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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 14:32

 

 

Sur le terrain 26/08/2015 à 10h59

Saillans fait des petits : une journée participative dans un village perché

Emilie Brouze | Journaliste Rue89

 

A Aucelon, dans la Drôme, élus et habitants planchent sur un projet de gîte pour redynamiser le village. Inspirés par les Saillanssons qui, à 25 km de là, expérimentent la démocratie participative

(D’Aucelon, Drôme) Il ne faut guère avoir le vertige pour se hisser jusqu’à ce minuscule village perché. Pas d’autre choix, d’abord, que d’emprunter la route étroite et tortueuse qui nous arrête à 755 m d’altitude. Tout en haut, les maisons sont suspendues sur un promontoire, en équilibre au milieu des montagnes. 49 citoyens sont inscrits sur les listes électorales de la commune, mais seulement dix-huit habitants vivent là à l’année.

 

Aucelon, le 24 juillet 2015 (Emilie Brouze/Rue89)

 

Aucelon se situe à 25 km de Saillans, la petite ville où au premier tour des municipales, le 23 mars 2014, les 1 199 habitants ont élu une liste collégiale. Pendant la campagne, plusieurs réunions publiques ont permis aux Saillanssons de bâtir le fonctionnement de leur mairie idéale. Voilà aujourd’hui près d’un an et cinq mois que l’équipe municipale expérimente, non sans difficultés, un fonctionnement participatif.

Un maire blasé du pouvoir pyramidal

Ici, on est loin de la démocratie participative promue par certains partis politiques qui lancent des plateformes collaboratives (qui agonisent). On est loin aussi des consultations numériques de l’Assemblée nationale sur des projets de loi. A Saillans, si Internet est utilisé comme un outil de diffusion de l’information et, parfois, de sondage, il est avant tout question de participation physique.

Depuis les élections, les Saillanssons ont reçu plus d’une centaine de sollicitations de médias, d’étudiants en sciences politiques, d’élus ou de citoyens s’intéressant à leurs méthodes. Un scénariste en quête d’inspiration a même récemment logé sur place quelques jours pour se livrer à des observations.

Saillans a résonné aussi autour d’elle, près du Vercors. Joël Boeyaert, le charismatique maire sans étiquette d’Aucelon, blasé du pouvoir pyramidal, a suivi avec attention la campagne saillanssonne et assisté à plusieurs réunions.

« Ça m’a encouragé à le faire », affirme l’homme de 58 ans, éleveur de vaches allaitantes. A l’été 2014, des Saillanssons sont venus l’aider à animer une journée de réunions participatives à Aucelon.

 

Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

Un projet commun

Pendant ce jour de juillet 2014, plusieurs groupes d’habitants ont parlé de leur village et débattu sur ce qu’ils pouvaient faire pour améliorer l’existant. Une soixantaine de personnes étaient présentes d’après le maire, « dont des gens de l’extérieur ». Il en est ressorti au moins trois priorités :

  • lancer une veille économique : à part la bergerie et la présence du boulanger, qui cuit ses pains dans le four communal et redescend les vendre dans la vallée, il n’y a pas d’activités ;
  • créer un lieu commun convivial, type bistrot associatif ;
  • attirer de nouveaux habitants à l’année, en commençant par établir un inventaire des possibles habitations.

L’hiver, le village sommeille. Les résidences secondaires « encombrent » la commune, qui a connu un fort exode rural. Et Aucelon, qui compte un logement social (une maison en bois), a peu de place pour accueillir de nouvelles têtes.

 

 

L’ancienne école d’Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

Si, à Saillans, un noyau d’habitants est à l’origine de la démarche participative, à Aucelon, c’est plutôt le maire qui a poussé ses administrés à tenter l’expérience. Il constate :

« Suite à la première journée participative, on n’a pas réussi à faire en sorte que les gens s’emparent d’un dossier. »

Et puis, au printemps, la commune a eu la possibilité d’acheter une grande maison située en face de la mairie (120 000 euros, subventionnés à hauteur de 66 000 euros par le programme européen de développement rural Leader). Celle de Louis, l’ancien doyen décédé fin 2014, dont la photo est accrochée en mémoire au mur de son atelier. A l’intérieur de la bâtisse, Aucelon aimerait y aménager un gîte, dont les parties communes et la terrasse pourraient profiter aux habitants.

