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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 15:17

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

Les luttes contre les grands projets inutiles forment un réseau souterrain

2 juin 2015 / Diane Robert
 


 

 

Les luttes contre les Grands projets inutiles du monde entier sont liées. Tel le rhizome, cette tige de plante souterraine définie par des principes de connexion et d’hétérogénéité et qui ne comporte pas de structure profonde : si on le rompt, le rhizome peut repartir. Ces luttes ne sont pas figées, elles se transforment sans cesse et échappe à l’emprise néolibérale en construisant d’autres modes d’existence…


Il y a un peu plus d’un an à Stockholm, j’ai rencontré un Suédois qui faisait partie d’un mouvement en lutte contre l’implantation d’une mine de fer à Gállok dans le nord du pays, en territoire Sami. Avec des amis, ils avaient bloqué la voie d’accès au site où ils avaient installé un camp, et ils s’étaient suspendus dans les arbres. Le blocage de la route avait duré tout l’été, puis ils s’étaient fait violemment déloger par la police.

 

"Comme si ces luttes n’étaient pas isolées"

Ce qu’il racontait me semblait faire écho à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes : même indignation contre un projet nuisible, symbole d’une société insoutenable et sous l’emprise des grandes entreprises ; même déficit de démocratie ; même répression de la contestation. Et surtout, des modes d’action étrangement ressemblants.

Ce qui en fait n’était pas si étrange : l’année d’avant, il s’était rendu à Notre-Dame-des-Landes. Et c’est dans la forêt de Hambach en Allemagne qu’il en avait entendu parler (la forêt de Hambach était elle aussi occupée pour contrer un projet d’extension d’une mine de charbon déjà tellement vaste qu’on la surnommait « le Mordor »).

Sa trajectoire, une parmi tant d’autres, paraissait illustrer le lien entre les luttes d’opposition aux Grands projets inutiles imposés, qui sont des luttes profondément ancrées dans le territoire, et qui s’appuient d’abord, dans la plupart des cas, sur le refus des riverains directement concernés.

Comme si ces luttes n’étaient pas isolées ; comme si elles n’étaient pas uniquement déterminées par leur situation locale spécifique, mais insérées dans un enchevêtrement complexe d’échanges, d’interdépendances, d’influences avec les autres luttes. Un enchevêtrement déployé sur le territoire du continent, voire du monde.

Je me suis alors demandé quelle forme prenait cet enchevêtrement, comment le décrire, comment rendre compte des liens entre les individus et les groupes qui constituent ces mouvements d’opposition.

 

Les rhizomes de la lutte

Les mouvements sociaux prennent des formes en adéquation avec les sociétés dont ils font partie (et qu’ils contribuent à changer). Ils évoluent avec elles. Au XIXe siècle, ils s’inséraient dans un système de classe relativement clair et structuré. Aujourd’hui, on parle de « réseaux » de militants, de la même façon qu’il y a des réseaux de villes, des réseaux d’information. Les « réseaux de militants » font partie de la « société en réseaux », de la société de flux.

Dans un registre plus poétique, les luttes altermondialistes, celles qui s’opposent à la société de contrôle et au néolibéralisme, sont parfois décrites par des métaphores : Hardt et Négri ont consacré un ouvrage à « la multitude » ; Naomi Klein a évoqué l’image de « l’essaim ». Sous le titre Constellations, le collectif Mauvaise Troupe a rassemblé les « trajectoires révolutionnaires » de l’aube du XXIe siècle.

 

 

Mais le terme que je préfère, c’est celui de rhizome. En botanique, un rhizome est une tige de plante souterraine. Le terme a été repris par Deleuze et Guattari dans leur livre Mille Plateaux. Le concept de rhizome y est défini par des principes, notamment les principes de connexion et d’hétérogénéité qui spécifient que "n’importe quel point d’un rhizome peut être connecté a un autre, et doit l’être", qu’un rhizome ne comporte pas de structure profonde comme il y en aurait dans un arbre, et le principe de rupture assignifiante : si on le rompt, le rhizome peut repartir.

Pour résumer, le rhizome est comme un réseau qui serait en plus marqué par une certaine multiplicité, par une relation intense avec son environnement et par un potentiel de transformation.

 

Construire d’autres modes d’existences

Quand je pense aux mouvements opposés aux GPII, je vois des rhizomes. Même si certains profils de mouvements ou d’individus se retrouvent plus souvent que d’autres (par exemple des écologistes, des retraités qui ont plus de temps à consacrer à la lutte...), ce qui frappe, c’est la grande diversité de celles et ceux qui s’y impliquent. Les connexions se multiplient entre les gens et les mouvements, à différentes échelles – localement autour de l’opposition à un projet, à l’échelle continentale ou mondiale comme lors des Forums Contre les GPII… Et les mouvements, certains plus que d’autres, préfèrent l’horizontalité aux structures hiérarchiques traditionnelles (même s’il y a toujours des disparités de pouvoir et de représentation entre les mouvements et les militants).

 

JPEG - 103.8 ko
Carte basée sur un inventaire non exhaustif des luttes contre les GPII en lien avec le mouvement de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes

 

Le rhizome n’est pas figé, il se transforme et il transforme. Les mouvements contre les GPII se renouvellent sans cesse, les énergies se déplacent d’une lutte à l’autre...

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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