Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 16:55

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Le triomphe d'Alexis Tsipras face à l'Europe de la rigueur

|  Par Amélie Poinssot

 

 

 

En décidant d'organiser un référendum, le premier ministre grec a pris un pari très risqué. Avec plus de 61 %. de «non», c'est un raz-de-marée qui renforce son gouvernement.

 

Athènes, de notre envoyée spéciale.-  La surprise était réelle, chez les partisans du « non » tout autant qu'au sein de Syriza. Une heure à peine après les premières estimations, lorsque tombent les premiers résultats des dépouillements partiels, c'est même la sidération : contrairement aux sondages qui donnaient les deux camps au coude-à-coude avec une très légère avance pour le « non », l'écart est de plus de 22 points! C'est un raz-de-marée contre l'austérité et l'attitude des créanciers du pays, qui va bien au-delà de l'électorat de Syriza : le parti avait recueilli 36,34 % des suffrages le 25 janvier.

Les nouvelles mesures d'austérité voulues par les institutions ont été balayées par le peuple grec, et la tendance n'a fait que se confirmer tout au long de la soirée, au fur et à mesure de l'avancée du dépouillement. Au bout du compte, 61,31 % des électeurs se sont prononcés contre le plan des créanciers du 25 juin. Pas une région du pays ne place le « oui » en tête, pas même les plus conservatrices comme le Magne (sud) ni même les fiefs des leaders de la droite, la Messinie (sud, Antonis Samaras) ou l'Evrytanie (centre, famille Bakoyannis).

Petit à petit, la place Syntagma, devant le parlement, s'est remplie dimanche soir. Embrassades, explosions de joie, sentiments euphoriques. « On les a eus ! », « C'est incroyable ! », « Enfin ! » entend-on de tous côtés. Une foule entonne un chant des partisans crétois. « Quand la nuit sera-t-elle assez claire pour que je puisse viser l'ennemi… ? » Sur les banderoles, on peut lire : « Annulation de la dette ». Les anarchistes sont là aussi, chose inédite en Grèce, pour applaudir le résultat d'un vote. « Et dire qu'on pensait que Tsipras allait être humilié ce soir... », rappelle un manifestant.

Pour Vassiliki Katrivanou, députée Syriza présente au milieu de la foule, « c'est une victoire de la gauche, mais c'est d'abord une victoire du peuple. Les Grecs ont réagi, ils ont montré qu'ils soutenaient la démocratie, ils ont pris leur vie en mains, ils ont exprimé leur dignité ». D'après cette élue de la circonscription de la périphérie athénienne, « les partenaires européens ne pourront pas fermer les yeux sur un tel résultat ».

Depuis le début de l'après-midi, plusieurs dirigeants européens, sentant le vent tourner, ont semblé amorcer un rétropédalage. Emmanuel Macron déclarait, au cours des rencontres économiques d'Aix-en-Provence, qu'une victoire du « non » ne signifiait pas nécessairement un « Grexit » (soit une sortie de la Grèce de la zone euro), qu'il fallait trouver un compromis, sur la base, notamment, de la « soutenabilité de la dette ». « Nous aussi, nous devons faire des efforts », ajoutait-il.

Mais bien malin qui pouvait prédire, ce dimanche soir, comment les Européens allaient tirer des leçons du « non », et ce qu'ils seraient prêts à concéder face à un Tsipras fort d'un mandat populaire encore plus clair que l'élection du 25 janvier dernier qui l'a amené au pouvoir. Prenant la parole dans la soirée, Alexis Tsipras a indiqué que son gouvernement allait retourner « dès demain » à la table des négociations. « La démocratie ne peut pas être soumise à un chantage. (...) Nous voulons l'Europe de la solidarité et de la démocratie », a-t-il déclaré.

 

«La démocratie ne peut pas être soumise à un chantage», a dit Alexis Tsipras dimanche soir
«La démocratie ne peut pas être soumise à un chantage», a dit Alexis Tsipras dimanche soir © Gouvernement grec
 

« Ce résultat confirme que les Européens n'ont pas d'autre interlocuteur en Grèce que Tsipras, analyse pour Mediapart Gerassimos Moschonas, chercheur en sciences politiques. S'ils refusent de renégocier, ce sera une preuve trop évidente de l'absence de démocratie. En même temps, le compromis devient plus difficile. Avec une telle différence en faveur du "non", une austérité de gauche" ne semble plus possible, et la rupture paraît plus probable. » C'est un basculement historique, juge ce chercheur de l'université Panteio à Athènes : « Alors que l'idéologie pro-européenne était hégémonique en Grèce dans les années 1990 et 2000, ce n'est désormais plus le cas. C'est aussi l'une des contradictions de ce vote. Les Grecs restent attachés à l'Union européenne, mais ils ne veulent pas de cette Europe-là. »

Parallèlement à l'annonce des résultats, les télévisions diffusaient ce sondage significatif : 83 % des électeurs souhaiteraient rester dans la zone euro. Les partenaires de la Grèce lui en donneront-ils les moyens ?

