Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 17:37

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Arduino 03/05/2015 à 19h33
« Les gens nous disent : “On peut imprimer une maison.” Mais non »
Rémi Noyon | Journaliste Rue89

 

 

Ces bidouilleurs du numérique ambitionnent de changer le monde. Politiques et entreprises sentent la bonne affaire. Mais c’est un peu plus compliqué. Reportage.

 

Un exposant à côté d’un robot présenté à la Maker Faire Paris, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

A première vue, cela ressemble à un rassemblement hétéroclite d’artistes allumés (), d’ingénieurs et de passionnés de robotique (« Les tendons, ce sont des ressorts d’essuie-glace ? »).

Il y a l’anecdotique – un bâtonnet équipé de capteurs qui permet de ne pas rater ses cocktails – et le plus sérieux – un concentrateur solaire pour produire de l’électricité.

Dans les coins, des barbus jargonnent allègrement. Un étudiant en informatique s’enthousiasme devant un bras robotique construit avec des pièces récupérées : « C’est magnifique, épique, dément. »

Ce sont des « makers », des bidouilleurs du numérique. Ils aiment l’« Open Hardware », les imprimantes 3D et le tutoiement. Ce dimanche, je suis allé faire un tour à la « Maker Faire », dans un coin de la foire de Paris. Ce mouvement, très vivace aux Etats-Unis, est le prolongement « numérique » du « Do It Yourself » (DIY).

A la Maker Faire, à Paris, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Il paraît que se joue là une nouvelle révolution industrielle. La secrétaire d’Etat au Numérique, Axelle Lemaire, est passée dire bonjour et a pris quelques photos. En plaisantant, elle a redit qu’il faudrait organiser une « Maker Faire » à l’Elysée. Certains parlent de se réconcilier avec la technologie, d’autres n’ont à la bouche que les mots « relocalisation » et « rematérialisation ». Et le cabinet Deloitte fait des études économiques aux titres grandiloquents : « Le futur de la production ».

« Personnalisation de masse »

A deux pas d’une sculpture qui s’allume lorsque des visiteurs tweetent avec le hashtag de l’évènement (#mfp15), je tombe sur Pierre-Emmanuel, un sympathique gaillard, qui commence à fatiguer, derrière ses deux imprimantes 3D. Derrière lui, une bannière l’identifie comme donnant dans l’« artisanat numérique ».

Pierre-Emmanuel, derrière son stand, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Le jeune homme a écrit un mémoire [PDF] quasi philosophique sur le mouvement Maker – « De l’artifice du besoin à la réappropriation nécessaire de nos désirs » (et pourtant, il n’avait « pas pris de drogue ce jour-là »)  :

« Les années 2000 ont vu de vastes mouvements de délocalisation. Les imprimantes 3D peuvent favoriser une localisation de proximité. Des micro-unités de production, sur le modèle des Fablabs. »

C’est (presque) un vieux thème. L’idée que l’imprimante 3D permettra des productions localisées et personnalisées. C’est à la fois la « fabrication distribuée » et la « personnalisation de masse ». On retrouve là des visions utopistes du futur (de petites unités de production décentralisées, la fin du gaspillage, etc.), mais aussi une modalité de l’économie, qui n’est pas sans rappeler la fameuse maxime de Confucius :

« Il vaut mieux proposer à un pauvre de lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »

Il est d’usage de citer le philosophe André Gorz et son texte « La sortie du capitalisme a déjà commencé » [PDF] :

« Les outils high-tech existants ou en cours de développement (...) pointent vers un avenir où pratiquement tout le nécessaire et le désirable pourra être produit dans des ateliers coopératifs et communaux ; où les activités de production pourront être combinées avec l’apprentissage et l’enseignement, avec l’expérimentation et la recherche. »

Le kit pour fonder une civilisation

Pile dans cette veine « utopiste », voici le stand du projet Open Source Ecologie. Venu des Etats-Unis, il a pour but de développer un « global village construction set » (GVCS) : 50 machines en kits dont les plans sont en ligne, réutilisables et améliorables par tout le monde, pour « répondre aux besoins primaires d’un village soutenable et autonome ». Une sorte de meccano pour fonder une nouvelle civilisation.

 

Oriane, 28 ans, fait la liste des avantages immédiats : « Cela limite le gaspillage, l’obsolescence programmée. »

Je me dis qu’on n’est parfois pas très loin du « solutionnisme technologique », l’idée que la technologie peut résoudre « facilement » des problèmes sociaux.

