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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 15:05

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Très chère vie privée 25/08/2015 à 14h57

Face à la surveillance, les Allemands organisent la résistance

Marc Meillassoux | Journaliste

 

 

Un homme tient une pancarte lors d’une manifestation contre la surveillance à Berlin, en juillet 2013 (BONESS/IPON/SIPA)

 

Ces dernières semaines, l’Allemagne a vibré au rythme de plusieurs affaires concernant les données personnelles, et le pays est en passe de devenir le dernier bastion de résistance de la vie privée.

Courant août, un jeune Allemand se faisait arrêter à l’aéroport de Francfort, pour avoir désactivé la puce électronique RFID incrustée dans sa carte d’identité en la passant au micro-ondes.

Si anecdotique qu’elle soit à première vue, l’affaire a réveillé des vieux démons. En 2010, l’introduction de mouchards dans les documents d’identité avait suscité un vaste débat public. Alors que le gouvernement allemand se montrait intransigeant, plusieurs tutoriels vidéo expliquant comment « neutraliser » la puce s’étaient propagés sur la Toile :

  • certains proposaient alors d’attaquer carrément la puce au marteau :

 

 

Souvenir du décompte des juifs

Une vraie « affaire d’Etat » avait déjà secoué le pays quelques semaines plus tôt, après la mise en examen pour haute trahison des deux blogueurs de Netzpolitik, un site d’information dédié à l’actualité et aux libertés numériques. Face à la campagne de soutien (plusieurs milliers de manifestants à Berlin et 150 000 euros de donations), le ministre de la Justice Heiko Maas avait démis de ses fonctions le procureur fédéral – à quelques mois de sa retraite – et nié toute implication en bloc de son ministère.

En toile de fond, le projet de loi sur la conservation temporaire des données (« Vorratsdatenspeicherung ») met les politiques allemands dans une situation impossible. Cette loi, qui prévoit la conservation pendant plusieurs semaines des données de connexion télécoms (métadonnées), rencontre une résistance tenace dans la population. Contraint d’appliquer une directive européenne que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe avait pourtant rejetée en 2010, le gouvernement a refilé le dossier à… l’un de ses anciens fervents opposants : Heiko Maas. Et le ministre passe un sale quart d’heure sur la Toile, où on le surnomme notamment le « prince Charles de la Sarre », l’éternel numéro deux prêt à tout pour devenir calife à la place du calife.

Cette question des données personnelles, la classe politique la redoute depuis longtemps. En 1983, le recensement de la population d’Allemagne de l’Ouest avait été sanctionné par un veto du Conseil constitutionnel. En 1987, le pays avait été le théâtre de manifestations massives dans tout le pays, avec des cas d’agressions physiques contre les enquêteurs. Le souvenir du décompte du demi-million d’Allemands juifs avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir avait mis le gouvernement en porte-à-faux.

 

Pseudos et adhésif sur les webcams

Cette sensibilité est toujours perceptible dans le rapport quotidien des Allemands à la vie privée, notamment sur Internet. S’ils sont dans l’ensemble plutôt actifs sur les réseaux sociaux comme Facebook (34% de la population allemande contre 42% en France), ou Twitter (1,5% d’utilisateurs réguliers contre 3,5%), la méfiance est souvent de mise : le recours à des pseudonymes sur Facebook est largement répandu, de nombreuses habitations sont floutées sur Google Street View (244 000 requêtes en octobre 2010) et les bouts de scotch masquant les webcams intégrées aux ordinateurs portables sont monnaie courante.

Des actions plus radicales ont également vu le jour, comme l’opération « Camover », en réponse à la prolifération des caméras de surveillance à Berlin, notamment dans son métro.

 

 

Le phénomène a connu un renouveau après les affaires WikiLeaks et Snowden, à tel point que l’Allemagne devient la destination favorite des « White-Hats » du monde entier.

Ces dernières années, la chasse aux hackers et « hacktivistes », particulièrement violente aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, a ainsi poussé la journaliste britannique de WikiLeaks Sarah Harrison, la réalisatrice de « Citizenfour » Laura Poitras et l’hacktiviste Jacob Appelbaum (un des développeurs du navigateur anonyme Tor) à quitter leur pays et s’établir dans la capitale allemande.