Les questions étaient nombreuses ce dimanche soir, malgré le message sans ambiguïté sorti des urnes. Les observateurs, familiers des rebondissements politiques grecs, étaient eux-mêmes abasourdis. « C'est inouï, nous dit au téléphone le politologue Michalis Spourdalakis, un proche de Syriza, en même temps qu'il suit en direct les résultats sur son écran de télévision. Le "non" l'emporte alors que les banques étaient fermées toute la semaine, que les médias nous ont matraqués avec le "oui" y compris, alors que c'est interdit, pendant le week-end électoral, et que l'opposition a tout fait pour faire tomber le gouvernement ! »

Loin d'annoncer des lendemains qui chantent, l'universitaire reste toutefois prudent. « Les négociations ne vont pas être faciles. Il va falloir affronter, encore une fois, les forces du marché. Il ne pourra pas ne pas y avoir d'austérité dans le prochain accord. Mais il ne pourra pas non plus ne pas y avoir de changement. » Surtout, ce résultat envoie un message limpide à Bruxelles : « Les Européens doivent repenser la question de la démocratie et celle du processus de prise de décision. Le gouvernement grec aura réussi à faire de la Grèce la première grande voix qui se sera élevée contre l'Europe néolibérale. »

L'exécutif grec sort renforcé et Tsipas a définitivement resserré les rangs de Syriza alors qu'à force de concessions aux créanciers, il ne contrôlait plus ses troupes ces dernières semaines. Un léger remaniement n'est toutefois pas à exclure dans les tout prochains jours, car plusieurs ministres avaient exprimé de fortes réserves lorsque le chef de l'exécutif s'était engagé sur la voie du référendum. Notamment Yannis Dragasakis, le n° 2 du gouvernement et tête pensante du programme économique de Syriza. Yanis Varoufakis a lui annoncé dès lundi matin qu'il démissionnait de son poste de ministre des finances, expliquant que les négociations entre Athènes et ses créanciers se dérouleraient mieux sans lui.

 

Devant le parlement, dimanche soir, après l'annonce des premiers résultatsDevant le parlement, dimanche soir, après l'annonce des premiers résultats © Amélie Poinssot
 

Une chose est sûre : en organisant ce référendum, Tsipras a fait preuve d'une intelligence politique rare. Il a senti son peuple, à contre-courant de ce que disaient les médias du pays. En réalité, c'est déjà sa troisième victoire politique en à peine plus d'un an : il y a eu les européennes de mai 2014, où Syriza est arrivé en tête ; et il y a eu les législatives de janvier, qui l'ont magistralement mené au pouvoir. Tout entier absorbés par leur intransigeance et leur incapacité à dévier du paradigme austéritaire, les Européens et le FMI n'ont pas mesuré les dynamiques de la société hellène.

Ils croyaient, et la droite grecque avec eux, que la menace du retour à la drachme et d'une sortie de la zone euro allait conduire les Grecs vers le « oui ». C'est l'inverse qui s'est produit : c'est la prise de risque de leur premier ministre qui a plu aux électeurs. « Sans aucun allié en Europe, contesté au sein même de son parti, Tsipras s'est tourné instinctivement vers le peuple, c'est en lui qu'il a trouvé un nouvel allié », philosophait dimanche soir, dans un café d'Athènes, l'écrivain Makis Malafékas (retrouver son blog dans le Club de Mediapart).

« Quand on pense que le camp du "oui", pour son dernier meeting, avait invité Nana Mouskouri et Nikos Aliagas, croyant qu'en organisant un beau gala, ils allaient réussir à convaincre les électeurs… C'était se méprendre complètement sur le sens de l'Histoire. » Car l'on rit aussi, ce dimanche soir, dans les rues d'Athènes. Et cela fait du bien. « Allez, salut Antonis ! » entonne la foule sur Syntagma lorsqu'à 23 heures, le chef de la droite de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, annonce sa démission de la tête du parti.

De fait, ce référendum est un cataclysme pour Nouvelle Démocratie qui pariait sur l'échec, à court terme, du gouvernement Tsipras. « C'est tout l'ancien système des partis gouvernementaux qui a perdu, décrypte Gerassimos Moschonas. Une nouvelle élite politique s'organise maintenant autour de Tsipras. » C'est un échec cuisant, aussi, pour les centristes de Potami (« La Rivière »), parti né l'an dernier autour d'un journaliste vedette et de figures du monde des affaires, très écouté à Bruxelles. Et c'est une belle leçon à tous ces Européens, politiques et éditorialistes, qui expliquaient depuis trois ans aux Grecs ce qu'il fallait voter, ce qu'il fallait penser.

 

 

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22