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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 21:21

 

Source : http://www.reporterre.net

 

Les salariés du géant de l’agriculture bio, Ecocert, sont en grève

11 avril 2015 / Marine Vlhahovic (Reporterre)
 


 

 

Peu connue du public, la firme Ecocert joue un rôle crucial dans le secteur de l’agriculture biologique : c’est le principal organisme certificateur des produits labellisés AB. Mais l’idéal de départ s’est transformé en une gestion capitaliste peu amène avec ses salariés. Ceux-ci se sont mis en grève.

- L’Isle-Jourdain (Gers), reportage

Un oiseau qui pique du nez. C’est le symbole représenté sur les nombreuses banderoles accrochées aux grilles du siège social d’Ecocert à L’isle Jourdain dans le Gers. « Nous avons détourné le logo de l’entreprise, une hirondelle rouge prenant son envol, car pour nous désormais cet oiseau est en deuil », explique, A., salariée qui a endossé, pour le quatrième jour consécutif, son costume d’hirondelle rebelle : un tee-shirt blanc où il est inscrit en toutes lettres « Ecocert en grève ».

En ce vendredi après-midi 10 avril, une trentaine d’employés tient le piquet de grève devant les bureaux du siège social d’Ecocert, numéro un mondial de la certification des produits biologiques. Sur le parking, les salariés ont planté des parasols et une table de pique-nique. Lunettes de soleil chaussées sur le nez, ils profitent d’une vue imprenable sur le paysage vallonné du Gers. L’ambiance « camping » pourrait être bon enfant, mais il y a de l’électricité dans l’air. Des négociations ardues avec la direction sont en cours à quelques mètres de là.

Depuis mardi 7 avril, 70 à 75 % des 180 salariés d’Ecocert France ont cessé le travail pour une seule et unique revendication : une augmentation de salaire de 120 euros brut par mois. Dix ans qu’Ecocert n’avait pas connu un tel mouvement social. « La situation est explosive à cause des refus répétés de la direction de revaloriser les salaires malgré les profits engrangés par l’entreprise » martèle Thomas Vacheron. Le fringant délégué CGT a marqué une pause dans sa rencontre avec les dirigeants pour fait le point devant l’assemblée des grévistes.

 

 

Deux-tiers des salariés de cet organisme de certification agréé par les pouvoirs publics touchent moins de 1600 euros net par mois malgré leur qualification (bac +2, licence ou diplôme d’ingénieur), alors que les dirigeants eux affichent des salaires à « quatre zéros » : de 10 000 € pour la responsable des ressources humaines à 25 ou 30 000 € pour le PDG, William Vidal. « On ne lâche rien ! » s’exclame Thomas Vacheron. Il repart en négociations sous les applaudissements et les encouragements.

« C’est ma première grève », dit B. employée depuis huit ans comme technicienne de certification. « Je ne suis pas la plus jeune ! » s’amuse la sexagénaire en jetant un coup d’oeil autour d’elle, car à Ecocert, la moyenne d’âge est de 35 ans. « Qui accepterait de travailler avec ces conditions salariales avec de telles qualifications ? Des jeunes, comme nous qui ont besoin d’expérience après leurs études », s’exclame V. L’ingénieure agronome spécialisée dans le bio a cinq années d’études au compteur. Depuis six ans, elle sillonne les routes de plusieurs départements à la rencontre des petits paysans pour 1500 euros net par mois.

V. fait partie de la centaine de contrôleurs employés par Ecocert pour mener les audits dans les exploitations agricoles ou les industries agro-alimentaire, les 25 000 clients de la société ici dénommés « opérateurs ». « De toute façon, rien n’est fait pour nous faire rester dans cette boîte, parce que si on reste ça veut dire qu’on s’organise et qu’on monte au créneau », s’emporte M. qui appartient à l’escouade de « techniciens de certification ». Depuis les bureaux de L’isle Jourdain, ils sont chargés de valider ou non les dossiers montés par les auditeurs et d’apposer ensuite le fameux label « AB » (agriculture biologique), assurant au consommateur que le produit qu’il achète a bien été cultivé et transformé en respectant le cahier des charges de l’agriculture bio.

 
« Du modèle babaoïde au modèle libéraloïde »

Un label porteur, et pas seulement de valeurs. Surfant sur la vague du bio, Ecocert affiche une bonne santé financière. Selon les syndicats, le chiffre d’affaires a atteint 34 millions d’euros en 2014. « Ca s’est un peu tassé ces derniers temps, mais nous avons connu des années à 38 % de croissance et le tout sans augmentation salariale conséquente », explique Dominique Gagnon.

