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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 15:00

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

 

Pour l’Afrique et ailleurs 22/04/2015 à 13h18
Des ordis dans des bidons
Claire Richard | Journaliste Rue89

 

 
 

Récupération et coûts minimum : le mouvement des Jerrys diffuse un accès facilité à l’informatique avec des composants d’ordinateur et des logiciels libres dans des jerrycans et autres matériaux simples.

 

Un jerry ouvert (Jerry-DIT)

Installer un ordi dans un bidon, une calebasse ou une mappemonde ? Oui, c’est possible. Un peu partout dans le monde, la communauté des « Jerrys » s’affaire à organiser des ateliers pour fabriquer des ordis de récup’. L’idée : lutter contre la fracture numérique et se réapproprier de façon ludique la technologie.

 

Un ordi dans un bidon

Les Jerrys sont nés en 2011, à l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (l’ENSCI), d’une collaboration entre des étudiants et l’entreprise Hedera, qui voulait fabriquer des serveurs à bas prix pour les pays en voie de développement. Justine Hannequin, membre de Jerry Paris, raconte :

« En faisant des études de terrain en Afrique, ils s’étaient rendu compte que ces populations n’avaient pas accès aux technologies à cause des coûts d’acheminement. A cette époque, il n’existait pas d’usine de production de serveur ou d’ordinateur en Afrique. Les coûts étaient donc exorbitants : au coût des composants s’ajoutait le transport de la matière des carcasses qui les entourent. »

Pour que l’hébergement des composants informatiques coûte moins cher et que le coût des infrastructures diminue, trois étudiants proposent d’utiliser un bidon. Car les bidons sont très courants en Afrique et ailleurs, très résistants mais aussi faciles à découper et à modifier. L’idée s’impose et les étudiants créent une association pour diffuser cette idée simple : installer les composants d’un ordinateur dans un bidon.

 

Du « Do It Yourself » au « Do It Together »

Jerry est d’abord un projet « Do It Yourself » (faites-le vous-mêmes) : on est censé lire la méthodologie et les tutoriels, et le faire soi-même.

 

 

Mais rapidement, le projet prend de l’ampleur. En 2012, des étudiants algériens contactent les membres de Jerry Paris, pour qu’ils les aident à installer des jerrys dans leur fac.

« On y a passé un mois et on les a aidés à organiser deux semaines d’ateliers. C’est ça qui a marqué le tournant vers le Do It Together, l’idée de faire à plusieurs. Là-bas, on a compris que c’était une composante essentielle du projet. »

Jerry s’étoffe et devient une communauté, avec un projet social et pédagogique. Les jerrys se fabriquent en « workshop », à plusieurs. A chaque fois, c’est l’usage qui prime sur la méthode : le groupe commence par se demander à quoi servira le jerry avant de le construire.

« De là, on sait qu’on va avoir besoin d’un disque dur qui fasse minimum telle taille, une carte-mère qui ait un minimum de telle ou telle puissance... L’idée ce n’est pas de générer de nouveaux déchets, mais de les confier à des organismes capables de les retraiter. »

Car Jerry est aussi un outil de recyclage, face au problème grandissant des déchets électroniques en Afrique.

 

Leçon de choses

Concrètement, comment ça marche ? Pour nous l’expliquer, Justine Hannequin nous a amené un jerry, installé dans un bidon bleu. Elle l’a ouvert pour nous donner une petite leçon de choses sur le fonctionnement des ordinateurs.

En sortant un à un les composants du bidon, elle explique :

 

Justine et son « jerry bleu » (Claire Richard)

 

« Il faut toujours trois composants : la carte mère, qui fait les calculs, le disque dur, qui fait office de mémoire, qui va stocker les données, et l’alimentation, qui fournira en électricité les autres composants.
Ça c’est la base. »

 

On branche la carte mère... (Claire Richard)

 

« Il te faut aussi un système, qui consiste en une sorte de livre de recettes pour l’ordinateur, si tu veux. Puis tu connectes les composants les uns aux autres, tu les alimentes en électricité, et tu installes ensuite le système, que tu mets sur une clef USB ou un disque.

Après, on peut avoir besoin de cartes graphiques puissantes, si on veut installer des logiciels 3D ou jouer à des jeux vidéo, ou d’une carte son, si tu veux faire de la musique. Et donc tu as des périphériques qui viennent se rajouter.

Si tu veux faire du réseau, si tu veux que ton jerry serve de serveur wifi local, par exemple, il te faut une carte réseau. »

Et voilà : un petit ordinateur qui fonctionne, pour un coût proche de zéro.

