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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 18:53

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Pourquoi Hollande veut garder la Grèce dans la zone euro

|  Par Lénaïg Bredoux

 

 

 

Le président français répète depuis son élection qu’il est opposé à un « Grexit ». Pour ne pas être un des fossoyeurs du projet européen et pour des raisons géopolitiques. L’exécutif français prétend que les risques économiques liés à une sortie de l'euro sont faibles. « Les marchés ont banalisé la question grecque », explique à Mediapart Michel Sapin.

 

La France ne veut pas d’un “Grexit”. Ces derniers jours, elle multiplie les initiatives diplomatiques pour l’éviter : Angela Merkel était à Paris lundi soir pour permettre la reprise des négociations ; Michel Sapin est parti jeudi à Francfort pour rencontrer Wolfgang Schäuble et, selon plusieurs sources confirmant une information du Guardian, la France a dépêché plusieurs hauts fonctionnaires auprès du nouveau ministre grec des finances Euclide Tsakalotos pour préparer les mesures que la Grèce doit présenter à ses créanciers. « On ne ménage pas notre peine et on le fera jusqu’au bout », explique-t-on à l’Élysée. « Nous parlons à tout le monde », dit le ministre français des finances.

 

Angela Merkel, François Hollande et Alexis Tsipras le 7 juillet à BruxellesAngela Merkel, François Hollande et Alexis Tsipras le 7 juillet à Bruxelles © Reuters
 

Jeudi, le séminaire du gouvernement, réuni à Matignon, était aussi quasi exclusivement consacré à la Grèce. « Cette fois, la France est au centre du jeu. Nous sommes les seuls à pouvoir parler à tout monde. C’est justement le rôle d’une diplomatie. Contrairement à ce que croit Nicolas Sarkozy, ce n’est pas de sortir le revolver pour faire croire qu'on est le plus fort », estime Matthias Fekl, secrétaire d’État au commerce extérieur auprès de Laurent Fabius. « Ce n’est pas un sujet technique. Là, la technique n’a même aucun sens, explique un autre des participants, sous couvert d’anonymat. Ce n’est pas l’Europe des petits comptables qui peut changer la donne. C’est la dignité d’un peuple qui est en jeu, l’avenir de l’Europe, nos frontières à l’Est et au Sud. Cela dépasse les tableaux Excel des technocrates. »

Au gouvernement, à Matignon et à l’Élysée, tous semblent d’accord : il faut tout faire pour maintenir la Grèce dans l’euro. Pour l’histoire, d’abord. « La France a toujours cherché à faire avancer l’Europe et je ne vais pas ne pas être conforme à cette histoire, et à la place de la France, j’allais dire presque à sa dignité », a affirmé François Hollande, mardi soir à Bruxelles, après un énième Eurogroupe. Il croit à ce « projet européen », « cette belle idée », « ce vieux rêve, devenu une réalité, (…) une magnifique construction », selon les mots du premier ministre Manuel Valls. 

François Hollande l’a toujours assumé : l’Europe est son horizon politique. Toutes ces années, il a rappelé son attachement à Jacques Delors, du moins à ce qu’il représente, lui qui a commencé son parcours militant dans les clubs “Témoins” de l’ancien président de la Commission. Pour le chef de l’État, le départ de la Grèce de la zone euro, voire de l’Union européenne, serait d’abord une catastrophe politique. « Notre génération, c’est de ne pas faire en sorte que nous connaissions la dislocation de l’Europe », a également prévenu Manuel Valls mercredi. « La France ne raisonne pas à court terme, explique-t-on aussi à l’Élysée. L’Europe est un projet qui se déploie sur plusieurs décennies, qui nous dépasse tous et mérite d’être défendu en tant que tel. C’est l’intérêt général européen. » Un proche du chef de l’État résume : « Il faut savoir prendre une responsabilité historique. »

L’attachement européen de François Hollande n’est pas seulement idéologique : il correspond aussi à sa manière de faire de la politique, de la concevoir. La machinerie bruxelloise, dont il s’est souvent plaint en privé (la lenteur, les petits pays qu’il faut prendre en compte, etc.), et la culture du compromis entre la gauche et la droite qui règne à Bruxelles et Strasbourg ne détonnent guère avec le caractère et la ligne politique du chef de l’État. Il ne croit pas au rapport de forces et à la mise en scène du combat politique. Il croit à l’alignement progressif des intérêts entre gens raisonnables.

