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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 16:56

 

 

 

 

Grèce: les Européens lèvent le tabou de la sortie de l'euro

|  Par martine orange

 

 

Les responsables européens parlent désormais ouvertement d’un plan B reposant sur la sortie de la Grèce de la zone euro. En guise d’ultime gage pour parvenir à un accord, le gouvernement grec a accepté la mise à l’écart de son ministre des finances, Yanis Varoufakis, comme l’exigeait l’Eurogroupe. Mais le temps presse.

 

Le tabou est tombé à Riga. Même s’ils s’en défendent publiquement, les responsables européens, ou au moins certains d’entre eux, semblent clairement travailler désormais à un scénario de sortie de la zone euro pour la Grèce.

Lassés de voir la question de la Grèce convoquée à chaque réunion de l’Eurogroupe ou sommet européen, frustrés de ne constater aucune avancée et de se heurter à une résistance qu’ils n’avaient pas prévue de la part du gouvernement grec de Syriza, les ministres des finances de la Slovénie, de la Slovaquie et de la Lituanie – parlant peut-être au nom d’autres ? – ont décidé de briser les apparences, samedi 25 avril, à l’issue d’une nouvelle rencontre de l’Eurogroupe, marquée par un nouvel échec sur la question grecque. Ils ont commencé à parler ouvertement d’un plan B pour la Grèce.

« Un plan B, cela peut être n’importe quoi », justifiait alors le ministre des finances slovaque Dusan Marmor, afin de ne pas donner l’impression de l’urgence. « Mon propos était de se demander ce que nous ferions si le nouveau programme n’était pas adopté à temps pour permettre à la Grèce de se financer et d’améliorer sa liquidité », déclarait-il un peu plus tard pour expliciter son propos.

Loin d’écarter l’hypothèse, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a tenu des propos elliptiques qui semblaient la conforter quelques heures plus tard. « Vous ne devez pas interroger les responsables politiques sur l’existence d’alternatives. Si un politique responsable répond oui à cette question, nous savons ce qui va se passer, s’il répond non, vous ne me croirez pas », a-t-il expliqué à des journalistes dimanche, interrogé sur un éventuel plan B. Pour mieux se faire comprendre, le ministre allemand des finances a fait le parallèle avec le nécessaire secret qui avait entouré le plan de réunification de l’Allemagne en 1989. « Si un des ministres alors en exercice – j’étais un de ceux-là – avait déclaré : "Nous avons un plan pour la réunification", alors le monde entier aurait sans doute dit "les Allemands sont complètement fous". »

Cette seule allusion a suffi à convaincre définitivement les observateurs que l’Allemagne avait bien un plan secret pour faire sortir la Grèce de l’Europe. D’ailleurs, Berlin cache à peine ses arrière-pensées. Avant même les élections grecques, le gouvernement allemand parlait d’une éviction d’Athènes de la zone euro, la jugeant désormais moins risquée qu’en 2012, comme l’avait révélé le Spiegel dès début janvier.

 

Un mur de dettesUn mur de dettes © Wall Street journal
 

Même si le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a catégoriquement nié lundi l’existence d’un plan secret sur la Grèce, il n’a convaincu personne. L’hypothèse d’un Grexit prend de plus en plus de consistance dans les milieux financiers. Tant la situation paraît intenable. La Grèce fait face à un mur de dettes en 2015. Un mur connu de tous les responsables politiques européens et jugé infranchissable dès 2013 par le FMI. Sur l’ensemble de l’année, Athènes doit rembourser plus de 27 milliards d’euros. Ces dettes doivent se payer cash. Car à la différence de tous les autres pays qui peuvent faire rouler leurs dettes, la Grèce est privée de tout accès aux marchés de capitaux et ne bénéficie plus d’aucun soutien financier de l’Europe depuis juillet 2014.

Depuis son arrivée au pouvoir en février, le gouvernement d’Alexis Tsipras a utilisé tous les expédients pour honorer ses échéances. Après avoir mobilisé les fonds de retraite en février, il a fait voter la semaine dernière une loi obligeant toutes les collectivités locales à remettre leur trésorerie à la disposition de la banque centrale, dans l’espoir de gagner encore un peu de temps afin d’arriver à un accord avec les Européens. Mais un certain nombre de collectivités locales ont déjà annoncé qu’elles refusaient de reverser leur argent dans les caisses de l’État.

Chaque jour semble rendre la tâche de plus en plus impossible. Entre mai et début août, le gouvernement doit  trouver plus de dix milliards d’euros pour rembourser le FMI et la Banque centrale européenne. Pour les seuls 15 premiers jours de mai, il a besoin de mobiliser quelque 3 milliards d’euros : 250 millions d’euros pour rembourser le FMI le 1er mai, 1,4 milliard pour l’échéance de billets de trésorerie le 8 mai, 780 millions d’euros pour rembourser à nouveau le FMI le 12 mai, et encore 1,4 milliard de billets de trésorerie arrivant à échéance le 15 mai. Si les billets de trésorerie, majoritairement détenus par les banques grecques, peuvent être reconduits, les prêts aux FMI doivent être remboursés selon un calendrier précis.