 

On range tout et on referme le bidon (Claire Richard)

Est-ce pour autant facile à faire dans sa cuisine ? Les membres de la communauté Jerry ont beaucoup travaillé pour mettre en ligne beaucoup de ressources : un manuel (PDF), un wiki et des tutoriels vidéo. Mais, reconnaît Justine, pour la plupart des gens, cela ne suffit pas. D’où le modèle du Do It Together.

 

Concrètement, à quoi servent les jerrys ?

Le plus fou c’est que ça marche. Les jerrys sont particulièrement utiles dans les zones où l’accès à Internet est lent ou inexistant, et l’accès à la technologie coûteux. Ils s’adaptent à chaque cas.

Le site Adopt A Jerry présente une galerie de jerrys, venus de France et d’Afrique :

 

Jerry Junior, Tchad

 

Ce jerry héberge le service OpenStreetMap, pour servir à la cartographie libre, au Tchad.

 

Jerry Marathon, Côte d’Ivoire

 

Ce jerry héberge un serveur d’envoi de SMS pour des étudiants d’Abidjan, qui leur envoie régulièrement des informations comme les dates de rentrées, les horaires de leurs cours et quand leurs bulletins sont disponibles.

 

Jerry dans une calebasse, Burkina Faso

 

Ce jerry installé dans une calebasse, premier du genre, a servi à cartographier le réseau de bus de Ouagadougou en hébergeant le service OpenStreetMap.

Bref le jerry est flexible et s’adapte aux besoins et aux circonstances.

Ainsi, en Côte d’Ivoire, le clan Jerry a commencé par une idée potache : proposer un service d’envoi de SMS romantiques aux amants en mal d’inspiration, ou envoyer les scores des matchs de foot pendant la Coupe du monde. Mais ils ont ensuite développé un service pour les femmes enceintes en zones rurales : le système envoie des SMS de conseils et de recommandations – utiles pour des femmes qui habitent souvent très loin d’hôpitaux et ont souvent du mal à faire un suivi médical optimal.

 

A Saint-Etienne

Mais pas besoin d’aller en Afrique pour trouver des zones mal connectées. La fracture numérique existe aussi en France. Plusieurs projets Jerrys ont été menés avec des écoles ou des centres sociaux en France. Simon Jacquemin a ainsi fabriqué en 2013 un Jerry avec des jeunes de Saint-Etienne.

« Certaines salles d’écoles ou de centre sociaux ne possèdent pas d’ordinateur ou/et de connexion internet. Nous avons voulu installer sur l’ordinateur Emmabuntüs, un système d’exploitation libre développé par une association affiliée à Emmaüs.

Ce système propose des logiciels éducatifs et une suite Office pour travailler. Le gros plus que nous avons ajouté à ce Jerry, c’est une version de Wikipédia accessible en hors ligne pour aider aux recherches dans le cadre des devoirs.

Pour faire ceci nous avons téléchargé, absorbé l’ensemble du contenu textuel de Wikipédia (près de 20 gigaoctets de données) pour le mettre sur le disque dur du jerry. Avec un logiciel comme Kiwix il était ainsi possible de faire une recherche sur ce Wikipédia Hors ligne. »

Ici encore, l’enjeu est pédagogique : il s’agit de sensibiliser aux enjeux du logiciel libre. Justine Hannequin :

« C’est aussi une façon d’expliquer comment fonctionne Internet - parce que la plupart du temps, on en reste à un côté un peu magique. Quand on voit qu’on peut accéder à Wikipédia même sans Internet, on comprend qu’Internet c’est une série d’ordinateurs connectés les uns aux autres, qui rendent leur contenu accessible. »

 

D’autres valeurs pour la technologie

L’intérêt du jerry est donc aussi de nous faire penser autrement notre rapport aux technologies et à la technique. Jerry s’est ainsi doté d’un manifeste, très ancré dans la tradition du mouvement du « faire » et des makers. On y lit ainsi la déclaration suivante :

« La technologie est un outil. Nous préférons créer et maîtriser nos outils plutôt que leur être soumis. Les ordinateurs peuvent stocker, traiter, recevoir et transmettre de l’information. Nous exploitons ces capacités selon nos besoins et nos désirs, pour communiquer et trouver des solutions créatives à des problèmes. »

Bien sûr, il est très difficile de comprendre entièrement le fonctionnement d’une machine. Car aux mystères du « hardware » s’ajoutent les opacités du « software », des logiciels et algorithmes de plus en plus complexes.

« Il y a une espèce de surenchère des techniques fermées qui fait qu’on perd de plus en plus d’autonomie. On exécute, mais on n’est pas dans la réflexion de : comment je vais faire ? Pourquoi je fais comme ça et pas comme ça ? »

De bidons en calebasses, Jerry propose un premier pas vers une réappropriation de la technologie. Et pointe, de façon critique, l’importance de penser à l’impact de l’informatique sur l’environnement.

 

Source : http://rue89.nouvelobs.com

 

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