De ce point de vue, la stratégie radicalement politique d’Alexis Tsipras lui est totalement étrangère. Tout comme l’idée que le « couple franco-allemand » puisse être dépassé. Son ancrage est fondamentalement celui de l’axe Paris-Berlin, par nécessité, par idéologie et aussi parce qu’il est politiquement persuadé de la pertinence d’une grande partie des mesures mises en place en Allemagne depuis l’agenda 2010 de Gerhard Schröder. « Penser que l’Europe peut avancer en tapant sur l’Allemagne est une hérésie », dit aussi un ministre du gouvernement.

Depuis son élection, François Hollande défend sa méthode et jure que, contrairement à ce que pensent le Front de gauche, les écologistes et l’aile gauche de son parti, il a davantage obtenu de la chancelière Angela Merkel que s’il avait choisi la « confrontation ». Mardi soir, à Bruxelles, le président a de nouveau cité le pacte pour la croissance de 2012 (pourtant très faible), l’union bancaire, la politique monétaire de la BCE. « De même que sur l’affaire grecque, j’ai passé combien de soirées, encore tout à l’heure, avec la chancelière et le premier ministre Tsipras, pour essayer de faire aboutir une solution. Personne ne pourra dire que les Allemands et les Français n’ont pas agi », a insisté le président de la République, mardi. Parions qu’en cas de “Grexit”, il le redira.

« La France cherche toujours l’accord, le compromis, la France, elle l’a toujours fait, c’est sa place dans l’Europe, c’est sa place historique dans l’Europe », a même lancé François Hollande. Son premier ministre ne dit pas autre chose : « Son rôle, celui de la France, c’est le compromis. Ce n’est pas casser, exclure, renverser la table. » L’argument a l’avantage, aux yeux de l’exécutif, de justifier à la fois sa politique européenne et sa politique intérieure bien davantage centriste qu’ancrée dans la tradition socialiste.

 

«Une fois que c’est parti, vous ne savez pas où ça s’arrête»

Mais au-delà de ces déclarations de bonnes intentions, l’exécutif français insiste désormais sur les risques géopolitiques en cas de sortie de la zone euro, voire de l’Union européenne. « Le maintien de la Grèce dans l’euro, et dans l’Union européenne, c’est aussi un enjeu géostratégique et géopolitique de la plus haute importance », juge Manuel Valls. C’est même un des premiers arguments qu’il a utilisés mercredi devant les députés, citant « nos relations avec la Turquie, aux Balkans toujours fragiles, aux tensions à la frontière Est de l’Europe ». En mai dernier, la Macédoine semblait même au bord de la guerre civile (lire l’enquête de Jean-Arnault Dérens).

Le premier ministre a également évoqué les liens de la Grèce « avec la Russie et le monde orthodoxe », alors que Tsipras a multiplié les échanges avec Vladimir Poutine depuis son arrivée au pouvoir, les migrants et bien sûr l’appartenance du pays à l’Otan qui en fait « l’avant-poste européen d’un Proche-Orient en plein embrasement ». « La Grèce est une des frontières de l’Europe, proche de la Turquie et des Balkans », insiste-t-on aussi à l’Élysée.

Le discours de Manuel Valls à l'Assemblée mercredi

 

Jacques Delors (encore lui) a insisté sur ces aspects dans une tribune publiée par le Financial Times le 5 juillet qui a eu beaucoup d’écho à Bruxelles. « Nous devons voir la Grèce comme un pays au cœur des Balkans, une zone dont l’instabilité n’a pas besoin d’être alimentée, à l’heure d’une guerre ouverte en Ukraine et en Syrie, et d’une menace terroriste grandissante – sans même parler de la crise migratoire », écrit-il.

Ce sont les mêmes inquiétudes qui conduisent les autorités américaines à encourager tant qu’elles peuvent la conclusion d’un accord entre la Grèce et ses créanciers. « Nous continuons à encourager l'ensemble des parties à participer de manière constructive aux discussions », a déclaré mardi Josh Earnest, porte-parole de l'exécutif américain, appelant une nouvelle fois à un compromis. Depuis le référendum grec de dimanche, Barack Obama s’est entretenu avec Alexis Tsipras, Angela Merkel et François Hollande. Selon la Maison Blanche, Obama et Hollande ont évoqué « l'importance de trouver la voie à suivre pour permettre à la Grèce de reprendre les réformes et de retourner vers la croissance (...) à l'intérieur de la zone euro », reconnaissant « que cela va nécessiter des compromis difficiles de tous les côtés ».

