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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 20:37

 

Source : http://cadtm.org

 

 

Les Grecs ne s’en sortiront pas seuls, là est le principal problème

15 juillet par Jean Gadrey

 

 

CC - flicker

 

Des dizaines de commentaires circulent dans la presse et sur la Toile depuis la signature de ce que Jean-Marie Harribey nomme à juste titre sur son blog « l’accord de Berlin » du 13 juillet 2015, en montrant clairement, texte à l’appui, qu’il s’agit d’une vraie défaite pour le peuple grec et pour la plupart de ceux qui ont voté « Non » au référendum. C’est en l’état un abominable accord néocolonialiste, dans sa version moderne : le néocolonialisme financier.

 

Des « solutions » alternatives sont proposées un peu partout. Parmi elles, on trouve notamment 1) celles de Yanis Varoufakis (« émettre des IOUs » - phonétiquement « I owe you », « je vous dois », des reconnaissances de dettes en euros) ; « appliquer une décote sur les obligations grecques » détenues par la BCE depuis 2012, pour réduire d’autant la dette, et « prendre le contrôle de la Banque de Grèce des mains de la BCE », et 2) celles plus radicales et plus complètes d’Eric Toussaint, qui sont en très résumé les suivantes, au delà de la suspension du paiement de la dette :

1. Les pouvoirs publics grecs constituent de loin l’actionnaire majoritaire des grandes banques grecques (représentant plus de 80% du marché bancaire grec) et devraient donc exercer pleinement le contrôle des banques…

2. Les autorités grecques doivent réquisitionner la banque centrale.

3. Les autorités grecques ont également la possibilité de créer une monnaie électronique (libellée en euro) à usage interne au pays. Les pouvoirs publics pourraient augmenter les retraites ainsi que les salaires de la fonction publique, payer les aides humanitaires aux personnes en leur ouvrant un crédit en monnaie électronique qui pourrait être utilisé pour de multiples paiements : facture d’électricité, d’eau, paiement des transports en commun, paiement des impôts, achats d’aliments et de biens de première nécessité dans les commerces, etc. Contrairement à un préjugé infondé, même les commerces privés auraient tout intérêt à accepter volontairement ce moyen de paiement électronique car cela leur permettra à la fois d’écouler leurs marchandises et de régler des paiements à l’égard des administrations publiques (paiement des impôts et de différents services publics qu’ils utilisent). La création de cette monnaie électronique complémentaire permettrait de diminuer les besoins du pays en euros. Les transactions dans cette monnaie électronique pourraient être réalisées par les téléphones portables comme c’est le cas aujourd’hui en Equateur.
Le gouvernement pourrait également émettre de titres publics en papier sous formes de IOU’s (I Owe You), équivalents à des billets d’euro : 10 euros, 20 euros,… pour faire face à la pénurie de billets en circulation. Ils présentent un avantage par rapport à la drachme car ils laissent la porte ouverte à la négociation et permettent à la Grèce de rester formellement dans la zone euro.

4. Le contrôle sur les mouvements de capitaux doit être maintenu…

5. L’organisme chargé des privatisations doit être dissout…

6. De nouvelles mesures doivent être adoptées dans un souci de justice fiscale en vue de renforcer très nettement celles déjà prises, notamment en décidant de taxer très fortement les 10 % les plus riches (et en particulier le 1% le plus riche) tant sur leurs revenus que sur leur patrimoine. De même, il convient d’augmenter fortement l’impôt sur les bénéfices des grandes entreprises privées et de mettre fin à l’exemption fiscale des armateurs. Il faut aussi taxer plus fortement l’Eglise orthodoxe qui n’a versé que quelques millions d’euros d’impôts en 2014.

7. Une réduction radicale des impôts sur les bas revenus et les petits patrimoines doit être décidée…

11. Réaliser une politique d’emprunt public interne via l’émission de titres de la dette publique à l’intérieur des frontières nationales.

Le problème est que ces mesures, ou encore la sortie totale de l’euro préconisée par d’autres, n’ont aucune chance d’aboutir sans de puissants soutiens populaires et citoyens d’abord en Grèce, mais aussi et peut-être surtout en Europe, permettant d’isoler les « ultras » en Allemagne et ailleurs. Il est aujourd’hui et dans les mois qui viennent bien plus important de contribuer à des mouvements européens de solidarité et de résistance au néocolonialisme financier que de taper sur Tsipras ou sur l’euro, qui ont l’un et l’autre des limites, mais ces limites sont fonction de contextes, pour l’instant déplorables, mais pour l’instant seulement.

En attendant, c’est en grande partie du côté d’Alternatives économiques (et du site AlterEcoPlus) et de La Tribune (les articles de Romaric Godin) que je trouve les meilleures sources de réflexion sur ce sujet terriblement déprimant quand on veut encore croire à la démocratie et à la solidarité. « Indignez-vous », écrivait Stéphane Hessel. Pour le moment, l’indignation n’est pas à la hauteur du scandale.

 

Ajouts du 15 juillet

1) Je me retrouve bien dans cette analyse sombre et critique de Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné : « Le 13 juillet 2015 : un jour sombre pour la Grèce et l’Europe ».

