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1 juin 2015 1 01 /06 /juin /2015 17:43

 

 

Source : http://psychanalysedelindicible.com

 

 

La voix intérieure d’un autiste de 13 ans

« Je crois que les autistes sont nés en dehors de la civilisation.
J’ai écrit cette histoire dans l’espoir qu’elle vous aide à comprendre à quel point il est douloureux de ne pas pouvoir communiquer avec ceux que nous aimons. »
SAIS-TU POURQUOI JE SAUTE ? Naoki Higashida (p.148-149)

 

Naoki

 

A la question : « C’est quoi le pire, quand on est autiste ? », le jeune Naoki Higashida, né en 1992, 13 ans à la rédaction du livre, répond avec lucidité :

« Les gens qui s’occupent de nous diront par exemple : « S’occuper de ces enfants, c’est un sacré boulot, vous savez ! » Mais nous, nous qui causons les problèmes et qui sommes si maladroits dans presque tout ce que nous essayons de faire, vous êtes loin d’imaginer à quel point nous pouvons nous sentir tristes et pitoyables. »

Avec profondeur et un discernement bouleversant, il poursuit :

« Quand un autiste fait quelque chose de mal et qu’on le gronde ou qu’on se moque de lui alors qu’il n’est même pas capable de s’excuser – et ça arrive tout le temps – il finit par se haïr et par désespérer de la vie. Comment ne pas se demander pour quoi nous sommes venus au monde sous forme humaine, si c’était pour vivre ça ? »

Ce témoignage hors du commun nous convie à pénétrer dans l’univers d’un jeune autiste et y découvrir ses émotions, ses angoisses, ses peurs, ses inquiétudes, ses doutes et ses joies aussi.

Quelques temps après avoir rangé l’ouvrage dans ma bibliothèque, comme si souvent auparavant, je songeais à un petit garçon comme Naoki, cher à mon coeur, si proche et si lointain à la fois, et me revinrent en mémoire les derniers mots de Saint-Exupéry dans le Petit Prince, lorsque face à l’étoile, toute petite dans l’immensité du ciel, il écrit : « Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… » J’ai alors eu envie de retrouver le Petit Prince et de vous le présenter, à travers quelques lignes recueillies ça et là, tel qu’il m’est apparu…

 

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Naoki : « J’ai écrit cette histoire dans l’espoir qu’elle vous aide à comprendre à quel point il est douloureux de ne pas pouvoir communiquer avec ceux que nous aimons. Si cette histoire vous touche d’une façon ou d’une autre, je crois que vous serez capable de vous relier au coeur des personnes avec autisme. » 

Naoki confie avoir du mal à trouver les mots, à parler quand on l’y invite, à répondre quand on l’interroge. Pourtant, dès les permières lignes, il nous entraîne délicatement et habilement dans son monde :

« Je sais que j’ai beaucoup de souvenirs agréables, mais ceux qui reviennent en flash-back sont toujours les mauvais. Tout-à-coup je suis complètement bouleversé, alors j’éclate en sanglots ou bien je commence à paniquer. Peu importe que ce souvenir soit très ancien, le même sentiment d’impuissance que j’ai éprouvé alors m’envahit et ça ne s’arrête plus. » (p.65)

« Les lettres et les symboles sont beaucoup plus faciles à saisir pour nous que les formes orales des mots, et nous pouvons les faire apparaître à volonté. » (p.81)

Les perceptions de Naoki sont amplifiées ou atténuées, il justifie les réactions qui en découlent :

« Se boucher les oreilles est un moyen de me protéger et de retrouver mes repères spatiaux » (p.82)

« Je reste incapable de sentir quand j’écrase un pied ou bouscule quelqu’un sur mon passage. Il semble bien que les connexions de mon sens tactile soient un peu défaillantes. » (P.85)

« Un autiste, lui, sera d’abord assailli par les détails et seulement ensuite, peu à peu, détail après détail, il parviendra à reconstituer une sorte de forme d’ensemble. »

 

PP

 

Avec une touchante sincérité, Naoki exprime sa fascination devant la beauté et sa terreur d’être physiquement touché par autrui :

« Quand une couleur est éclatante ou qu’une forme est attrayante, alors c’est ce détail-là qui attire notre attention et j’ai l’impression que mon coeur de noie dedans. Je ne peux plus me concentrer sur rien d’autre. » (p.93)

« S’adapter aux changements de situation, c’est un vrai défi pour nous. Plus généralement, être touché par quelqu’un d’autre, pour un autiste, signifie que celui qui le touche exerce un contrôle sur son corps, alors que lui, propriétaire de ce corps, n’arrive justement pas à le maîtriser. C’est comme si on nous ôtait ce que nous sommes. Il y a une autre terreur : si on nous touche, nos pensées risquent de devenir visibles. (…) Nous bâtissons une barricade autour de nous pour tenir les gens à distance. » (P.58/59)