Je tombe ainsi sur un designer sympathique, fraîchement sorti d’école, qui tripote des cactus dans des prototypes en plastique. La brochure qui traîne sur la table fait frissonner :

« Nous travaillons sur les cyborgs végétaux destinés à augmenter les plantes et leur donner de nouveaux usages et de nouveaux comportements. »

 

Pierre-Louis et le prototype de « plante connectée », le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Des plantes connectées... Le gentil designer (il s’appelle Pierre-Louis) me renseigne :

« La base robotique est équipée de capteurs – humidité, luminosité, richesse du sol. La plante est montée sur des roues. La base va traduire les besoins de la plante et la plante va se déplacer. On peut imaginer que le système repère les zones les plus polluées de la ville et que les plantes convergent vers cette zone pour en absorber le CO2. »

Dans le même genre de réponse simple à un problème complexe, il y a les Balloons, dont l’idée semble altruiste, mais dont on voit vite les dérives : des ballons qui s’allument chez vos grands-parents, d’une simple pression sur votre smartphone, pour montrer que vous pensez à eux. Plus besoin de téléphoner !

 

On n’imprime pas encore des maisons

Comme beaucoup, ces designers espèrent suivre la trajectoire suivante : un prototype (en open source) est facilement réalisé grâce à la démocratisation des outils. Il est présenté dans des salons, puis ces promoteurs lancent une campagne de cofinancement sur des plateformes comme Kickstarter ou Ulule. S’ils réunissent les fonds nécessaires, la production peut commencer. C’est le mouvement que suit le PancakeBot, une imprimante à crêpes...

Mais en dix ans d’existence (surtout aux Etats-Unis), le mouvement « maker » a eu le temps de décanter et de séparer l’utopique du réalisable. Ainsi, l’idée que chacun pourra produire de chez soi (ou près de chez soi) est pour l’instant un fantasme. L’utilisation d’une imprimante 3D demande des compétences de modélisation 3D et l’on reste dans de petits objets en plastique usiné. On peut aller plus loin en se servant de machines « traditionnelles » (perceuse à colonne, découpe laser, etc.), mais cela demande de l’appétit et du temps.

 

La statue lumineuse à l’entrée de la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Guilhem Peres, cofondateur d’eMotion Tech, une start-up toulousaine qui commercialise de petites imprimantes 3D, surtout pour les profs de technologie, pense que ce mythe ne perdure que dans le grand public :

« Les gens viennent nous voir pour nous dire : “On peut imprimer une maison comme en Chine.” Mais non. »

Le porte-parole non officiel du mouvement « maker » en France est un certain Bertier Luyt, qui a fondé le FabShop en Bretagne. C’est un grand type mince, à la voix cassée par les interviews. Je m’attendais à un bonhomme persuadé qu’il allait tout bousculer, mais il est plutôt mesuré :

« Les imprimantes 3D sont avant tout des machines de prototypage. »

Pierre-Emmanuel nuance de même :

« Nous sommes encore un peu tôt en terme de maitrise de la technologie pour tout faire et pour que des assiettes produites dans un FabLab à côté de chez vous soient compétitives par rapport à celles de Monoprix. »

Sus à la boîte noire

L’essentiel est peut-être ailleurs. Dans une ambition plus modeste : détricoter la technologie, la démystifier. C’est pour cela que Guilhem Peres tient à vendre ses imprimantes 3D en kit :

« La vendre assemblée serait une hérésie. »

Cet « esprit bidouilleur », qui passe aussi par le partage de plans et de « trucs » en ligne, permettrait de réconcilier le grand public avec la technologie. De rentrer plus finement dans les enjeux posés par le numérique qu’avec une attitude purement « technosceptique » ou « technoenchantée ». Il faut apprendre à coder pour décoder.

 

Le stand des fers à souder, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Casquette sur la tête, manettes dans les mains, Gaël Langevin s’emploie à développer un robot en open source. La carcasse est fabriquée grâce à une imprimante 3D, le programme est aussi librement disponible sur Internet :

« Le but est de changer l’état d’esprit sur la robotique. S’assurer que les gens ne vont pas voir débarquer des robots de grandes entreprises et ne pas comprendre ce qui est derrière. Cela pourrait aussi permettre d’éviter certaines dérives. »

Mais n’est-ce pas à destination des « happy few » ?