 

Berlin, refuge des hacktivistes

En juin, lors d’une soirée-débat au club berlinois About : Blank, Jacob Appelbaum résumait :

« Nous sommes venus ici, car nous pensons que c’est un endroit sûr pour poursuivre notre travail et que l’Allemagne montrerait l’exemple. Ici, les gens s’intéressent, s’organisent, prennent part aux débats. »

 

 

Le Chaos Computer Club est par exemple une institution en Allemagne, avec ses congrès annuels rassemblant des hackers venus des cinq continents. Le succès du Chaos Computer Camp, qui vient de s’achever en Allemagne, témoigne de la vitalité et de l’influence du mouvement : les 4 500 places pour cette semaine de camping-hacking ont trouvé preneurs en quelques semaines.

La journaliste Sarah Harrison, qui ne peut plus poser un pied en Angleterre, fait également référence à la procédure extraordinaire lancée en Allemagne suite à l’affaire Snowden :

« Notre premier ministre [David Cameron, ndlr] dit tranquillement que “le temps est révolu où les citoyens pouvaient réclamer le droit de ne pas être surveillés”. On en est là. Le fait que des citoyens et des politiques veuillent enquêter sur les pratiques illégales de surveillance est à des années-lumière de ce qu’on observe dans la plupart des pays. »

 

Paranoïa des dénonciations sous l’ex-RDA

Cette méfiance envers l’intrusion de l’Etat dans la vie privée des citoyens est évidemment liée aux traces laissées par deux régimes totalitaires en 50 ans. Pour l’historien Hubertus Knabe, président du mémorial de la Stasi (« Staatssicherheit », la Sécurité d’Etat) de Hohenschönhausen, les Allemands en sont encore largement marqués :

« Le sujet est très délicat en Allemagne car le souvenir du régime de la République démocratique d’Allemagne (RDA) est encore présent : le doute permanent, la paranoïa des dénonciations, l’utilisation des “données sensibles” [dossier médical, orientations politiques, sexuelles, ndlr] à des fins de chantage. »

Cet historien s’est porté partie civile auprès de la « Cour des Sages » de Karlsruhe au moment des révélations sur l’espionnage de la population allemande par la NSA et par son homologue allemand, la BND.

Dans sa jeunesse, Hubertus Knabe avait lui-même eu maille à partir avec la police d’Etat. Après avoir passé des livres d’Ouest en Est, il avait été dénoncé par son meilleur ami. Un souvenir entretenu à l’école mais aussi à travers une vaste production cinématographique (« La Vie des autres », « La Vague », « Le Tunnel ») et littéraire (« Stasiland », « Ils savent tout »).

 

Les Français « s’en foutent » ?

A côté, le voisin français paraît plus passif, notamment au regard de la mobilisation lors de la loi sur le renseignement, pourtant autrement plus intrusive que le projet de loi allemand. En dépit de la campagne de sensibilisation d’associations – La Quadrature du Net, le fournisseur d’accès associatif French Data Network (FDN), Reporters sans frontières, Amnesty, etc. – ainsi que les prises de position de la Commission nationale informatique et libertés (Cnil), le grand public a été relativement absent, sur le Net comme dans la rue. Face à l’apathie générale, Mediapart avait publié la « Lettre à ceux qui s’en foutent » de Laurent Chemla (le cofondateur de Gandi), au moment du vote de l’Assemblée.

Ce manque de vigilance ne serait pas l’apanage de la France. Selon Jacob Appelbaum, qui a notamment révélé l’espionnage de la chancelière Merkel dans l’hebdomadaire Der Spiegel :

« Aux Etats-Unis, les gens considèrent que l’utilisation de données personnelles n’était que le fait des régimes totalitaires allemands, en occultant toute responsabilité collective et affirment que “ça n’arrivera jamais chez nous”. Ils se trompent : aujourd’hui, les données collectées par la Tailored Access Operations [service de la NSA, ndlr] sont directement utilisées pour des entreprises d’assassinats [par drone en Afghanistan, ndlr]. […]

Le niveau de conscience dans le débat allemand fait une différence énorme dans l’issue politique. »

 
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