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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 21:07

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

«Tsipras était découragé»: le récit de Varoufakis après la victoire du non au référendum du 5 juillet

|  Par La rédaction de Mediapart

 

 

« Alexis Tsipras était soumis à une pression des figures importantes du gouvernement pour transformer le non en oui, pour capituler. »  L’ancien ministre des finances raconte les circonstances dramatiques de sa rupture avec le premier ministre grec, au soir de la victoire du non lors du référendum du 5 juillet.

 

La démission de Yanis Varoufakis de son poste de ministre des finances au soir du référendum du 5 juillet, marqué par une large victoire du non, suivie par son vote contre le troisième plan de sauvetage européen et par ses déclarations sur la préparation d’un plan B pour permettre à la Grèce de faire face à une exclusion de fait de la zone euro, laissait entendre de graves désaccords avec le premier ministre Alexis Tsipras. Mais jusqu’alors, l’ancien ministre grec des finances, menacé d’une grotesque plainte pour haute trahison pour avoir justement préparé ce plan d’urgence, n’avait jamais raconté dans le détail les raisons et les conditions de son opposition avec le premier ministre grec. Il a réservé ses confidences à un journaliste australien, d’origine grecque, qu’il connaît de longue date. L’article, « Une tragédie grecque », vient de paraître dans la revue The Monthly.

« Laisse-moi juste te décrire le moment après l’annonce du résultat du référendum », lui explique Yanis Varoufakis. « J’ai fait une déclaration au ministère des finances puis je suis allé au Maximos (les bureaux du premier ministre) pour rencontrer Alexis Tsipras et le reste du gouvernement. J’exultais. Cette victoire du non, inattendue, était comme un rayon de lumière qui traversait une nuit noire, épaisse », raconte l’ancien ministre des finances, confirmant que le gouvernement de Syriza s’attendait à une victoire du oui et à démissionner pour sortir par le haut. « Je marchais dans les bureaux, heureux, le cœur léger, portant avec moi l’incroyable énergie du peuple au-dehors. Ils avaient surmonté leur peur. Et c’était comme si je flottais dans l’air. Mais dès que je suis arrivé au Maximos cette sensation s’est totalement évanouie. Il y avait aussi une atmosphère électrique mais chargée d’ondes négatives. C’était comme si le gouvernement avait été dépassé par le peuple. Et la sensation que j’ai perçue était de la terreur : qu’allons-nous faire maintenant ? », poursuit-il.

« Tsipras était découragé. C’était une victoire majeure. Je crois qu’au fond de lui-même il la savourait mais en même temps, il ne pouvait s’en saisir. Il savait que le gouvernement ne pouvait s’en saisir. Des membres du gouvernement faisaient pression sur lui. Dès ces premières heures, il était soumis à une pression des figures importantes du gouvernement pour transformer le non en oui, pour capituler », raconte l’ancien ministre des finances.

Yanis Varoufakis raconte alors leur rupture : « Quand j’ai compris la situation, je lui ai dit qu’il était devant un choix très clair : soit utiliser les 61,5 % de non comme un levier, soit capituler. Avant même qu’il réponde, je lui ai dit : "Si tu prends la dernière solution (la capitulation), je m’efface. Je démissionne si tu choisis la stratégie de l’abandon. Je ne te nuirai pas mais je disparaîtrais" », rapporte-t-il.

« Tsipras m’a regardé et m’a dit : "Tu réalises qu’ils n’accepteront jamais un accord avec toi et moi. Ils veulent se débarrasser de nous." Alors il m’a dit la vérité, que d’autres membres du gouvernement le poussaient dans la voie de la capitulation. Il était déprimé. Je lui ai répondu : "Tu fais au mieux avec le choix que tu as fait. Je le désapprouve totalement mais je ne suis pas ici pour déstabiliser" », raconte-t-il.

« Alors je suis rentré à la maison. Il était 4 heures et demie du matin. J’étais anéanti, pas personnellement. Je m’en foutais de quitter le ministère. En fait, c’était plutôt un grand soulagement. Entre 4 h 30 et 9 heures du matin, j’ai rédigé ma démission. Je voulais être précis parce que d’une part, il fallait soutenir Alexis et ne pas lui porter préjudice mais d’autre part, il fallait que les raisons pour lesquelles je démissionnais soient claires, que je n’abandonnais pas le bateau. C’était le bateau lui-même qui avait abandonné la course. »

Lire cet entretien dans lequel Varoufakis revient aussi sur la politique de l’Eurogroupe, de la Troïka, sur les maux du système oligarchique grec dans The Monthly.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

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