Ce gîte, c’est une aubaine de projet participatif, appuie le maire : il concentre toutes les préoccupations évoquées en juillet par les habitants. Un « copil » – l’abréviation pour « comité de pilotage » – a été mis sur pied pour mener à bien le projet. Huit élus et habitants se sont portés volontaires pour l’intégrer.

 

Tournesols et vaches baladeuses

Ce vendredi 24 juillet 2015, rendez-vous était donné en début d’après-midi dans l’ancien atelier de Louis. Le maire, en chemise à carreaux, s’est réveillé à l’aube la veille : la faute à des vaches baladeuses.

Sur la table, un bouquet de tournesols. Le projet de gîte est explicité en lettres vertes sur un tableau blanc, à la première personne du pluriel :

« Nous souhaitons créer à Aucelon un lieu d’accueil convivial qui favorise une présence durable d’habitants permanents, qui produise de l’activité économique et qui s’intègre dans la vie locale, touristique, culturelle et environnementale du territoire. »

 

Dans l’atelier de Louis (Emilie Brouze/Rue89)

 

Céline Langlois, psychologue et « facilitatrice », anime la réunion et fait office de gardienne du temps. Pour ouvrir la séance, elle fait tinter une cloche.

Première étape, après le tour de présentation mutuelle : retravailler la charte de fonctionnement du copil.

Pour celui qui n’est pas informé du contexte, la réunion, codifiée, a des allures étranges. Les participants peuvent manifester leur approbation en applaudissant par la langue des signes (les deux mains bougent en direction du plafond) et signaler leur fin de prise de parole. Des temps de réflexion en petits groupes sont organisés avec un support papier.

« La cinquième phrase est assez contradictoire avec la deuxième et la troisième », objecte l’un. « Et si on mettait réalisable plutôt que réaliste ? », propose un autre. « On n’écrit pas la Constitution », minimise Céline Langlois.

La maison de Louis grince et le vent s’engouffre par les fenêtres entrouvertes. Ce qui fait virevolter les feuilles disposées sur un fil à linge. Dehors, un arbre abrite une table où sont disposés des verres de cantine scolaire, de l’eau et du sirop.

 

 

Dans l’atelier de Louis (Emilie Brouze/Rue89)

 

Pendant une pause, Margaret Obermeier, 79 ans, me parle de Louis, qu’elle a bien connu :

« Un grand mécanicien, il savait absolument tout faire. »

Elle habite la Suisse et vient depuis des dizaines d’années en vacances à Aucelon, dans la maison familiale. Elle y a tenu trois hivers de suite avec un poêle à charbon.

« A Aucelon, il y a eu beaucoup de tentatives d’installation de personnes qui vivaient en marge, des éclopés de la vie qui fuyaient les astreintes de la vie moderne et n’ont pas tenu le coup. J’en ai vus une vingtaine. »

 

Margaret Obermeier dans une rue d’Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

Comment on prend une décision ?

Dans l’atelier de Louis, seize personnes sont autour de la table, dont onze habitants (d’Aucelon ou d’ailleurs) et cinq invités qui vont être questionnés. L’adjointe de l’Agence de développement touristique de la Drôme éclaire ainsi le petit groupe sur le défi que constitue le lancement d’un gîte dans un endroit aussi reculé. Pour assurer l’équilibre dans les quatre ou cinq ans, il faut prévoir minimum dix-quinze lits.

Dans la salle, il y a un couple qui portera sans doute le projet : ils ont 36 ans, deux enfants, et aimeraient s’installer au village. Lui est graphiste et télétravaille à temps partiel ; elle vient de créer une association de parentalité. Ils aimeraient « faire du tourisme social et solidaire », « valoriser les produits locaux » dans cette zone classée Natura 2000.