Reste la boîte noire du raisonnement français : les risques financiers d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Hollande et Valls répugnent à les évoquer. Ils se sont parfois contredits, l’un disant qu’ils étaient nuls, l’autre s’en inquiétant. « Ce n’est pas le premier argument, ce n’est pas le sujet. On n’est pas des boutiquiers ou des comptables », insiste l’Élysée. Il y a peu, un ministre glissait pourtant sous couvert du off : « On risque d’arriver à quelque chose dont personne ne connaît les effets. » Le président français a tout de même estimé mardi que « la France défend ses intérêts aussi en faisant en sorte que ce soit l’option de l’accord qui l’emporte ». Il a notamment évoqué le « problème des prêts, des liquidités qui ont été apportées et des conséquences que cela aurait sur un certain nombre d’échanges ».

« Objectivement, les conséquences de court terme (d'un Grexit) sont extrêmement minimes », explique à Mediapart Michel Sapin, le ministre des finances. Pour Paris, un “Grexit” ne provoquerait pas de cataclysme économique et financier immédiat : « L’Europe est beaucoup plus forte aujourd’hui pour se protéger, avec le MES [mécanisme européen de stabilité] et avec l’union bancaire, estime Michel Sapin. Et la France est beaucoup plus forte qu’en 2010 ou en 2011. »

La France n’est pas non plus très inquiète d’une éventuelle remontée des taux d’intérêts en cas de sortie de la Grèce de la zone euro : « Les marchés ont banalisé la question grecque », juge Sapin. Le ministre n’est pas davantage paniqué par les pertes pour les finances publiques françaises. Un récent rapport du Sénat avance pourtant un montant total de 65 milliards d’euros d’exposition. Mais en citant aussi bien le prêt bilatéral consenti par la France à la Grèce à hauteur de 11,4 milliards que l’engagement de la Banque de France auprès de la BCE et que les prêts consentis via le Fonds européen (FESF). Cette présentation est un peu « bébête », ironise Michel Sapin. « On ne peut pas additionner des expositions directes et indirectes et des sommes parfois remboursables jusqu’en 2057. Ou alors il faudrait diviser le montant par année. C’est un peu comme Nicolas Sarkozy qui parle de 2 300 euros par foyer français », balaie le ministre des finances.

En revanche, Bercy est bien plus soucieux des répercussions en chaîne que pourrait avoir une sortie de la Grèce de la zone euro. Si les marchés financiers ont anticipé un défaut grec, ils risquent de guetter le prochain pays fragilisé, et de profondément le déstabiliser. « Notre crainte réside dans l’effet de second tour, explique Michel Sapin. Les tensions sur des pays périphériques peuvent provoquer un ralentissement de croissance dans ces pays, et donc ensuite dans l’ensemble de la zone euro. » Un scénario dont l’Europe et tout particulièrement la France n’ont franchement pas besoin.

« Un Grexit montrerait que la zone euro n’est pas stable, explique un autre ministre du gouvernement. On risquerait de voir apparaître des tendances centrifuges, avec la Grande-Bretagne ou l’extrême droite dans des pays de l’Est de l’Europe ou chez nous… Une fois qu’on voit que l’euro n’est pas fort, pas protecteur et pas durable, on ouvre la boîte de Pandore. » Puis : « Une fois que c’est parti, vous ne savez pas où ça s’arrête. »  

« On a besoin de confiance, de visibilité, et pas d’attentisme. Sinon nous aurons encore des décisions d’investissements reportées », et donc une croissance plus faible, juge le ministre des finances. Pour François Hollande, c’est crucial : la présidentielle est dans deux ans et il sait que, sans un bilan économique meilleur et une baisse du chômage, il pourra rentrer en Corrèze. Mais dimanche déjà, on saura si sa stratégie a contribué à sauver la zone euro. Ou si sa réticence à la confrontation aura eu définitivement raison de l'influence de la France en Europe.

 

 

 

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