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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 15:08

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

Ce que préparent les mairies «indignées» en Espagne

|  Par Ludovic Lamant

 

 

Les investitures aux municipales se déroulent samedi, avec, en particulier, l'entrée en fonction d'Ada Colau à Barcelone et Manuela Carmena à Madrid. D'autres plateformes citoyennes vont diriger des villes comme Saragosse, La Corogne ou Cadix. Salaire des élus, audit des dettes municipales, blocage des expulsions immobilières… Quelles sont les mesures dans les tuyaux ?

Après avoir inventé des années durant des contre-pouvoirs de toute sorte (ici ou ), le mouvement « indigné » qui a surgi en 2011 s'apprête à prendre le pouvoir, samedi, dans les deux plus grandes villes d'Espagne et une poignée d'autres grandes municipalités à travers le pays. C'est un séisme dans le paysage politique espagnol, presque inchangé depuis la fin de la transition post-franquiste, au début des années 1980.

 

 

À Barcelone, l'activiste Ada Colau, 41 ans, à la tête de Barcelona en Comú, va devenir la première femme à diriger la ville, après un accord passé avec les socialistes catalans du PSC, la gauche indépendantiste de l'ERC et la CUP, une formation de gauche radicale et indépendantiste, qui devrait lui donner la majorité absolue. La cofondatrice, en 2009, de la PAH, cette plateforme anti-expulsions immobilières qui a essaimé dans tout le pays au plus dur de la crise, devait participer, samedi en fin de journée, à une grande fête pour célébrer l'investiture, place Sant Jaume, dans le centre historique de la ville (ci-contre).

De son côté, l'ex-juge de 71 ans Manuela Carmena, figure des luttes anti-franquistes et tête de liste de Ahora Madrid, a conclu un pacte avec les socialistes du PSOE, qui devaient, sauf ultime rebondissement, voter pour son investiture et bloquer la candidate ultra-droitière du parti populaire (PP), Esperanza Aguirre. Pour la première fois depuis 24 ans, le PP n'est plus aux manettes de la capitale. À La Corogne (Galice), à Cadix (Andalousie) ou Saragosse (Aragón), d'autres figures issues des mouvements sociaux et citoyens vont, elles aussi, entrer en fonction.

Ces candidatures de « convergence », à géométrie variable, portées par des mouvements sociaux anti-austérité, des syndicats mais aussi par des partis politiques plus traditionnels à la gauche du PSOE, ont bousculé le paysage espagnol, à l'issue des élections municipales du 24 mai. Sept ans après l'éclatement de la bulle immobilière, elles vont devenir le laboratoire d'une autre manière de faire de la politique. À Valence, la troisième ville d'Espagne, c'est un autre exécutif de gauche alternative qui devait se former, avec un maire issu de Compromís (une coalition de gauche qui n'est pas liée au mouvement « indigné » du 15-M), soutenu par le PSOE local et le mouvement citoyen València en Comú.

Le sort de Podemos dans les urnes leur est désormais lié. Si ces plateformes citoyennes engrangent les succès dans leurs premiers mois au pouvoir, elles renforceront un peu plus la dynamique du mouvement anti-austérité de Pablo Iglesias, à l'approche des législatives, prévues pour novembre. À l'inverse, en cas d'échec, Podemos pourrait se trouver déstabilisé. Passage en revue des principaux éléments de leurs programmes.

Des baisses de salaire des élus
C'est la mesure partagée par toutes les plateformes citoyennes : les conseillers municipaux élus se sont engagés à baisser leurs salaires. À Barcelone, ce sera assez spectaculaire, conformément au « code d'éthique » (à télécharger ici) que chaque candidat a signé avant de se présenter : Ada Colau gagnera 2 200 euros par mois (un peu plus de trois fois le salaire minimum en Espagne). Soit 37 000 euros par an, contre 144 000 euros pour son prédécesseur.

À Madrid, les conseillers ne toucheront pas plus de 2 594 euros, sauf ceux, au sein de Ahora Madrid, qui sont également membres de Podemos, pour qui le plafond sera de 1 930 euros. La maire Manuela Carmena touchera 40 000 euros sur l'année, contre 100 000 précédemment pour le même poste. Mais ces mesures, annoncées de longue date, ne vont pas pour autant entraîner de véritables économies dans le budget des mairies.

Dans la plupart des cas, il s'agira de reverser la différence entre le salaire total et le plafond fixé par les candidats, au parti (c'est le cas de Podemos) ou à des associations caritatives, choisies au coup par coup. Dans certains lieux, comme à Saint-Jacques-de-Compostelle, il est prévu une modification des statuts municipaux pour baisser les salaires de l'ensemble des conseillers municipaux, qu'ils soient élus des plateformes citoyennes ou non. Il en est également question à Barcelone, mais Ada Colau aura sans doute du mal à trouver une majorité sur ces questions au sein du conseil municipal. Barcelona en Comú a aussi promis la suppression des voitures officielles.

À Barcelone, un « plan de choque » face à la crise

 
 

"En España ha habido una revolución democrática"- Alcaldesa electa de Barcelona @AdaColau http://ow.ly/NVdVG 

 

 

 

Certaines des promesses de Barcelona en Comú, pas forcément les plus décisives, ont déjà fait grand bruit. C'est le cas de la décision de supprimer la subvention annuelle de 4 à 4,5 millions d'euros versée par la mairie de Barcelone au Grand prix de Formule 1 d'Espagne (le circuit est situé dans le nord de Barcelone) : « Ce n'est pas la priorité », s'est justifiée Ada Colau qui promet de réutiliser cet argent pour des aides à l'alimentation.

