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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 20:42

 

Source : http://www.mediapart.fr

 

 

Les trois crises qui placent l'Europe dos au mur

|  Par Ludovic Lamant

 

 

 

« Grexit », « Brexit », affrontements en Ukraine : l'Union est confrontée, au même moment, à trois crises redoutables. Leur intensité est inégale. Mais l'impression d'ensemble ne laisse guère de doute : les risques d'une déconstruction de l'Union européenne n'ont jamais été aussi forts. Face à ce délitement, que propose la commission Juncker ? Un vrai-faux plan d'investissement et quelques traités de libre-échange...

 

« Gagner du temps. » Au lendemain de l'accord du 20 février, c'était la principale avancée retenue par les soutiens de Syriza, en défense du texte conclu à Bruxelles : les Grecs et leur ministre des finances Yanis Varoufakis avaient « gagné du temps », « obtenu de l'oxygène ». Quatre mois de répit, jusqu'à fin juin, pour éloigner le spectre de la faillite, poursuivre des négociations ardues et obtenir, enfin, la réponse à l'obsession du moment : peut-on mener d'autres politiques que des « ajustements structurels », de plus ou moins forte intensité, au sein de la zone euro ?

La Troïka des créanciers (FMI, BCE, commission européenne) n'a toujours pas disparu. À peine a-t-elle changé de nom : place au « groupe de Bruxelles ». Le scénario d'une banqueroute plane toujours. Mais Athènes a obtenu quelques garanties qui lui permettent de continuer à espérer. Et surtout de patienter, en attendant une hypothétique victoire d'un autre parti anti-austérité, Podemos, fin 2015 en Espagne, pour se trouver moins isolé à la table des discussions bruxelloise. « Le temps presse », leur a répondu mardi Valdis Dombrovskis, l'un des commissaires européens chargés du dossier.

La formule choisie côté grec – « gagner du temps » – n'est pas forcément rassurante pour la suite des événements. Elle rappelle le titre d'un essai virulent d'un sociologue allemand, Wolfgang Streeck, publié l'an dernier en France (en 2013 outre-Rhin) : Du temps acheté, sous-titré La crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique. « Buying time, gagner du temps en français – autant dire retarder un événement imminent afin de se donner la possibilité de tenter d'empêcher qu'il ne se produise », écrit Streeck.

 

 

Dans ce texte stimulant (déjà chroniqué sur Mediapart), le sociologue, soucieux de replacer la crise actuelle dans un cadre temporel plus large, juge que l'Union a passé quatre décennies à « acheter du temps à l'aide d'argent » pour retarder l'implosion. Elle a joué sur l'inflation, puis sur l'endettement public, enfin sur l'endettement privé, comme autant de leviers pour désamorcer les conflits sociaux et entretenir l'illusion d'un capitalisme redistributif, qui profiterait à tous.

Mais ces « pis-aller » n'ont pas suffi à masquer la véritable nature du virage néolibéral du capitalisme amorcé dans le courant des années 1970 et la victoire, pour le dire vite, de Hayek sur Keynes. Tout au plus ont-ils permis d'« étirer la crise du capitalisme démocratique », celle-là même qui connaîtrait son dénouement dans la crise actuelle, que traverse la zone euro depuis 2008. « Des combines toujours nouvelles sont trouvées, afin d'offrir une seconde jeunesse au capitalisme à crédit dont l'année 2008 marqua l'échec », poursuit Streeck.

L'Europe en serait réduite, pour sauver les apparences, à multiplier ces « combines », faute de mieux, en attendant l'effondrement. Ou tout au moins, comme semble l'espérer Streeck, les soulèvements populaires contre ce capitalisme qui s'est, progressivement, affranchi de toutes garanties démocratiques. L'accord intervenu fin février à Bruxelles a renforcé l'intellectuel allemand, partisan d'un éclatement de l'euro, dans ses convictions : « L'instant de vérité est arrivé pour une politique d'intégration européenne qui a échappé à tout contrôle, dont le moteur est le capital financier. Pour que l'Europe ne se transforme pas en un marécage d'incriminations réciproques entre nations (…), il faut démanteler ce monstre qu'est l'union monétaire », écrit-il dans une tribune publiée en mars dans Le Monde.

La charge est rude. Rien ne dit que l'option Syriza – construire des alternatives à l'austérité, en conservant l'euro – ne finira pas par déboucher. Mais ce discours catastrophiste trouve d'autant plus d'échos, ces jours-ci, que le contexte est sinistre. Au-delà du problème « de type grec », pour parler comme Godard, l'Europe semble prendre l'eau de tous côtés, retardant comme elle peut l'heure de sa dissolution. Christine Lagarde, la patronne du FMI, a beau juger dans un entretien à plusieurs journaux européens samedi que « le projet européen est plus solide que jamais » (se félicitant par exemple des avancées de l'union bancaire), l'UE semble confrontée, sans doute pour la première fois de son histoire, à trois crises concomitantes qui la font trembler sur ses fondations.

1 - Au-delà du « Grexit »: le processus d'intégration en panne
On connaît l'équation : une monnaie commune, pour 19 économies traversées par des déséquilibres macroéconomiques massifs et des politiques fiscales concurrentes. La crise n'a fait qu'aggraver ces différences. Que faire ? Une piste consiste à renforcer l'intégration de la zone, en transférant un peu plus de compétences – budgétaires en particulier – à Bruxelles, pour mieux « coordonner » ces politiques. C'est ce que tentent, de manière chaotique, au prix de passages en force démocratiques, les dirigeants européens depuis le début de la crise.