Celui-ci, délégué CFDT aux cheveux blancs, a fait partie des créateurs d’Ecocert au début des années 1990. L’association toulousaine qui regroupait quelques militants de l’agriculture biologique s’est montée en SARL (Société anonyme à responsabilité limitée) quelques années plus tard. L’actuel PDG (président-directeur général), William Vidal a été désigné comme gestionnaire « parce qu’on s’est dit qu’il saurait gérer », sourit Dominique qui perçoit 1770 euros net de salaire mensuel.

Le co-fondateur d’Ecocert est aujourd’hui amer : « On est passé du modèle babaoïde au modèle libéraloïde ! » s’exclame-t-il. C’est qu’entre temps, Ecocert s’est développée sur un mode capitaliste grâce à un montage complexe. La SARL des débuts a été transformée en Société anonyme, Ecocert S.A. Laquelle chapeaute une myriade de filiales dont Ecocert France, l’employeur des salariés aujourd’hui en grève. A la surprise générale, ces mêmes salariés ont découvert à l’automne dernier qu’une holding nommée Sylvestris était en fait la propriétaire d’Ecocert S.A. depuis huit ans. « C’est un paratonnerre au dessus de la maison » ironise Thomas Vacheron.

Un paratonnerre opulent dans tous les cas. Selon des documents que Reporterre s’est procuré, William Vidal et ses deux enfants sont les seuls gérants de Sylvestris, une société par actions simplifiés au capital de plus de 5 600 000 euros en juin 2013. Un apport de 2 080 actions d’Ecocert SA (soit 47,30 % du capital) d’une valeur de 14 188 636 d’euros a été effectué au cours de cette même année.

Ces chiffres font tourner la tête quand on les compare à ceux affichés sur les bulletins de salaires des employés. Ceux-ci questionnent aussi l’aide de l’Etat au leader de la certification des produits biologiques. Pas moins de 300 000 euros d’exonérations fiscales sont accordés à Ecocert France chaque année. Une goutte d’eau en comparaison aux profits engrangés, mais une goutte d’eau qui compte pour les salariés : « Ces aides de l’Etat représentent 140 euros brut par mois et par salarié. On ne veut pas les récupérer directement, mais montrer qu’il y a les moyens, que c’est possible de gagner sa vie correctement en travaillant chez Ecocert France » explique Thomas Vacheron.

 
Harcèlement moral

 

Le délégué CGT est sorti tôt de la négociation qui a tourné court. Aucune avancée, un dialogue social totalement rompu : « On repart en grève lundi ! » claironne-t-il. Depuis quatre jours, il s’entretient régulièrement avec les managers aux états de service pas vraiment écolos nommés par le PDG. Valérie Clech, la directrice des ressources humaines a été en charge d’un plan de 820 suppressions d’emploi dans un atelier de fabrication toulousain de Freescale, une ancienne filiale de Motorola en 2009. Philippe Thomazo aujourd’hui directeur général d’Ecocert a quant à lui fait ses armes chez Vivendi, dont il a dirigé la filiale espagnole.

Depuis l’arrivée de cette nouvelle équipe, l’inspection du travail du Gers a épinglé Ecocert pour harcèlement moral sur une salariée. Et c’est sans compter la rotation du personnel générée ces dernières années par les méthodes de gestion patronale ainsi que les nombreux procès intentés aux prud’hommes. Sur le piquet de grève, l’anonymat est requis par les salariés et tout signe distinctif proscrit dans la crainte de représailles de cette équipe qui tient l’entreprise d’une main de fer.

Cette direction n’a pas été nommée seulement pour jouer la carte du « management par la peur » selon Thomas Vacheron : « Ecocert c’est un joujou. Ils sont arrivés dans ce qui est pour eux une TPE [toute petite entreprise] mais avec un objectif affiché : en faire une multinationale ». Car le géant du label bio se développe, est est implantée désormais sur tous les continents via une myriade de filiales. Au détriment de ses salariés de l’isle Jourdain.

« Si l’on travaille dans le bio, c’est par conviction, pas pour devenir milliardaire ».

 

*Suite de l'article sur reporterre

 

 

Source : http://www.reporterre.net

 

 

 

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