« Pas forcément. Un prof de technologie peut s’emparer d’un petit module – le doigt, par exemple – et le faire fabriquer à ses élèves. »

Hugo est biologiste de formation. Il s’occupe du BioHackLab, à Brest :

« Dans la biologie, on rencontre la même problématique : l’appropriation du savoir avec le brevetage du vivant. A terme, des entreprises bidouilleront des humains. Il va y avoir de l’eugénisme. Mon but est que les gens ne soient pas démunis, comprennent les implications. Cela passe, par exemple, par la démonstration de l’extraction de gènes. »

Une imprimante 3D à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

Eloge du fer à souder

L’autre tendance qui semble animer les gens présents, c’est la joie de mettre la main dans la matière, de souder, de découper, de manipuler. Cela n’est pas sans faire écho à l « Eloge du carburateur », de Matthew Crawford, que certains connaissent bien sur le salon (et que des riverains de Rue89 citent régulièrement).

Ce « philosophe col bleu » remet à l’honneur le travail manuel face aux « services » dématérialisés. Les « Makers » redonnent ainsi de la matérialité à du virtuel.

Hugo :

« On a fait un aller-retour. Du virtuel, on repasse au matériel, au hardware. Et avec le biohack, nous allons encore plus loin, nous repartons carrément vers le vivant. »

La cofondatrice des « Maker Faire », Sherry Huss, jette un oeil à des hordes de gamins qui se disputent des fers à souder.

« Je pense que le monde manque d’ingénieurs. C’est aussi un moyen de donner envie. »

Où sont les babas ?

A regarder les exposants, je ne peux pas m’empêcher de penser à la fameuse mythologie des « garages ». Ces endroits de créativité qui ont donné forme à des groupes comme Apple ou Google, bien éloignés des valeurs baba cools.

D’abord, il n’y a rien de nouveau. C’est le repackaging d’un plaisir, d’un hobby qui existe depuis des années : bricoler. Surtout, même si les bidouilleurs affichent souvent un esprit « non commercial », les grandes entreprises ne sont jamais loin.

 

La « robotic hand » de Vladimir Kadir, à la Maker Faire, le 3 mai 2015 (Rémi Noyon/Rue89)

 

Ainsi, Microsoft fait la promotion de ses initiatives « ouvertes » annoncées le 29 avril et Leroy Merlin du « TechShop » qu’il compte ouvrir à la fin de l’année, en région parisienne.

Simon, l’un des membres de Leroy Merlin, explique :

« L’idée est de donner l’accès à un parc avec beaucoup d’outillage. Un peu comme un club de gym. On pourra dire aux clients de Leroy Merlin : plutôt que d’acheter votre mobilier, achetez les matériaux et venez le faire vous-même. C’est quand même plus satisfaisant. »

Il est plutôt amusant de voir Leroy Merlin vanter la production quasi artisanale de meubles...

Ce sera comme le bio ou le développement durable, pense Gaël Langevin : tout le monde va se réclamer de l’« open source » – gouvernements et entreprises.

Pour certains, ce ne sera que du vernis. Pour d’autres, une nouvelle manière de travailler. Et il y aura les puristes, qui crieront à la dénaturation.

 

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

Partager cet article
Repost0

commentaires

B
L'intérêt de la science politique, c'est qu'elle peut montrer le potentiel politique justement et émancipateur de ces expérimentations : https://yannickrumpala.wordpress.com/2014/12/18/des-ressources-technologiques-aux-capacites-sociopolitiques/
Répondre

Présentation

  • : Démocratie Réelle Maintenant des Indignés de Nîmes
  • : Le blog des Indignés de Nimes et de la Démocratie Réelle Maintenant à Nimes
  • Contact

Texte Libre

INFO IMPORTANTE

 

DEPUIS DEBUT AOÛT 2014

OVERBLOG NOUS IMPOSE ET PLACE DES PUBS

SUR NOTRE BLOG

CELA VA A L'ENCONTRE DE NOTRE ETHIQUE ET DE NOS CHOIX


NE CLIQUEZ PAS SUR CES PUBS !

Recherche

Texte Libre

ter 

Nouvelle-image.JPG

Badge

 

          Depuis le 26 Mai 2011,

        Nous nous réunissons

                 tous les soirs

      devant la maison carrée

 

       A partir du 16 Juillet 2014

            et pendant l'été

                     RV

       chaque mercredi à 18h

                et samedi à 13h

    sur le terrain de Caveirac

                Rejoignez-nous  

et venez partager ce lieu avec nous !



  Th-o indign-(1)

55

9b22