Fin 2012, une première feuille de route « des quatre présidents » (BCE, commission, conseil européen, Eurogroupe) tentait de répondre, de manière plus ambitieuse, aux failles structurelles de la zone euro, en renforçant l'intégration de la zone monétaire. En début d'année, Jean-Claude Juncker, à la tête de la commission, y est allé lui aussi de sa « note sur l'Union économique et monétaire ». Présenté en marge d'un sommet européen ultradominé par la participation du Grec Alexis Tsipras, ce texte, à peine relayé dans les médias, a été accueilli dans l'indifférence quasi générale par les capitales.

Ces débats sur une zone euro plus intégrée sont toujours dans l'air à Bruxelles. Mais la légitimité démocratique manque et les citoyens, dans leur écrasante majorité, n'en veulent pas. Il suffit de se rappeler les résultats aux européennes de mai 2014, où les partis qui ont fait ouvertement campagne pour une Europe plus intégrée sont restés minoritaires. La crise grecque n'arrange rien : elle rappelle l'urgence de réformer la zone euro, pour que l'édifice ne s'effondre pas, mais illustre aussi les ratés d'une gestion de crise « intégrée », depuis Bruxelles et Francfort (le bilan sans appel de la « Troïka »). Plus que jamais, l'intégration de la zone monétaire, le cœur de l'UE, est menacée.

2 - Le « Brexit » et le spectre de la déconstruction
Le ministre des affaires étrangères islandais a envoyé le 12 mars une lettre à Bruxelles : Reykjavík souhaite, expliquait-il, interrompre le processus de négociations en vue d'une adhésion à l'UE. L'intéressé n'a pas pris soin de consulter le parlement islandais, si bien que la procédure est caduque. Mais c'est un signal, parmi tant d'autres : l'UE ne fait plus rêver ses voisins. Et certains de ses États membres, dont la Grande-Bretagne, débattent désormais au grand jour d'une sortie de l'Union.

Les législatives britanniques du 7 mai permettront d'y voir plus clair. Plusieurs partis, dont celui du premier ministre David Cameron, et celui de l'eurodéputé Nigel Farage, promettent, en cas de victoire, d'organiser un référendum sur le maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE – dès 2016 pour le UKIP de Farage. Sur l'île, de nombreuses formations pro-européennes, des Lib-Dem aux Verts, réclament elles aussi la tenue d'une consultation populaire, sur un éventuel « Brexit ». Le débat, qui n'est pas nouveau à Londres, a redoublé d'intensité depuis l'éclatement de la crise de la zone euro (dont la Grande-Bretagne n'est pas membre).

Ailleurs, des revendications indépendantistes – Écosse, Catalogne, Flandre belge – continuent d'entretenir le spectre d'un délitement de l'UE, depuis son cœur. Des forces centrifuges sont à l'œuvre. À Bruxelles, on répète que si l'une de ces régions obtenait son indépendance, elle serait exclue, du même coup, de l'Union. La victoire du non au référendum écossais de 2014 en a apaisé certains. En Belgique, l'arrivée au pouvoir à l'automne 2014 de la NVA semble avoir mis entre parenthèses, pour un temps, les revendications indépendantistes de cette formation flamande. En Catalogne, des élections régionales – qui poseront une nouvelle fois en grand la question de l'indépendance – sont prévues pour septembre, et les équilibres sont incertains. 

 

Le président de la Catalogne Artur Mas, partisan de l'indépendance, le 14 janvier 2015, à Barcelone..
Le président de la Catalogne Artur Mas, partisan de l'indépendance, le 14 janvier 2015, à Barcelone.. © Reuters / Gustau Nacarino.
 

3 - L'Europe en crise sur ses frontières
Des scènes de guerre se déroulent dans l'est de l'Ukraine, à la frontière d'une Union incapable de trouver la parade face à Moscou. En réaction, les pays d'Europe de l'Est se réarment. La Pologne a augmenté de 13 % son budget militaire l'an dernier, et devrait l'accroître d'encore 20 % cette année. En Lituanie, après une progression de 6 % l'an dernier, c'est carrément une hausse de 50 % qui est attendue pour 2015, si l'on en croit les chiffres publiés lundi par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

Au même moment, des milliers de migrants meurent chaque année en Méditerranée, piégés par leur rêve européen. Les tensions aux frontières de l'UE ne cessent de se renforcer. À Mediapart en 2013, le philosophe italien Sandro Mezzadra proposait de penser l'Europe depuis ses frontières, sur un chemin de crête qui relierait Kiev à Ceuta et Melilla, pour « rouvrir le projet européen ». Pour en finir avec une Europe barricadée, figée dans ses certitudes économiques, en panne d'imaginaire politique.

A-t-il des chances d'être entendu ? Face à cette triple crise, que propose la commission Juncker ? Pour l'essentiel, un vrai-faux plan d'investissement de 315 milliards d'euros, en cours de discussion à Bruxelles (dont la plupart des économistes dénoncent aujourd'hui le manque d'ambition face à l'ampleur du défi). Et quelques traités de libre-échange, dont celui en chantier avec les États-Unis – et un autre avec l'Ukraine –, pour relancer la croissance. Cela s'annonce un peu court, pour redonner des couleurs, au plus vite, au projet européen.

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