Autre mesure : le moratoire décidé sur la construction et l'ouverture d'hôtels à Barcelone, qui durera tant qu'un « audit citoyen » travaillera sur les manières d'adoucir l'impact du tourisme de masse sur la ville catalane. Concrètement, cela signifie que l'un des projets immobiliers phares de la précédente mandature, l'ouverture par un fonds d'investissement étranger d'un hôtel luxueux dans la tour Deutsche Bank, sur le Passeig de Gràcia, l'une des grandes artères chics de la ville, est bloqué.

Dans le même ordre d'idées, des privatisations en cours de crèches seront gelées, tout comme les extensions prévues de plusieurs centres commerciaux. Au-delà, c'est tout un plan de relance de la ville qui a été imaginé, chiffré à 160 millions d'euros d'investissements (à télécharger ici). Il est question de créer 2 500 emplois en investissant 50 millions d'euros dans la rénovation énergétique des logements, le recyclage des déchets ou encore le soutien aux économies coopératives (Barcelone compte un peu moins de 100 000 chômeurs).

 

Des plateformes « laïques » en Galice

Ada Colau sera très attendue sur la question des expulsions immobilières (on parle d'une quinzaine d'expulsions quotidiennes à Barcelone en 2015). Elle a beaucoup promis sur ce front, et les sceptiques rappellent que les municipalités ont en fait peu de compétences en la matière. La nouvelle mairie veut mettre en place une structure formalisée pour aider au dialogue entre les banques, les autorités politiques et les ménages menacés d'expulsion. Elle veut aussi – et la mesure risque de faire des vagues – taxer les établissements bancaires qui continuent de détenir des bureaux vides, pour financer du logement social.

Face à la crise sociale, l'une des propositions phares est celle d'un salaire complémentaire, une sorte de « RSA municipal », qui serait versé aux ménages les plus pauvres, victimes de la précarité énergétique. Il reste un dossier ultrasensible en Catalogne, sur lequel, jusqu'à présent, Ada Colau a manœuvré avec un sens politique impressionnant : l'indépendance de la Catalogne, à l'approche d'élections régionales le 27 septembre prochain.

La nouvelle maire de Barcelone réclame le fameux « droit à décider » (c'est-à-dire la tenue d'un référendum en bonne et due forme sur l'indépendance, ce que Madrid, jusqu'à présent, refuse), mais ne va pas jusqu'à plaider ouvertement pour l'indépendance de la Catalogne. Le sujet divise énormément au sein de Barcelona en Comú, entre des indépendantistes « de gauche » (venus du Proces Constituent, par exemple) et des membres plus réfractaires (parmi les écolos d'ICV, ou encore au sein de Podem, la déclinaison catalane de Podemos).

L'ERC, la gauche indépendantiste catalane, favorite des élections de septembre, a tenté de forcer Colau à se positionner plus franchement, en échange de son soutien politique pour l'investiture de samedi. Mais l'intéressée est restée prudente.

 

Manuela Carmena, le 25 mai à Madrid.Manuela Carmena, le 25 mai à Madrid. © Juan Medina / Reuters.


À Madrid, un audit de la dette municipale
C'est l'une des promesses phares de Ahora Madrid, reprise dans le texte d'accord avec les socialistes publié vendredi (à télécharger ici) : un audit de la dette municipale, qui s'annonce musclé après 24 années de gestion du PP et une dette accumulée de sept milliards d'euros. L'objectif, selon le document, sera de traquer « les surcoûts dans les travaux publics, les contrats de maintenance, les contrats de service […] et les processus en cours de privatisation des services municipaux ».

Certains économistes sont déjà montés au créneau pour exprimer leur scepticisme – en particulier parce que la municipalité, si elle souhaite restructurer sa dette, devra négocier avec des banques, les mêmes avec lesquelles elle va sans doute devoir ouvrir un autre front, et entrer en conflit, si elle souhaite bloquer les expulsions pour impayés des ménages… L'affaire s'annonce donc, sinon impossible, en tout cas ardue.

Au programme également, un durcissement de la fiscalité sur les entreprises et des garanties, pour les ménages les plus pauvres, dans l'accès à l'eau et à l'électricité. Il est aussi question, dans le document, d'une ambitieuse refonte des services administratifs et de « critères transparents et objectifs » pour sélectionner et rémunérer le personnel administratif. En Espagne, des critiques dénoncent depuis des années l'emprise des partis politiques sur l'administration, ce qui nuirait à son efficacité.

 

Une affiche de campagne non officielle : Manuela Carmena, Angela Davis
Une affiche de campagne non officielle : Manuela Carmena, Angela Davis
 

L'équipe de Ahora Madrid pourrait aussi rouvrir le dossier mémoriel, comme le sous-entend, dans une tribune récente, l'une de ses conseillères municipales, la philosophe Montserrat Galcerán. La loi sur la mémoire historique adoptée sous le premier mandat Zapatero pour tourner la page du franquisme n'a en effet jamais été totalement appliquée, et la municipalité pourrait prendre des initiatives pour poursuivre le travail lancé par l'ex-chef de gouvernement socialiste. En Galice, les plateformes citoyennes élues ont déjà annoncé qu'elles n'avaient pas l'intention de participer à des actes religieux prévus en juillet, au nom de la « laïcité » – une vraie rupture dans l'Espagne post-franquiste, là encore.

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Pour en savoir plus sur la nouvelle donne espagnole, notre débat, organisé le 4 juin dans les locaux de Mediapart :

 

 

 

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