Le corps qui semble clivé, qui n’adhère pas avec le reste, le corps qui échappe à tout contrôle, c’est celui que décrit le jeune auteur :

« C’est comme si j’avais l’impression que mon corps tout entier, sauf mon âme, appartenait à quelqu’un d’autre et que je n’avais aucun contrôle sur lui. » « Un autiste a beaucoup de mal à imiter un mouvement parce qu’il connaît mal son corps. » (p.60)

« Nous n’avons jamais vraiment l’impression que notre corps nous appartient. Il a toujours tendance à agir « de lui-même », et à échapper à notre contrôle. Coincés à l’intérieur, nous devons lutter très dur pour lui faire faire ce que nous voulons… » (p.70)

« Quand je saute (…), c’est comme si j’envoyais mes sentiments vers le ciel. (…) En bondissant, je sens mieux les différentes parties de mon corps, mes jambes qui poussent vers le haut, mes mains qui applaudissent, et ça me donne tellement de plaisir… » (p.79)

« Un vêtement, c’est un prolongement du corps , une deuxième peau, et il est rassurant de s’habiller toujours de la même façon, de n’avoir qu’une seule tenue. Comme on fait vraiment tout ce qu’on peut pour se protéger de l’incertitude, porter des affaires confortables et qu’on aime bien, c’est une façon de se rassurer. » (p.95)

« Mon ami ne me donnait jamais d’explications. Il me croyait peut-être semblable à lui. Mais moi, malheureusement, je ne sais pas voir les moutons à travers les caisses. »
A. De Saint-Exupéry, Le Petit Prince

 

PP2)

 

Naoki rend compte de ses difficultés à obéir et de son incapacité à s’adapter à un monde dont certains codes lui demeurent obscurs :

« Ce qu’on nous interdit, il faudrait quand même arriver à ne pas le faire. Comment, puisque nous sommes des êtres pensants, pouvons-nous sortir de ce cercle infernal ? Vaste question. Je travaille dur à essayer de résoudre ce problème, mais ce travail me demande une énorme énergie. Parvenir à me contrôler moi-même, c’est vraiment, vraiment très dur. C’est dans ces moments-là que les autistes ont besoin de votre aide, de votre patience, de vos conseils et de votre amour. Bien sûr, nous aimerions que vous nous empêchiez de faire ce que nous ne sommes pas censés faire, mais aussi que vous compreniez ce que nous traversons dans ces moments-là. » (p.134)

« L’obsession sur un objet quel qu’il soit finit par s’épuiser complètement. STOP. Quand ce signe apparaît, je me sens libéré, comme quelqu’un qui peut enfin écarter tous ses mauvais rêves de la nuit précédente. » (p.136)

« Mais les yeux sont aveugles, il faut chercher avec le coeur. »
A. De Saint-Exupéry, Le Petit Prince

 

PP4

 

La sensibilité de Naoki, la justesse de son jugement et la finesse de son raisonnement nous ont permis de nous frayer un chemin vers son monde, un monde tout en retenue, en intelligence et en sagesse. Il nous en a délicatement offert les clefs pour découvrir les subtilités de l’autisme et réviser nos conceptions.

« Une des pires erreurs que vous faites à notre sujet, c’est de croire que nos sentiments ne sont pas aussi subtils que les vôtres. Comme notre comportement vous paraît extérieurement infantile, vous en déduisez que nous sommes infantiles à l’intérieur. Pourtant nous avons les mêmes émotions que vous. »

« La nature me calme quand je suis furieux et elle rit avec moi quand je suis heureux. Vous pensez qu’il est impossible que la nature soit une amie, en tout cas au sens propre. Mais les êtres humains font partie du règne animal et peut-être que nous, les autistes, avons gardé une sorte de conscience « atavique » de cela, enfouie au plus profond de nous. » (p.122)

« Bien que les autistes ressemblent à tout le monde, nous sommes en fait très différents, par bien des côtés. Nous sommes plutôt comme des voyageurs venus d’un très, très lointain passé. Et si, par notre présence ici, nous pouvions aider les gens à se souvenir de ce qui est vraiment important pour la Terre, cela nous procurerait une joie sereine. » (p.148)

 

PP3

 
« Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien de l’univers n’est semblable si quelque part, on ne sait où, un mouton que nous ne connaissons pas a, oui ou non, mangé une rose… Regardez le ciel. Demandez-vous : « Le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? » Et vous verrez comme tout change… Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d’importance ! »
A. de St Exupéry, Le Petit Prince

 

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Bibliographie

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Naoki Higashida, Sais-tu pourquoi je saute ?, Editions Des Arènes, Paris 2014

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

 

 

Source : http://psychanalysedelindicible.com

 

 

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