En l’absence d’un plan d’aide européen signé dans les plus brefs délais, les analystes financiers sont de plus en plus nombreux à juger un défaut de la Grèce comme inévitable. De Citibank à Goldman Sachs en passant par ING ou Barclays, tous écrivent des scénarios catastrophes sur une sortie de route accidentelle de la Grèce. Les uns évoquent le risque d’un non-paiement du FMI, d’autres les risques de voir une banque exploser, d’autres encore le non-paiement des fonctionnaires et des retraités recevant à la place une sorte de certificat qui servirait de monnaie d’échange à l’intérieur du pays. Quelles que soient les possibilités envisagées, toutes aboutissent à une même fin : la faillite du pays, conduisant à une expulsion de la zone euro, avec contrôle de capitaux et retour de la drachme à la clé.

 

Sortie « accidentelle »

© Reuters
 

Mais si un tel accident advenait, serait-ce vraiment par inadvertance ? Depuis février, les responsables européens n’ont cessé de critiquer le nouveau gouvernement grec. Manquant d’expérience, celui-ci a sans doute commis des impairs. Mais en face, les responsables européens ont fait preuve d’une intransigeance et d’un dogmatisme sans pareils. Refusant de dresser le moindre bilan des plans d’austérité passés, ils ont réfuté toutes les propositions grecques. Même la demande de signer un programme crédible et applicable plutôt que de prendre des engagements qui ne pourraient jamais être tenus car irréalistes, comme l’avaient fait les gouvernements grecs précédents, a été jugée inadmissible.

En quatre mois, le gouvernement grec a dû présenter dix projets successifs de plans de redressement. Il est revenu sur certaines promesses électorales, a accepté de reprendre un programme de privatisation, de reporter les augmentations des minima sociaux. Mais rien, jusqu’à présent, n’a été jugé « crédible » par les Européens.  Ceux-ci semblent attendre un plan conforme en tous points à celui écrit par la Troïka, dans lequel figureraient les mots totem « réformes structurelles de marché de travail et des retraites ». Leurs exigences vont si loin qu’ils ont même réclamé la réintroduction de mesures qui avaient été repoussées par le gouvernement précédent d’Antonio Samaras, pourtant très conciliant à l’égard de l’Europe. Bref, les Européens exigent un reniement complet du programme politique de Syriza. Jusqu’alors, le gouvernement grec a refusé de franchir ce qu’il appelle « les lignes rouges ». Et aucun accord n’a pu être trouvé.

Un homme est désigné, par les responsables européens comme le grand responsable de cet échec : Yanis Varoufakis. Le ministre grec des finances est devenu la bête noire du ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, dès leur premier entretien en février. Tout en lui déplaît à Berlin : son comportement de rock star, ses critiques acerbes sur les plans d’austérité passés, sa façon de faire la leçon aux autres, son refus de se soumettre à la doxa européenne. De sommet en réunion, tout a été mis en scène pour signifier son isolement, accentuer son rejet.

 

 

L’épisode final s’est tenu vendredi, à Riga. Des ministres des finances sont sortis de la réunion en critiquant vivement l’attitude de Yanis Varoufakis, accusé de faire perdre du temps à tout le monde, et de ne présenter aucun plan digne de ce nom. Pour bien signifier ce rejet, les responsables européens se sont empressés de faire savoir que Yanis Varoufakis n’avait pas assisté au dîner de clôture de la réunion, comme le veut l’usage. En retour, le ministre grec des finances se fendait d’un tweet vengeur, rappelant les propos de Roosevelt en 1936. « "Ils sont unanimes dans leur haine contre moi. Et je me félicite de leur haine". Une citation chère à mon cœur (et proche de la réalité) ces derniers jours. »

 

« Ne pas laisser les empreintes sur l'arme du crime »

Les responsables européens ont fini par avoir gain de cause. Lundi, le gouvernement grec, en guise d’ultime gage, annonçait la mise à l’écart de Yanis Varoufakis des négociations, comme l’exigeait l’Eurogroupe avant tout éventuel accord. L’équipe de négociation a été remaniée. Elle sera conduite désormais par Euclide Tsakalotos, ministre délégué aux affaires économiques internationales, considéré comme l’éminence grise de Syriza.

 

© conseil de l'union européenne
 

La chute de Varoufakis serait imminente, disent des rumeurs bruxelloises. Cette sortie serait le prélude à un comportement plus conciliant de la part du gouvernement grec, poursuivent les milieux européens. Les marchés financiers veulent le croire. L’annonce de la mise à l’écart de Varoufakis a été saluée par une envolée des marchés boursiers, et une spéculation sur les titres grecs. Un accord entre la Grèce et l’Europe serait en vue, pronostiquent déjà certains.