2) Un appel à rassemblement en solidarité avec le peuple grec (accompagné de la prise de position de Varoufakis ci-dessous) aujourd’hui 15 juillet à 19H place de la République circule sur les réseaux sociaux. L’initiative est fragile mais permet d’exprimer le refus de la mise en coupe réglée du peuple grec par la troïka. C’est un enjeu déterminant dans la période de se saisir de toutes les possibilités d’exprimer notre solidarité avec le peuple grec, notre refus de la politique de l’Eurogroupe, et singulièrement, pour ce qui nous concerne, du gouvernement Hollande.

 

Voici la prise de position du 14 juillet de Yanis Varoufakis

NOUS SOUTENONS LE PARTI GREC SYRIZA

” Dans les heures et jours qui viennent, je siègerai au Parlement pour évaluer la législation qui fait partie de l’accord récent du sommet européen sur la Grèce. J’ai également hâte d’écouter en personne mes camarades, Alexis Tsipras et Euclid Tsakalatos, qui ont traversé tant d’épreuves ces derniers jours. Jusque là, je garde mon jugement concernant la législation qui est devant nous. Mais avant, voici quelques premières pensées subjectives attisées par le rapport du sommet européen.

• Un nouveau Traité de Versailles hante l’Europe — j’avais utilisé cette expression dès le printemps 2010 pour décrire le premier prêt à la Grèce qui était en préparation à l’époque. Si cette allégorie était pertinente alors, elle l’est d’autant plus maintenant.

• Jamais auparavant l’Union européenne n’avait prise une décision, qui affaiblit si fondamentalement le projet d’intégration européenne. Les leaders de l’Europe, en traitant Alexis Tsipras et notre gouvernement de la façon qu’ils l’ont faite, ont porté un coup décisif contre le projet européen.

• Le projet d’intégration européenne a en effet, reçu une blessure fatale durant ces derniers jours. Et comme Paul Krugman l’a bien dit, quoique vous pensiez de Syriza ou de la Grèce, ce ne sont ni les grecs ni Syriza qui ont fait mourir le rêve d’une Europe démocratique et unie.

• En 1971, Nick Kaldor, l’économiste renommé de Cambridge, avait mis en garde que forger une union monétaire avant qu’une union politique soit possible mènerait non seulement à un échec de l’union monétaire mais aussi à la destruction du projet politique européen. Plus tard, en 1999, le sociologue anglo-allemand Ralf Dahrendorf avait également alerté qu’une union monétaire et économique diviserait l’Europe plutôt qu’elle ne l’unirait. Toutes ces années j’espérais qu’ils avaient tort. Maintenant, les puissances qu’elles soient à Bruxelles, Berlin ou Francfort ont conspiré pour me donner tort.

• La déclaration du sommet européen d’hier matin se lit comme un document engageant la Grèce sur des termes de capitulation. Elle se présente comme une déclaration confirmant que la Grèce acquiesce à devenir un vassal de l’Eurogroup.

• Cet accord n’a rien à voir avec l’économie, ni avec quelconque considération pour le type d’agenda de réformes capables de sortir la Grèce de son bourbier. C’est purement et simplement une manifestation d’une politique d’humiliation en acte. Même si on est dégouté de notre gouvernement, on doit voir que la liste de demandes de l’Eurogroup représente un abandon majeur de toute décence et raison.

• L’accord du sommet européen signale une annulation complète de la souveraineté nationale, sans mettre à sa place de corps politique supranational et paneuropéen. Les Européens, même ceux qui n’ont rien à faire de la Grèce, devraient s’inquiéter.

• Beaucoup d’énergie a été dépensée par les médias pour savoir si les conditions de la capitulation passeront au parlement grec, et en particulier si des députés comme moi-même se conformeront aux ordres et voteront en faveur de ce projet de lois. Je ne crois pas que ce soit la question la plus intéressante. La question cruciale est : est-ce que l’économie grecque a la moindre chance de s’en sortir avec ces conditions ? C’est la question qui me préoccupera durant les sessions parlementaires qui suivront les jours prochains. La grande inquiétude c’est qu’une capitulation complète de notre part mènerait à l’approfondissement d’une crise sans fin.

• Le récent sommet de l’Euro n’est en effet rien de moins que le moment culminant d’un coup d’État. En 1967, c’était les tanks que les puissances étrangères ont utilisées pour en finir avec la démocratie grecque. Dans mon interview avec Philip Adams sur ABC, j’ai avancé l’idée qu’en 2015 un autre coup d’État était mené par des puissances étrangères, utilisant non plus des tanks, mais les banques. Peut-être que la principale différence ÉCONOMIQUE, est qu’en 1967 la propriété publique de la Grèce n’était pas ciblée, en 2015 les puissances derrière le coup d’État ont réclamé la reddition de toutes les avoirs publics qui restaient, pour qu’ils soient mis au service de notre dette, impayable et insoutenable.”

 

 

Auteur

 
Jean Gadrey

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Source : http://cadtm.org

 

 

 

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