs, c’est une belle idée, qui colle au Web dans ce qu’il a de meilleur et doit résonner aujourd’hui que tout s’effondre et que tout est à construire.

Making of
Chaque vendredi, dans l'émission «  Poésie et ainsi de suite  », diffusée sur France Culture de 23 heures à minuit, je fais une chronique sur ce qu'Internet change à l'écriture. Vous pouvez la retrouver ensuite sur Rue89. Claire Richard
 
 
 
 

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