 

 

image

 

A l’aide d’un vidéoprojecteur, deux chargés de mission du CAUE (Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement) présentent deux scénarios d’aménagement de la bâtisse.

« Ils sont peu nombreux au village mais il y a plus de monde que d’habitude en réunion », fait remarquer Jean-Pierre Allègre, qui a exercé 30 ans comme architecte libéral, au sujet de ce projet « atypique ».

Distribution de Post-it en fin de réunion : un vert chacun pour le positif, un orange pour les aspects négatifs. Suivie d’une tournée de table-bilan. Un participant ose :

« Quand il y aura une décision à prendre, comment on va faire ? »

 

Dans l’atelier de Louis, à Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

« Elle redonne le pouvoir d’agir »

« Qui va décider à la fin ? Nous, on n’a pas tranché », relève aussi Lydia Seyne, 60 ans, maire de 1995 à 2001 :

« La démocratie participative, elle résonne un peu partout. Elle redonne aux citoyens le pouvoir d’agir. Je crois que c’est pour ça que les gens disent “ça nous fait du bien”. Ils ont l’impression d’agir. [...]

Généralement, on laisse faire les élus et on critique. Mais on doit être là, aussi. »

Lydia Seyne explique avoir déjà travaillé dans ce sens, quand elle était maire. Elle fait référence notamment à la création de la bergerie, un bâtiment communal édifié dans les années 90 :

« Le village se désertifiait, tous les habitants s’étaient retrouvés : on avait fait une réunion pour se demander quoi faire. »

 

Lydia Seyne devant chez elle à Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

« C’est une démarche difficile, ça prend du temps », observe Monique Le Coz, 75 ans, enseignante retraitée qui habite Aucelon une partie de l’année.

« Plus de temps que si c’était un gugusse qui décidait seul. En même temps, c’est intéressant et ça anime les gens qui participent. »

 

Monique Le Coz, à Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

Vincent Humbert, 53 ans, longue barbe blanche et sac en peau, habite Pradelle depuis dix ans où sa compagne a une ferme d’alpagas. « Un choix de vie », comme de nombreux néoruraux installés dans la région ces deux dernières décennies.

« Saillans, ça fait poser des questions, ça fait réfléchir. »

Tous dans le salon du maire

Les habitants d’Aucelon tiendraient presque tous dans le salon du maire. Alors pour les sonder, pourquoi Joël Boeyaert a-t-il besoin de formaliser une réunion ? « La technique de réunion participative amène implicitement de la positivité », rétorque-t-il.

« Ça permet de vaincre une inertie. Les gens sont heureux, en réunion. [...] J’entends beaucoup de gens se plaindre de la politique, de la société, du pays : les réunions participatives, ça permet de mettre en action les habitants. Comme ils disent à Saillans, de leur donner le “pouvoir d’agir”. »

 

En réunion, à Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

La participation permet de regrouper des individus aux compétences diverses. Elle demande aussi aux habitants de prendre leur part de responsabilités, souligne le maire.

Le participatif dans une minuscule commune ne signifie pas pour autant que la tâche est plus aisée. Joël Boeyaert :

« Dans un groupe de vingt personnes, il suffit d’en avoir deux qui n’ont pas envie pour interférer et gangréner le groupe. »

Christophe, 40 ans, ancien chef d’orchestre qui a été élu secrétaire du copil, note que, pendant la réunion, un ou deux participants semblaient moins enclins au participatif. « On doit gérer d’anciennes façons de faire », opine-t-il. Au sein même du conseil municipal, la méthode ne fait pas l’unanimité.

Sur la démarche participative, Christophe fait le lien avec l’histoire du lieu – peu d’habitants encore en sont natifs.

« Tout le monde a un lien sentimental avec Aucelon, mais personne n’est “héritier du pays”. On doit se poser la question : qu’est-ce qu’on construit ensemble ? »

 

Christophe à Aucelon (Emilie Brouze/Rue89)

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

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