Est-ce si sûr ? Même si Euclide Tsakalotos adopte un comportement différent de celui de Yanis Varoufakis, ses buts et ses objectifs restent identiques. « Mais je commence à avoir des doutes sur le fait que les institutions et les pays membres nous soutiennent réellement sur les réformes de fond. (...) D'après moi, il s'agit de nous conduire, avec l'épuisement des liquidités dont dispose l’État grec, à un point où nous serons obligés de faire encore davantage de compromis », a déclaré Euclide Tsakalatos à Mediapart.

La réunion européenne du 11 mai, décrite à nouveau comme décisive, dira ce qu’il en est. Certains soupçonnent cependant que cette stratégie du bouc émissaire ne soit qu'une mise en scène des Européens, pour éviter d’assumer la responsabilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro et faire porter tous les torts sur les Grecs. « Il semble que M. Varoufakis, expert renommé de la théorie des jeux, s’est peut-être trompé sur le jeu auquel jouaient les pays du Nord. Encouragé par Juncker, Draghi, Moscovici et Lagarde, il a joué pour éviter la sortie de la Grèce (…). Le jeu des pays du Nord ressemble plus à éviter de porter le blâme d’une sortie de la Grèce, même s’ils ne peuvent pas encore s’accorder sur un plan B », écrit en réaction aux derniers événements Alastair Winter, chef économiste de la banque d’investissement Daniel Stewart.

Une analyse que partage Citigroup. « Le jeu du chat et de la souris auquel jouent la Grèce et ses créanciers internationaux est en train de tourner au jeu infernal, alors qu’Athènes s’approche dangereusement de la banqueroute. Les responsables politiques européens, les banquiers centraux et les politiques grecs ne s’accordent que sur un point : si la Grèce tombe, ils ne veulent pas laisser leurs empreintes sur l’arme du crime. » 

Le soupçon n’est pas illégitime. Les responsables européens ont-ils vraiment envie de sauver la Grèce ? Lassés de devoir gérer une crise sans fin, certains en arrivent à penser que la sortie de la Grèce de la zone euro serait préférable. « Si la Grèce reste dans l’euro, il n’y aura pas seulement besoin d’un troisième plan de sauvetage, mais d’un quatrième, d’un cinquième et peut-être plus », a dénoncé dimanche Mark Hauptmann, député du CDU, le parti d’Angela Merkel. Une façon de reconnaître que l’Europe a totalement fait fausse route dans sa gestion de la crise grecque depuis 2009.

Sans la Grèce, font valoir les adeptes d’un plan B, la zone euro serait plus cohérente. Ce serait aussi un avertissement sans frais pour la France et l’Italie, jugées trop récalcitrantes dans l’application des réformes « structurelles » demandées par Bruxelles, ajoutent certains. Ils jugent que l’exclusion de la Grèce serait désormais plus facilement gérable. Car l’Europe s’est dotée de cadres institutionnels plus solides, avec la réforme bancaire et la création d’un fonds de soutien. Surtout, le parapluie qu’offre la BCE avec sa politique non conventionnelle leur paraît très protecteur : en cas de coups durs, le système bancaire européen ne serait plus sous la menace, grâce aux milliards déversés par la banque centrale.

La semaine dernière, le gouvernement américain, par la voix de son secrétaire au trésor, Jack Lew, a encore mis en garde les Européens sur cette analyse qu’il juge erronée. « Des experts aussi nous assuraient en 2008 que l’on pouvait laisser la banque Lehman Brothers tomber en faillite, sans inconvénient. On connaît la suite », a-t-il rappelé.

Goldman Sachs a repris l’analyse, estimant que les conséquences d’une sortie de la Grèce seraient incalculables. La première, la plus évidente soutient la banque, serait que contrairement à ce qu’a prétendu et défendu le président de la BCE, Mario Draghi, depuis 2012, l’euro n’est pas irréversible. La monnaie unique ne serait plus perçue comme une monnaie commune de l’Europe mais comme un système de change à parité fixe entre les pays, arrimé à un euro mark. On sait, préviennent des économistes, ce qu’il advient de tels systèmes : ils finissent par exploser, en rappelant la crise du SME en 1992 ou l’effondrement de l’Argentine en 2001. 

Dans une ultime conférence, Yanis Varoufakis a tenté une nouvelle fois d’avertir ses homologues européens à Riga. « Toute référence à un plan B est profondément anti-européenne. Ma première réponse a été de dire qu’il n’y a pas de plan B, il ne peut y avoir un tel plan B. (…) Si la Grèce sort, l’euro sera en grand danger. Car les marchés financiers ne cesseront de demander "qui est le suivant ?" » Les responsables européens ont balayé l’avertissement d’un revers de la main. Pour eux, Yanis Varoufakis reste décidément un insupportable donneur de leçons.

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